Source Observateur-Continental

Le séparatisme existera tant que tous les peuples ne disposent pas de leur propre Etat. Mais rien ne prouve que chacun obtiendra sa souveraineté. La raison ne réside pas dans la force, dans la faiblesse ou dans la situation économique, mais dans la conjoncture géopolitique. 

Toutes les conditions pour la division des Etats-nations sont réunies en Europe. Le pouvoir est transféré de plus en plus sur place au nom d’une régulation efficace. Les referendums gagnent en popularité. Bruxelles stimule une participation active des citoyens à la politique. Selon la législation de l’UE, un million de ses citoyens sur au moins un quart des pays membres pourraient avancer l’Initiative citoyenne (réforme) qui forcerait la Commission européenne à proposer une nouvelle législation en la matière. 

Après le vote au Royaume-Uni concernant la sortie de l’UE (Brexit), le séparatisme s’est doté d’un second souffle sur le Vieux Continent. Des partisans de la séparation ont fait leur apparition en Allemagne (Gerexit), en France (Frexit), en Italie (Italexit), en Grèce (Grexit) et dans d’autres pays membres. 

En parlant de séparatisme national, le scénario britannique est le plus probable à l’heure actuelle. Le Royaume-Uni se compose de quatre entités: l’Irlande du Nord, l’Ecosse, le pays de Galles et l’Angleterre. Chacune possède ses particularités religieuses et ethniques. Pendant pratiquement tout le XXe siècle, l’Irlande du Nord, avec une participation active de l’organisation terroriste IRA (Armée républicaine irlandaise), se battait pour son indépendance, mais en été 1994 elle a annoncé officiellement la fin de la lutte armée. La prochaine opportunité réelle d’une sécession s’est présentée après le Brexit. 

En cas de Brexit dur, une frontière rigide devait être mise en place sur l’île d’Irlande séparant l’Irlande du Nord de l’Irlande (UE). Cependant, après de longues négociations, le gouvernement de Boris Johnson a réussi à passer un accord avec l’UE, grâce auquel la frontière rigide a été évitée, mais l’Irlande du Nord se transforme de facto en région à part en dehors de l’espace douanier britannique. 

La probabilité de la séparation de l’Ecosse a augmenté au cours de ces derniers mois. Les Ecossais avaient déjà tenté de devenir un Etat indépendant. C’était en 2014, mais les partisans de l’indépendance ont connu une défaite au référendum à l’époque. Les législatives régionales du 6 mai dernier pourraient changer la donne. 

Le Parti national écossais (SNP) qui les a remportées a déjà mentionné dans son programme la volonté d’organiser un second référendum sur l’indépendance du Royaume-Uni avant la fin du mandat du nouveau parlement, c’est-à-dire d’ici 2023. La victoire des séparatistes crée forcément une situation où à l’intérieur de l’Ecosse un consensus total concernant l’indépendance est possible. 

Et c’est le référendum en Grande-Bretagne qui a été l’élément déclencheur du nouveau séparatisme en Ecosse. Mais ce n’est pas « le mauvais exemple » qui y a joué un rôle clé, mais purement des notions économiques et un calcul rationnel. Au référendum de 2016, 62% de la population de l’Ecosse ont voté pour le maintien dans l’UE. 

Et si une « Ecosse indépendante » est un projet du futur, on peut dire que le séparatisme en Catalogne devient déjà de l’histoire. En 2017, cette région espagnole a organisé un référendum avec un résultat phénoménal. 90% des citoyens ont voté pour la sortie de l’Etat espagnol. Les autorités espagnoles y ont brutalement réagi en annulant les résultats du référendum. Le gouvernement catalan a été dissous et les manifestations ont été réprimées. 

Le chef des séparatistes, Carles Puigdemont, s’est réfugié à Bruxelles, où il se trouve à ce jour. Les séparatistes comptaient sur le soutien de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil européen. Mais l’asile à Bruxelles c’est tout ce que Carles Puigdemont a pu obtenir. La bureaucratie européenne comprenait qu’il était insensé de perdre la quatrième économie de l’UE (sans compter la Grande-Bretagne qui partait) pour une Catalogne minuscule bien que riche. Notamment à une période quand l’UE a été frappée par une vague d’euroscepticisme. 

La Catalogne ne baisse pas les bras. Les partisans de l’indépendance ont récemment obtenu, et ce pour la première fois, la majorité absolue au parlement local, et théoriquement Barcelone pourrait tout recommencer. 

Il existe encore plusieurs autres régions en Europe théoriquement prêtes à proclamer leur indépendance. Il est notamment question de la Corse française (Front de libération nationale corse), de la Bavière allemande, de la Flandre belge et de la Lombardie italienne. 

La détérioration de la situation économique et de nouvelles vagues de migration stimuleront les tendances centrifuges. Les régions riches songeront de plus en plus à « ne pas nourrir » une « périphérie » moins prospère. La démocratisation de l’UE et l’affaiblissement des Etats-nations sous la pression de la mondialisation feront apparemment augmenter les chances des séparatistes. 

Cependant, avec leurs chances se renforcera également la centralisation en UE. Les dirigeants européens Angela Merkel et Emmanuel Macron insisteront sur le renforcement des pouvoirs de Bruxelles pour que l’UE devienne plus consolidée, plus forte et plus compétitive sur fond des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. Ainsi, en l’absence d’un soutien des « Etats-mères », les séparatistes n’en bénéficieront certainement pas non plus de la part de Bruxelles, car ce dernier souhaite davantage conserver l’Union des 27 que de respecter les droits des autonomies.

Alexandre Lemoine

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