10 mai 2021 à 17h41,
Mis à jour le 10 mai 2021 à 17h47

Durée de lecture : 3 minutes

Pollutions
Pesticides

Le tribunal d’Évry s’est déclaré incompétent pour juger de la responsabilité de quatorze multinationales – dont Monsanto – dans l’épandage de l’« agent orange » durant la guerre du Vietnam. La plaignante, Tran To Nga, et son collectif Vietnam-Dioxine vont faire appel de cette décision.

Cela devait être le procès du premier écocide de l’histoire. Celui de l’« agent orange » [1], un puissant défoliant dont 80 millions de litres ont été déversés sur le Vietnam par l’armée étasunienne entre 1964 et 1975 pour anéantir les combattants vietcongs. Mais après six ans de procédure et dix-neuf reports d’audience, la patience de la plaignante Tran To Nga et du collectif Vietnam-Dioxine n’aura pas été récompensée.

Lundi 10 mai, le tribunal d’Évry a jugé irrecevables ses demandes. « Il a estimé ne pas avoir la compétence pour juger ces entreprises », explique à Reporterre Kim Vo Dinh, membre du collectif Vietnam-Dioxine. Dans leur plaidoirie, les avocats du groupe Monsanto ont fait valoir cette incompétence, estimant que le tribunal ne pourrait pas juger l’action d’un État étranger dans le cadre d’une « politique de défense » en temps de guerre.

Une stratégie qui vise à gagner du temps en obtenant une disqualification sur la forme pour éviter d’avoir à se prononcer sur le fond : la responsabilité des firmes américaines dans l’intoxication de 2,1 à 4,8 millions de Vietnamiens et la pollution de millions d’hectares de terres agricoles et de forêts.

« On savait qu’il y avait un risque à ce niveau, poursuit Kim Vo Dinh, mais on espérait qu’un tribunal français verrait que ces entreprises avaient connaissance de la dangerosité des produits. Elles auraient dû expliquer au gouvernement qu’il était impossible de produire de l’“agent orange” dans de telles quantités sans avoir un taux de dioxine important. »

Tran To Nga se bat depuis six ans pour toutes les victimes de l’« agent orange ».

« Mener son combat jusqu’au bout »

Dans un communiqué de presse, les avocats de Tran To Nga assurent qu’ils vont faire appel de cette décision. Ils espèrent notamment que cela permettra de connaître « l’intégralité des communications échangées entre les entreprises et l’administration américaine, ce qui pour l’instant n’a pu être fait que partiellement et avec difficulté, de sorte que la Cour puisse avoir accès à l’intégralité des communications et non pas aux morceaux choisis et proposés de façon opportuniste par les entreprises ».

Ils espèrent également que Tran To Nga aura « suffisamment de forces au regard des pathologies dont elle est atteinte, pour pouvoir mener son combat jusqu’au bout ». Cette femme de 79 ans souffre de multiples pathologies après son exposition à l’« agent orange », notamment un diabète de type 2 avec une allergie à l’insuline, deux tuberculoses, un cancer. L’une de ses filles est morte d’une malformation cardiaque. Les effets de l’intoxication se font en effet ressentir jusqu’à la quatrième génération : au moins 100 000 enfants sont atteints d’anomalies congénitales sérieuses.

Une mobilisation de soutien est prévue samedi 15 mai à l’occasion de la marche contre Monsanto.

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