Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), reportage

« Des potirons pas du béton ! » Derrière ce slogan, le millier de manifestants de la marche allant de la mairie jusqu’aux « jardins ouvriers des vertus » sont venus montrer que cette lutte implique davantage que les dix-neuf parcelles de jardins menacées par le rouleau-compresseur des Jeux olympiques Paris 2024. Samedi 17 avril, le collectif de défense des jardins ouvriers d’Aubervilliers, Saccage 2024 et Youth For Climate IDF ont fédéré des sympathisants venus exprimer leur rejet de cette nouvelle bétonisation orchestrée par Grand Paris Aménagement (GPA) et la Ville d’Aubervilliers au nom de l’olympisme. Car les raisons de la colère ont eu le temps de germer… « En septembre 2020, nous avons appris que l’ancienne maire d’Aubervilliers (Meriem Derkaoui — PCF, NDLR) avait signé rapidement, avant son départ, le lancement des travaux de la piscine et qu’une partie des jardins allait être détruite », explique Alan, qui cultive une parcelle avec son frère. « Ensuite, des options sont apparues : un restaurant, un solarium, des immeubles… » Ce projet colossal, mené par le groupe de BTP Spie Batignolles et coûtant la bagatelle de 33,6 millions d’euros, comprendra plusieurs bassins, un espace de fitness et de cardio-training, des saunas et hammams, un solarium… et des espaces végétalisés (sic).

De nombreux habitants ont observé le défilé joyeux et festif depuis leur domicile, parfois avec beaucoup d’entrain.

Le coût de ce projet et de ses équipements énergivores inquiète aussi le collectif de défense des jardins ouvriers d’Aubervilliers, tant pour la municipalité, qui en aura la charge après les JO, que pour le futur prix d’entrée : entre 10 et 15 euros, estiment les jardiniers. « On nous parle emplois et on nous traite de méchants écolos qui voudraient priver les Aubervillois d’une belle piscine », déplore Sylvie, jardinière et dessinatrice qui croque la vie des jardins. « Les jardins forment un lien social énorme à Aubervilliers et la plupart des familles qui cultivent ici des parcelles sont modestes. Cela représente un apport parfois vital pour elles. De beaux légumes bio y poussent, des familles n’auraient pas les moyens de se les payer dans le commerce. »

Si la future présence d’une piscine moderne peut sembler bénéfique à l’attractivité de la ville — qui n’en possède qu’une —, c’est davantage le centre nautique (dont la livraison est prévue à l’été 2023) dans son ensemble qui cristallise la contestation. « Nous n’avons rien contre les piscines, au contraire, mais qu’ils la placent sur le parking sans détruire nos jardins », continue Sylvie.

Au grand dam de la sécurité du parking voisin, une chaîne humaine et des fumigènes ont été déployés aux abords des jardins.

Le solarium est l’élément du projet qui fédère le plus la colère des riverains, tant il semble éloigné de leurs besoins et préoccupations. Un projet plus limité permettrait, selon les contestataires, de ne pas sacrifier leurs parcelles, bien que seul un hectare soit menacé, sur un total de sept. « Cette zone est un poumon en ville qui profite à chacun. C’est un lieu âgé avec une histoire, une sédimentation et des arbres fruitiers de cinquante ans qui vont passer à la tronçonneuse », explique Alan. Bien que certains arbres seront déracinés et replantés à proximité, cette bétonisation des sols pose question au vu de l’accord passé en mai 2016 entre Paris 2024 et la WWF pour « des jeux durables et une ambition environnementale ». Une quarantaine d’arbres ont déjà été abattus sur le parking voisin et les premières pelleteuses sont apparues. Pour faire face, les contestataires — forts du succès de la mobilisation et d’une pétition signée par plus de 60 000 personnes — comptent multiplier les actions. Samedi, un slogan a émergé : établir des JAD (Jardins À Défendre) ! Le temps presse : les premières destructions sont prévues fin avril.


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