Le succès de la publication papier et numérique Front Populaire à l’initiative de Michel Onfray, inattendu pour beaucoup, constitue probablement le début d’une profonde révolution des idées dans notre société toute entière.

Tout est dans le titre

L’idée de baptiser un mouvement d’idées « front populaire » renferme tout le contenu du projet. « Front », car il s’agit à l’évidence de l’émergence d’une rupture avec les idées les plus répandues dans les cercles du pouvoir et les médias majeurs. Ce n’est pas simplement un refus, mais un projet d’opposition dynamique. Qualifier ce front de « populaire » veut dire qu’il s’insère dans un corpus d’idées fortes partagées dans un peuple souverain, et par conséquent une nation. 

Si l’on se réfère à l’histoire de France, on constatera que le Front Populaire de 1936 était le fruit d’un ras-le-bol social qui s’est imposé au système. À cette époque, cette révolte d’une classe laborieuse privée des résultats de la croissance s’est en fait imposée sans que le pouvoir n’y résiste, car elle bénéficiait d’un large soutien populaire. Aujourd’hui encore, ce nouveau Front populaire trouve sa source d’abord dans des revendications financières, illustrées par le mouvement des Gilets Jaunes, et la précarité croissante du statut de salarié comme le plafonnement général du pouvoir d’achat. Cette revendication s’adresse, au premier chef, à une mondialisation non pas seulement économique, mais aussi intellectuelle.

Michel Onfray, un philosophe populaire et en rupture 

Cet enseignant, formé à la philosophie et donnant des cours dans un lycée technique, a su modifier l’enseignement classique en s’adressant à un public qui a priori n’était pas sa cible. Dans la même période, il commence une carrière littéraire centrée sur la philosophie. Le choc du 21 avril 2002, l’accession de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle, va précipiter sa décision de diffuser largement sa pratique philosophique. Il a déjà compris que le peuple n’a au fond pas grand chose à attendre du système. Car la philosophie, c’est d’abord l’art de se poser librement des questions, à soi, sans le recours à quiconque. Commence alors la belle aventure de l’Université populaire de Caen, qui sera un succès, et va irradier d’abord dans la région.

Le principe était simple ; offrir un enseignement à tous, sans aucune sélection par le diplôme comme le sésame du baccalauréat. Donc pas de niveau scolaire exigé de l’auditoire, pas de contrôle des connaissances, et pas de délivrance de diplôme. France Culture accueillera les conférences de Michel Onfray et leur donnera une influence inattendue. Mais c’était sans compter avec la résistance de l’idéologie dominante à Radio France ; le service public mettait fin à l’expérience en 2008, sans même prévenir Michel Onfray… Et en expliquant ensuite que le contenu ne correspondait plus à la « grille de la chaîne ».

Le marxisme a la vie dure

La France intellectuelle de l’après-guerre se caractérise par une prégnance du marxisme. Le marxisme était devenu alors un mode dominant de pensée et d’analyse. Les expériences désastreuses de des politiques marxistes à l’Est ou ailleurs n’ont eu aucune influence sur la puissance et l’influences des marxistes dans notre débat intellectuel. 

Une première alerte a été constituée par l’émergence du mouvement des Nouveaux Philosophes. Conscients de l’échec total des régimes communistes et de l’ampleur de leurs crimes, qui commençaient à être compris par une majorité de l’opinion, les nouveaux philosophes ont su attaquer l’iceberg du marxisme. Ces nouveaux philosophes exploitent en réalité le caractère de plus en plus illégitime du discours marxiste dans son analyse des régimes communistes à l’Est. Les deux têtes de gondole emblématiques de ce mouvement, André Glucksmann et Bernard-Henry Lévy, vont largement occuper les médias. La critique du totalitarisme, essentiellement centrée vers les pays de l’Est, va donner un large écho à leur mouvement d’idées. Pour autant, les nouveaux philosophes n’arriveront pas à constituer un véritable mouvement philosophique, parce qu’ils n’étaient en réalité que des élèves très diplômés en rébellion contre une dictature de pensée marxiste. 

Michel Foucault va résister à ce démantèlement intellectuel de l’iceberg marxiste : « Le Goulag, toute une gauche a voulu lexpliquer, sinon comme les guerres, par la théorie de l’histoire, du moins par lhistoire de la théorie. Massacres, oui, oui ; mais c’était une affreuse erreur. Reprenez donc Marx ou Lénine, comparez avec Staline, et vous verrez bien où celui-ci sest trompé. Tant de morts, cest évident, ne pouvaient provenir que dune faute de lecture. On pouvait le prévoir : le stalinisme-erreur a été l’un des principaux agents de ce retour au marxisme-vérité, au marxisme-texte auquel on a assisté pendant les années 1960. Contre Staline, n’écoutez pas les victimes, elles nauraient que leurs supplices à raconter. Relisez les théoriciens; eux vous diront la vérité du vrai » (Le Nouvel Observateur du 9 mai 1977. Dans un article intitulé « La grande colère des faits »). Gilles Deleuze dira cependant : « Ce qui me dégoûte est très simple : les nouveaux philosophes font une martyrologie, le Goulag et les victimes de lhistoire. Ils vivent de cadavres… Il a fallu que les victimes pensent et vivent tout autrement pour donner matière à ceux qui pleurent en leur nom, et qui pensent en leur nom, et donnent des leçons en leur nom. Ceux qui risquent leur vie pensent généralement en termes de vie, et pas de mort, damertume et de vanité morbide. Les résistants sont plutôt de grands vivants ».

Ces idées-là étaient déjà moribondes, mais leur agonie sera interminable…

Une sourde perte d’influence du marxisme ?

Le vieillissement du régime gaulliste, suivi de la parenthèse de Valéry Giscard d’Estaing, a permis à François Mitterrand d’installer un pouvoir dit de gauche pendant près de 15 ans. Le fonds de commerce de l’idéologie marxiste, celui-là même de François Mitterrand, avait encore devant lui de beaux jours. 

La perte d’influence du marxisme et du socialisme dans la population était largement entamée, alors pourtant que les héritiers de mai 68 s’emparent du pouvoir. Ainsi la génération intellectuelle de l’après-guerre, largement influencée par ce marxisme au fond élitiste, s’est installée aux manettes. Les idées dominantes dans la haute administration de l’Éducation nationale continuent encore aujourd’hui à produire du concept, des méthodes et des instructions réglementaires tout aussi hors-sol qu’absurdes parfois, au moyen d’un vocabulaire et d’une syntaxe mêlant des scories marxistes et freudiennes. 

Ainsi apprendre à écrire se dit “maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres », tandis que nager dans une piscine devient “se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé »…

L’École est traditionnellement l’enseignement du savoir. Mais aujourd’hui, l’Instruction publique n’est plus. Elle est devenue l’Éducation nationale de masse, qui n’apprend plus à savoir, mais a la prétention d’apprendre à penser selon ses critères. 

Internet au service de tous

Ce sont les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) qui auront raison de la prégnance de la dictature des idées dominantes. Internet a permis l’émergence, sans contrôle, des sites, blogs et vidéos de Michel Onfray, avec une forte adhésion du public. C’est ainsi que Michel Onfray, véritable star de l’édition et d’Internet, est devenu incontournable sur les écrans. Le succès de sa revue papier, Front Populaire (le premier numéro s’est vendu à 70 000 exemplaires) donne la mesure du poids de ce mouvement en rupture franche avec les médias dominants. Nul doute que ce succès populaire aura des conséquences en politique.

Le « pouvoir profond », hors-sol, est en réel danger. Voilà pourquoi la dénonciation du complotisme de Michel Onfray devient le bras armé médiatique d’un État déconnecté du peuple contre le peuple. Or tout porte à croire que cette résistance sera vaine car les médias mainstream ont d’ores et déjà été submergés.



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