Quand une municipalité travaille main dans la main avec une association, il peut en résulter des projets valorisants. Et c’est justement ce qu’illustre le partenariat entre Couleurs Cabanes (un collectif d’une trentaine d’artisan(e)s et d’artistes) et la ville de Château d’Oléron en Charente-Maritime qui a permis de transformer des anciennes cabanes d’ostréiculteurs à l’abandon en ateliers de créateurs et créatrices. Les commerces aussi profitent de ce renouveau duquel tout le monde sort gagnant.

Les cabanes alignées d’ostréiculteurs de Château d’Oléron, images typiques sur l’île
d’Oléron, se sont vidées petit à petit à la fin des années 1990. Il y a 17 ans, le maire de Château d’Oléron a donc décidé de leur redonner vie en offrant la possibilité à des artistes ou des artisan(e)s de louer les cabanes à l’année à un loyer très bas, les coûts de rénovation des cabanes étant assumés par la municipalité.

Une politique qui a porté ses fruits : aujourd’hui Couleurs Cabanes est devenue l’un des endroits incontournables de l’île et la dynamique de la ville et de son port a complètement changé.

Les artisans, les artisanes et les artistes travaillent sur place et le principe de l’atelier ouvert donne encore plus charme à la visite des cabanes. Quand on rentre dans l’une d’elles, non seulement on découvre les créations exposées, mais on peut également voir l’atelier, les outils, les machines de l’artisan(e) :

« C’est autre chose un atelier d’artiste », confirme Céline, « vous avez les outils, les odeurs, les pinceaux, vous avez tout ce qui nourrit, ce qui fait, et ce qui peut lui faire faire ce qu’il fait ».

Céline, artiste-peintre et créatrice d’objets en crochet, dans sa cabane « Et alors »

Quand on passe la porte de chaque cabane, on entre dans le monde de l’artiste et on s’en imprègne. Voir les artistes à l’œuvre donne encore plus de valeur à ce qui est exposé et nous reconnecte avec les métiers manuels, encore trop dévalorisés de nos jours. Dans un monde qui se digitalise, cela fait tout simplement du bien.

La diversité de métiers est telle que l’on pourrait y passer des jours. De la peinture, de la
sculpture, à la métallurgie et la lutherie, en passant par la création de jeux et la couture, il y en a pour tous les goûts ! Une telle diversité est une occasion rêvée pour les personnes à la recherche d’un artisanat local français. On ne risque pas de se déplacer en vain et d’être déçu, car voir autant de métiers représentés au même endroit, à long terme, n’est pas monnaie courante.

Couleurs Cabanes est l’exemple qui montre bien qu’un partenariat bien pensé entre une
association et la municipalité peut être un énorme succès. Tout le monde y trouve son compte. Les artistes et artisan(e)s ont l’opportunité de se lancer et de vivre de ce qu’ils font grâce à des loyers relativement bas. Quant à la municipalité, l’afflux de touristes venus des quatre coins de la France (et au-delà !) représente des retombées économiques non négligeables.

« De fleurs en aiguilles », la cabane d’Aurore, couturière d’accessoires de mode.

Car les commerces de la ville s’y retrouvent comme le note Aurore (couturière d’accessoires de mode de la cabane « De fleurs en aiguilles ») : « les restaurateurs sont contents parce que les gens viennent passer la journée, ils visitent les cabanes, ils vont au restaurant… il y a complètement une autre vie sur ce port grâce aux cabanes d’artisans je pense ». Et en retour, les locataires des cabanes résident à l’année dans la ville avec leur famille et leurs enfants qui y sont scolarisés, contribuant à faire vivre les lieux en période hivernale en l’absence de touristes ainsi que le souligne Pauline de la cabane « Atelier Polka » (où se trouvent des peintures et objets de toutes les couleurs « pour les yeux et pour le cœur » 🙂

La cabane « Atelier Polka » de Pauline

Entre les artistes et artisan(e)s, la proximité des cabanes crée une émulation et des collaborations, compétences, idées et matériaux s’échangeant d’une cabane à l’autre. Ainsi, Céline réalise des motifs pour les instruments fabriqués par Sylvain, son voisin luthier. De même, pour protéger leurs jeux en bois, Nathalie et Emilio utilisent la cire d’abeille de leur voisin apiculteur en place de vernis potentiellement toxiques, une technique biologique et écologique.

L’écologie, voici un point important sur lequel les résidents des cabanes sont attentifs : « On achète moins, on récupère plus, cela devient une habitude et un mode de fonctionnement », explique Pauline. Aurore utilise des matières « labellisées, bio ou Oeco-tex, car on sait que l’industrie textile c’est l’une des plus polluantes. […] Si j’achète de tissus qui sont teintés en Inde par des enfants, ça ne va pas du tout avec mon éthique ». Quant aux déchets, elle les trie au maximum et composte les chutes de tissus qu’elle ne peut pas réutiliser. Nathalie et Emilio essaie de récupérer le bois, leur matière première, et de l’utiliser « jusqu’au plus petit morceau » précise Emilio.

Nathalie et Emilio en plein travail dans leur cabane « Prise de Tête » où ils créent jeux et casse-tête en bois

Un coté artisanat local apprécié du public qui préférera, selon Aurore, « faire vivre quelqu’un à coté plutôt que de donner de l’argent dont on ne sait même pas où il va ». Ou comment se rétablit un contact humain qui s’était dilué dans notre époque du tout numérique, des achats et des relations à distance.

Le projet de Couleurs Cabanes prouve que la synergie du pouvoir de décision des
municipalités et des projets socio-culturels originaux et innovateurs peut complètement changer la dynamique d’une ville. Un projet réussi qui, on ne peut que le souhaiter, sera source d’inspiration dans d’autres cités.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de Couleurs Cabanes et leur page facebook.

S. Barret


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