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19 janvier 2021

La République centrafricaine, petit pays en grand danger



Grand pays par sa superficie, supérieure à celle de la France, mais petit car peu peuplé, de moins de cinq millions d’habitants, le Centrafrique est probablement en train de disparaitre, sous les yeux d’une communauté internationale qui s’en moque.

Un joli pays

On ne sait pas grand chose de l’histoire ancienne de ce territoire, situé au nord du Congo ex-Belge, à l’ouest du Soudan Anglais, et au sud du Tchad. Il a été défini presque par défaut, c’est à dire la région située entre au nord le fleuve Chari, qui se jette dans le lac endoréique Tchad, et au sud, l’Oubangui, tributaire du fleuve Congo. On l’appelait du reste l’Oubangui-Chari du temps de l’A.E.F.

Très majoritairement chrétienne et marginalement animiste, la population était connue pour sa gentillesse. Elle avait cependant été désorganisée et ravagée aux 17e et18e siècles par les razzias esclavagistes de royaumes tchado-soudanais au point que la population de la région avait alors drastiquement baissé. Pour autant, la colonisation française se passa plutôt paisiblement. Lorsque que le pays accède à l’indépendance en août 1960, le territoire est en paix, les exploitations agricoles, forestières et minières fournissent les moyens d’un développement raisonné. Le pays est en effet doté de ressources naturelles non négligeables et d’un climat propice à l’agriculture.

Mais le manque crucial de cadres indigènes va ouvrir la porte à une succession de régimes politiques incapables et corrompus, de sorte que le pays va s’appauvrir et l’exode rural anémier les provinces. Jean-Bedel Bokassa achèvera le pays et ouvrira une période d’instabilité extrême, laissant le pouvoir aux plus violents.

Les effets délétères des conflits régionaux

Dès le début des années 80, le pays n’était déjà plus sûr. Les coupeurs de route opéraient dans la majorité eu territoire, au point qu’il n’était plus possible de circuler en voiture. Rançonnages et meurtres étaient monnaie courante.

Le conflit tchadien interminable a durablement déstabilisé le nord du pays. De nombreuses troupes de rebelles armés commencèrent à investir la moitié nord du pays. Avec l’apport de réfugiés tchadiens, un islamisme militant va essaimer d’autant plus facilement que la population tchadienne est pacifique. Par ailleurs le conflit soudanais apportera également le désordre, l’État centrafricain étant incapable d’assurer le contrôle de son territoire. 

L’après Bokassa permettra à une clique politique corrompue de piller ce qui pouvait encore l’être. François Bozizé, au pouvoir de 2003 à 2013, s’alliera avec des miliciens tchadiens pour résister aux diverses tentatives pour le chasser. On observera même la présence de rebelles zaïrois à Bangui…

Seleka et anti-Balaka

Le conflit entre ces deux groupes armés résument bien les antagonismes profonds de la R.C.A d’aujourd’hui. Au début des années 2000, à la suite de l’expulsion des éléments musulmans du gouvernement par François Bozizé, une coalition ethno-religieuse, la Seleka, se constitue dans le nord du pays. À forte composante musulmane, elle agrège facilement des fidèles armés et a pour but de renverser le président Bozizé. Il faut là relever que l’Islam, originairement très minoritaire dans le pays, est devenu progressivement conquérant, s’occupant du commerce et profitant de la désagrégation culturelle de la population animiste. La Seleka, groupement rebelle armé, entreprend alors une conquête des territoires en direction de la capitale Bangui. Son dirigeant Michel Djotodia, homme politique musulman qui revient de son exil au Bénin, arrive à renverser Bozizé par la force en mars 2013, après la prise de Bangui par la Seleka.

Entre-temps, des groupes armés, majoritairement chrétiens, les anti-balaka, résistent à la domination et aux exactions de la Seleka.

La France intervient militairement pour rétablir l’ordre. Mais elle aura tendance à chasser les anti-balaka tandis qu’elle demandera à la Seleka de rentrer dans ses cantonnements… On laisse donc pourrir la situation que Djotodia exploitera habilement. Il réussira ainsi à se faire nommer « chef de l’État de la transition » en août 2013. S’il est acculé à la démission six mois plus tard et contraint à un nouvel exil au Bénin, il reste que le pays entre alors dans une phase mortifère, où l’État ne règne sur presque plus rien, laissant libre cours à l’anarchie et aux violences. Même si la Seleka avait été dissoute par Djotodia, avant son départ, les antagonismes perdureront.

Et les présidents qui depuis se succèdent n’ont plus aucune autorité.

Quand l’ONU s’en mêle et installe la Minusca 

La « Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique », est une opération de « maintien de la paix », constituée de 11 000 soldats et qui coûte près d’un milliard de dollars US par an. Son échec est malheureusement total. Malgré quelques opérations ponctuelles de rétablissement de l’ordre, elle est incapable de résister aux groupes rebelles armés de toute sorte qui ravagent le pays. 

Les élections présidentielles organisées en décembre 2020 ressemblent à une farce , mais tragique. 600 000 votants seulement se présenteront aux urnes, essentiellement dans la zone de Bangui, le reste des bureaux de vote étant situés en régions contrôlées par les rebelles. Le président élu, Austin-Archange Touadéra, ancien ministre de François Bozizé, s’il a un avenir incertain, est certainement sans pouvoir. Il remercie la Russie et le Rwanda, gros contributeur en hommes de la Minusca pour leur aide logistique lors des opérations électorales…

François Bozizé a apporté son soutien aux groupes rebelles qui se dirigent vers Bangui. Au mois de janvier 2020, la situation sécuritaire s’est dégradée au point que la Minusca est incapable de s’opposer aux attaques de rebelles de tous bords contre les principales villes du pays. La périphérie de Bangui était presque hors de contrôle ces derniers jours.

Il est loin de temps de Bangui la coquette, surnom affectueux de cette belle ville aujourd’hui ravagée par tous les maux africains, ethnisme, corruption, oppositions religieuses ainsi qu’un État faible. L’essoufflement des forces militaires françaises suremployées au Sahel combiné au désintérêt international ne présagent rien de bon pour ce petit pays en pleine déliquescence.



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