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19 janvier 2021

victoire de Londres et d’Ankara, défaite de Soros et des Arméniens, par Thierry Meyssan



À l’issue de 44 jours de guerre, l’Arménie a été contrainte de signer un cessez-le-feu avec l’Azerbaïdjan, reconnaissant ainsi la perte d’une partie de ses territoires. Toutefois, ainsi que nous l’avions rapporté sous la forme d’une interrogation, le plan initial des États-Unis prévoyait de pousser la Turquie à la faute, de la laisser massacrer une partie de la population arménienne, puis d’intervenir, de renverser le président Erdoğan et de rétablir la paix [1].

Or, ce plan n’a pas fonctionné. Il masquait un stratagème britannique. En sous-main, Londres a profité de la confusion de l’élection présidentielle US pour doubler Washington. Il a utilisé la situation pour tenter de priver la Russie de la carte du Haut-Karabagh et reprendre le « Grand Jeu » du XIXème siécle [2]. À l’époque, il était l’allié de l’empire ottoman face à l’empire tsariste. Lorsque Moscou s’en est aperçu, il a imposé un cessez-le-feu pour stopper le jeu de massacre.

1- Le « Grand Jeu »

Tout au long du XIXème siècle, les empires britannique et russe se sont livrés une rivalité acharnée pour contrôler le Caucase et toute l’Asie centrale. Cet épisode est connu en Angleterre sous le nom de « Grand Jeu » et en Russie sous celui de « Tournoi des ombres ».

La Russie a commencé à gagner la partie lorsqu’elle s’est emparée du Haut-Karabagh. Par un effet de domino, elle a alors étendu sa domination sur le Caucase.

Au vu de ce précédent historique, Londres pense aujourd’hui que récupérer le Haut-Karabagh pourrait lui permettre de saper l’influence de Moscou dans le Caucase, puis dans toute l’Asie centrale.

L’actuel Premier ministre britannique, Boris Johnson, se veut le continuateur de la politique impériale de Winston Churchill, dont il est un biographe. Il vient de rendre public un couteux plan de modernisation de ses armées [3].

Pour relancer le « Grand Jeu », il nomma le 29 juillet 2020, le directeur général du Foreign Office, Richard Moore, directeur du MI6 (services secrets extérieurs). Il avait été auparavant ambassadeur de Sa Majesté à Ankara, parle couramment le turc et s’est lié d’amitié avec le président Recep Tayyip Erdoğan. Il ne prit ses nouvelles fonctions que le 1er octobre, soit quatre jours après l’attaque azérie du Haut-Karabagh.

2- Le rôle charnière de Richard Moore

Richard Moore est un ami personnel du prince Charles, lui-même patron du Centre d’Oxford pour les études islamiques (Oxford Centre for Islamic Studies) où sont formés les intellectuels de la Confrérie des Frères musulmans depuis vingt-cinq ans. L’ancien président turc, Abdullah Gül, est également administrateur de ce centre.

En tant qu’ambassadeur à Ankara (2014-17), Richard Moore a accompagné le président Erdoğan pour devenir le protecteur de la Confrérie.

Il joua également un rôle dans le retrait des Britanniques de la guerre contre la Syrie, en 2014. Londres n’entendait pas poursuivre un conflit dans lequel il s’était engagé pour des visées coloniales, mais qui se transformait en opération impériale US (stratégie Rumsfeld/Cebrowski).

Richard Moore vient d’entreprendre une tournée en Égypte et en Turquie. Il était le 9 novembre (jour de l’imposition russe d’un cessez-le-feu au Karabagh) au Caire pour y rencontrer le président al-Sissi et le 11 à Ankara. Officiellement, il n’aurait pas eu d’audience avec son vieil ami, le président Erdoğan, mais aurait uniquement rencontré son porte-parole au palais blanc.

3- Face aux États, Soros ne compte pas

Dans la guerre azérie-turque du Haut-Karabagh, Washington croyait pouvoir compter sur le président Armen Sarkissian et le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, un des hommes de George Soros [4] comme appâts.

George Soros est un spéculateur états-unien qui poursuit son propre agenda politique, mais travaille de concert avec la CIA [5]. Malheureusement, les Britanniques n’ont pas les mêmes relations avec Soros : il doit sa fortune à une vaste opération contre la livre sterling (le mercredi noir 16 septembre 1992), d’où son surnom d’« homme qui a cassé la Banque d’Angleterre ».

4- Le double-jeu de la « Perfide Albion »

Londres a donc d’abord laissé faire Washington. Les États-uniens ont encouragé la « Nation à deux États » (Turquie et Azerbaïdjan) à en finir par la force avec la République d’Artsakh.

Le MI6 aide son partenaire turc a transférer des jihadistes en Azerbaïdajan [6], non pas pour tuer des Arméniens, mais des Russes. Or, il n’y a pas encore de Russes au Karabagh.

Soros réagit en envoyant des mercenaires kurdes soutenir le côté arménien [7].

Prétendant jouer le jeu US, Londres soutint Bakou et Ankara. Durant les premiers jours, les trois puissances du Groupe de Minsk (chargé du conflit du Haut-Karabagh depuis la dissolution de l’URSS) —c’est-à-dire les États-Unis, la France et la Russie— tentent toutes les trois d’obtenir un arrêt des combats et une reprise des négociations [8]. Lorsqu’elles constatent chacune successivement la mauvaise foi azérie, elles présentent une proposition de résolution au Conseil de sécurité. Il s’agit pour Washington d’opérer de manière groupée un revirement, de la neutralité à la condamnation de la « Nation à deux États ».

Dans les premiers jours, les Arméniens se défendent comme ils le peuvent. Cependant, le chef de l’État, Armen Sarkissian, modifie les plans de l’état-major militaire et fait monter au front des volontaires sans expérience [9]. Sarkissian a la double nationalité arméno-britannique. Il s’ensuit une hécatombe parmi l’armée arménienne.

Subitement, le Royaume-Uni annonce qu’il apposera son veto si ce texte est soumis au vote. Interloqués, les États-Unis accusent publiquement l’Azerbaïdjan de mauvaise foi, le 25 octobre.

Mais il faudra attendre encore deux semaines pour que la Russie comprenne que Washington, empêtré dans sa campagne électorale présidentielle, ne gère plus ce dossier.

5- La Russie siffle la fin du jeu avant qu’il ne soit trop tard

Ce n’est que vers le 6 octobre que la Russie acquiert la certitude de l’existence d’un piège anglais dans le piège états-unien. Elle ne tarde pas à conclure que Londres a relancé le « Grand Jeu » et s’apprête à lui voler son influence dans le Haut-Karabagh.

Le président russe Vladimir Poutine téléphone le 7 octobre à son homologue turc. Il négocie avec lui un cessez-le-feu très défavorable aux Arméniens. Erdoğan, qui a compris qu’il ne résistera pas à une stabilisation de la situation politique aux USA, accepte de ne gagner que du territoire et renonce à relancer le génocide arménien. Le président Poutine convoque alors son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliev, et le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, au Kremlin. Il sauve ce qui peut l’être encore, en contraignant ses interlocuteurs, le 10 octobre, à signer un cessez-le-feu dans les termes négociés par Erdoğan [10]. Ses priorités sont de dessiner la présence militaire russe via une force de paix, puis de stopper le bain de sang. Il s’adresse alors au peuple russe pour lui annoncer avoir sauver les intérêts de son pays en sauvant l’Arménie d’une défaite plus terrible encore.

Les Arméniens réalisent, beaucoup trop tard, qu’en les éloignant de la Russie pour les USA, Nikol Pachinian a misé sur le mauvais cheval. Ils comprennent rétrospectivement qu’aussi corrompu que soit l’ancienne équipe qui les dirigeait, elle était patriote, tandis que les hommes de Soros sont opposés au concept même de nation, donc à l’indépendance de leur pays.

Les manifestations et les démissions se succèdent : le chef d’état-major, le ministre des Affaires étrangères, celui de la Défense, mais pas le Premier ministre. De son côté, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, jubile. Il se moque copieusement du Conseil de l’Europe et du Parlement de l’Union européenne, proclame sa victoire et annonce la reconstruction des territoires conquis [11]. Les Britanniques auront de nouveaux privilèges pour British Petroleum et postulent pour exploiter les mines d’or azéries.



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