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3 décembre 2020

Vers un nouvel étalon-or ou une guerre monétaire contre la Chine ? — Peter KOENIG



Voici les faits :

Les réserves de change de la Chine viennent d’augmenter pour atteindre l’équivalent de 3 112 milliards de dollars, dont environ 1 300 milliards libellés en dollars – et en général, ces réserves de change continuent de croître.

En bref, peut-être d’ici la fin 2021, le yuan chinois, ou renminbi (RMB) pourrait devenir la troisième monnaie de réserve du monde, après le dollar et l’euro, dépassant le yen japonais et la livre sterling, selon la CNBC.

Selon Morgan Stanley, au moins 10 régulateurs (c’est-à-dire les banques centrales et les institutions similaires de régulation du marché des changes) ont ajouté le yuan à leurs réserves en 2019, portant le total à 70, et ce chiffre augmente.

Selon la FED, l’économie des EU pourrait perdre plus d’un tiers de son PIB d’ici la fin 2020 ou la mi-2021, tandis que l’économie chinoise devrait croître de 1,3 % (FMI) en 2020 et, selon les propres estimations de la Chine, jusqu’à 3,5 %.

Compte tenu de l’effondrement de l’économie mondiale lié à la Covid, et la Chine étant la seule grande économie qui devrait croître cette année, le nombre de détenteurs de réserves de yuans pourrait augmenter de manière drastique d’ici la fin 2020 et surtout en 2021, ce qui suggère que les banques centrales du monde entier réalisent que, pour leur stabilité financière, elles doivent augmenter leurs avoirs en yuans de manière significative dans un avenir prévisible. Cela signifie qu’elles devront se défaire d’autres monnaies de réserve, comme le yen japonais, la livre sterling, mais surtout le dollar. Par exemple, la Russie a vendu ses dollars, réduisant ses avoirs en cette monnaie de 96 %.

Le ministre russe du commerce, Denis Mantourov, a appelé ses collègues des BRICS à augmenter leurs échanges en monnaie locale au lieu d’utiliser le dollar américain. Le commerce en monnaies nationales est un aspect essentiel de la coopération de l’alliance des cinq nations qui comprend le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, et c’est un moyen efficace de dédollariser leurs économies.

La Chine, la Russie, ainsi que de nombreux pays de l’Organisation de la Coopération de Shanghai, commercent depuis de nombreuses années déjà dans leur monnaie locale ou en yuan, en particulier dans le cadre d’échanges transfrontaliers, et ils encouragent également les accords d’échange de devises avec d’autres pays, désireux d’échapper à la main de fer des sanctions étasuniennes.

Dans une interview accordée à MarketWatch, Stephen Roach, senior fellow de l’université de Yale et ancien président de Morgan Stanley Asia, déclare que le coronavirus pourraient provoquer une baisse spectaculaire du dollar dans un avenir proche : « À l’ère de la Covid, tout se déroule à la vitesse de l’éclair ». M. Roach a également prédit une baisse du dollar pouvant atteindre 35 % par rapport aux principales devises internationales. Il ajoute que, compte tenu des perspectives économiques actuelles, cela pourrait se produire assez rapidement.

En effet, alors que les économies occidentales ont du mal à se maintenir à flot, la Chine se prépare à lancer une nouvelle monnaie internationale, le RMB numérique, adossé à l’or, éventuellement crypté, comme monnaie de paiement et de réserve internationale, complètement en dehors du système SWIFT dominé par le dollar. La nouvelle monnaie numérique RMB est actuellement testée dans plusieurs villes chinoises avec des résultats positifs.

La Banque populaire de Chine – la Banque centrale chinoise – a récemment révélé qu’elle prévoyait de préparer sa monnaie numérique souveraine à temps pour les Jeux olympiques d’hiver de 2022. Le déploiement international pourrait en fait avoir lieu beaucoup plus tôt, peut-être en 2021, ou plus tôt si les événements monétaires internationaux le justifient. Quoi qu’il en soit, la nouvelle monnaie commerciale pourrait très probablement trouver un attrait étonnant auprès de nombreux pays désireux de se dédollariser et d’éviter les menaces de sanctions de Washington.

Il est clair que toute monnaie ou tout moyen de paiement légal qui deviendra une grande monnaie de réserve et de commerce international doit être soutenu par une économie forte. Le soutien d’une économie forte est totalement le cas pour le yuan. L’économie chinoise actuelle, en termes de production réelle – et solide – et de stabilité à long terme, peut facilement être considérée comme la plus forte du monde.

Comparer, par exemple, le PIB chinois au PIB des EU, c’est comme comparer le jour et la nuit : le PIB chinois représente, pour plus des deux tiers, de la production et de la construction tangibles et solides d’infrastructures, de logements, de transports, d’énergie, etc. ; alors que le PIB des EU, c’est presque l’inverse, plus de la moitié est constituée de consommation et d’industries de services. La plupart des productions solides sont externalisées. Cela distingue sans aucun doute le yuan ou le RMB des monnaies fiduciaires comme le dollar et l’euro, qui ne sont soutenus par rien. Pour dire les choses simplement, l’économie chinoise et sa monnaie attirent beaucoup de confiance au niveau international.

Malheureusement, ces différences ne sont pas (encore) reflétées par la comptabilité linéaire non spécifique du PIB, mais elles sont reconnues par les observateurs et les analystes économiques internationaux, y compris les trésoriers des nations du monde entier.

Ce sont là de bonnes raisons pour que le nouveau RMB ou yuan numérique se développe rapidement en tant que principal actif commercial et de réserve pour de nombreux pays. Il dépassera très probablement de loin le Bitcoin, qui est souvent présenté comme le « nouvel or », ou monnaie de réserve.

Non seulement le nombre de pays détenant la monnaie chinoise dans leurs coffres de réserve augmenterait rapidement, mais le montant total des réserves de yuan pourrait monter en flèche plus rapidement que ne le prévoient les analystes, ce qui signalerait clairement la fin de l’hégémonie du dollar américain. Cela pourrait sans aucun doute modifier l’équilibre mondial du pouvoir économique.

« Si l’on regarde en arrière, les deux événements historiques déterminants de 2020 seront la pandémie de coronavirus et la monnaie numérique de la Chine », a déclaré récemment Xu Yuan, chercheur principal au Centre de recherche sur la finance numérique de l’Université de Pékin, dans le South China Morning Post.

Ces changements ne sont pas ignorés par Washington. Les États-Unis ne renonceront pas si facilement à leur hégémonie sur le dollar qui leur permet de contrôler largement l’économie et les flux financiers mondiaux. Bien que l’époque du contrôle total de l’économie mondiale par le dollar soit irréversiblement révolue, Washington a l’intention de ralentir ce changement de pouvoir aussi longtemps que possible. Même si une vraie guerre n’est pas exclue, il est plus probable que l’on en restera à une guerre monétaire.

Conformément à cette grande réinitialisation (Great Reset) annoncé par le Forum économique mondial (WEF) et, parallèlement, à la prévision de la Grande Transformation du FMI, une sorte de révolution monétaire pourrait être lancée, en introduisant éventuellement un instrument majeur pour lancer cette grande réinitialisation, alias Transformation.

En guise d’hypothèse, Washington pourrait, via le FMI, revenir à une sorte d’étalon-or. Celui-ci pourrait prendre la forme d’un panier de devises numérique de type DTS destiné à remplacer le dollar et le yuan / RMB numérique émergent comme monnaie d’échange et de réserve. La composition actuelle du DTS comprend les cinq principales devises internationales, à savoir le dollar (41,73%), l’euro (30,93%), le yuan (10,92%), le yen (8,33%) et la livre sterling (8,09%).

Bien que le yuan soit largement sous-représenté dans ce panier, notamment par rapport au dollar et à l’euro, il est finalement présent dans le panier depuis 2017 et est ainsi devenu un actif international officiel de change et de réserve. Les pondérations respectives dans le panier du DTS ont été fixées pour la dernière fois en 2016 et sont valables 5 ans, ce qui signifie qu’elles devront être renégociées et réajustées en 2021.

Si l’on poursuit avec l’hypothèse du nouvel étalon-or, il se pourrait bien que dans l’hypothétique nouvelle monnaie de type DTS, l’or joue un rôle prépondérant qui éclipserait la faiblesse du dollar américain. Cependant, comme ce fut le cas avec l’étalon-or de 1944, Washington-Le Trésor-la FED insisteraient pour que la valeur de l’or dans le panier soit liée au dollar – ce qui augmenterait de facto et de manière disproportionnée le poids respectif du dollar dans le panier.

Si un tel accord hypothétique était accepté par la majorité des pays – les États-Unis ont toujours le seul droit de veto dans les deux institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque mondiale – le « DTS » hypothétique basé sur l’or serait un concurrent sérieux au yuan / RMB numérique internationalisé en train d’émerger.

Pour éviter une telle situation, une éventuelle guerre des monnaies, la Chine, en tant que détenteur d’importantes réserves d’or, directes et indirectes, pourrait envisager d’établir un marché de l’or dont le prix serait fixé en yuan / RMB – et inviter d’autres grands producteurs d’or, comme la Russie, le Venezuela, l’Afrique du Sud et d’autres pays ne se trouvant pas dans l’orbite des États-Unis, à se joindre à elle dans une autre monnaie, c’est-à-dire un marché de l’or libellé en yuan, ou une valeur moyenne pondérée du prix de l’or chez les trois principaux participants du marché alternatif d’or, par exemple.

Cette monnaie alternative libellée en or serait renforcée par la puissance des économies respectives qui la soutiendraient.

En fin de compte – comme cela a déjà été démontré aujourd’hui – la confiance internationale dans les économies respectives et leurs devises – qu’elles soient adossées à l’or ou non – déterminera l’issue d’une éventuelle confrontation monétaire. La Chine, déjà engagée dans le commerce transfrontalier en monnaie locale et qui étend les accords de commerce du yuan au niveau international, par exemple avec les mesures d’échange de devises en place avec la Russie, l’Iran et le Venezuela, serait bien placée pour briser l’hégémonie des États-Unis sur les devises.

Enfin, l’objectif n’est pas d’avoir une hégémonie pour remplacer une autre puissance dominante, mais d’établir un monde équilibré avec plusieurs pôles régionaux ou centres financiers qui favoriseraient un équilibre monétaire qui accompagnerait progressivement les progrès de l’initiative des « Nouvelles routes de la soie », ce pont qui enjambe le monde, avec un accès de plus en plus égal aux ressources vitales pour construire pacifiquement une communauté mondiale et un avenir partagé entre toute l’humanité.

Peter Koenig

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

Le 5 octobre 2020 – Source New Eastern Outlook





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