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26 janvier 2021

Pour une retraite vraiment universelle, par Anne Debrégeas (Le Monde diplomatique, octobre 2020)



Un système de pensions déconnecté des carrières est-il possible ?

Contre l’avis des organisations de salariés et d’employeurs, le président de la République s’entête à vouloir réformer le système de retraite. Sous prétexte d’uniformisation, le modèle proposé, entérinant un recul du départ à taux plein, risque de conduire à un appauvrissement pour une majorité. La réflexion sur une possible architecture universelle passe par un tout autre chemin.

Lors de la mobilisation d’ampleur de l’hiver dernier contre le projet de réforme des retraites, les revendications sont restées très majoritairement calquées sur le système existant, visant au maintien du niveau de vie des retraités par un remplacement du meilleur ou du dernier salaire perçu. Ce faisant, on acte la reproduction des inégalités du monde du travail pour ceux et celles qui le quittent.

Comment justifier qu’un cadre bénéficie d’une meilleure pension qu’une femme de ménage ? Pourquoi mériterait-il de gagner plus pour s’occuper de son jardin, soutenir sa famille ou participer à la vie associative, lire ou aller à la pêche ? Les arguments habituellement avancés pour justifier les écarts de salaire — différences de qualification, de motivation, d’investissement, de pénibilité, de « productivité » ou d’« employabilité » — ne peuvent plus être invoqués à la retraite. À cette question jamais formulée, la réponse implicite réside souvent dans une vision de la retraite comme un salaire différé, justifié par la nécessité de prolonger son niveau de vie — un pauvre, lui, serait habitué à être pauvre. Pour d’autres, un salaire élevé donnerait le droit à une retraite importante parce qu’il est associé à une cotisation proportionnelle. Ceux qui ont davantage cotisé à l’assurance-maladie devraient-ils être mieux soignés ? Les enfants de ceux qui payent davantage d’impôt devraient-ils recevoir une meilleure éducation ? Dans un système par répartition, il ne s’agit pas de récupérer ce qu’on a versé.

À l’heure où notre modèle de société est ébranlé par la crise du Covid-19, de nombreuses initiatives nous appellent à redéfinir les contours d’un monde soutenable. N’est-ce pas le moment d’envisager de remplacer la logique contributive actuelle de la retraite par un nouveau droit universel, indépendant du niveau et de la durée de cotisation ? Tout être humain pourrait disposer d’une pension identique à partir d’un certain âge. Ce principe rejoindrait celui de la Sécurité sociale ou des services publics offrant à chacun les mêmes prestations, quel que (…)

Taille de l’article complet : 1 205 mots.

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