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22 octobre 2020

la résistance s’organise pour protéger l’estuaire de la Loire



En pleine crise écologique, le Grand port maritime Nantes-Saint-Nazaire a prévu de bétonner 110ha d’un site naturel se trouvant sur les rives de la Loire. Bien que paradoxalement dédié aux énergies renouvelables, le projet est écocidaire et rencontre aujourd’hui une vive opposition. Pour cause, de tels travaux signifient, entre autres, la destruction de zones humides, le massacre d’espèces protégées, l’artificialisation des sols et le dragage du fleuve sur l’un des lits majeurs de celui-ci. Le saccage a d’ores et déjà commencé mais la mise en place d’une ZAD à la fin du mois d’août a permis d’y mettre un coup d’arrêt. Les militants font cependant régulièrement des appels à soutien, la suite des évènements demeurant incertaine. Une balade découverte et ramassage de déchets est notamment prévue ce dimanche 20 septembre, à partir de 13 h 00 sur le site du Carnet. Pour signer la pétition contre ce projet industriel, rendez-vous ici.

Le site du Carnet, situé sur la rive sud de l’estuaire de la Loire, près de la ville de Paimboeuf, est une zone naturelle s’étalant sur près de 400 hectares. Jadis une île, son paysage a été modifié par le dépôt de remblais – à l’époque illégaux mais depuis légalisés par l’État français – entre les années 1970 et 1993, faisant disparaître presque intégralement le bras du canal de Migron. Pourtant, depuis, la nature est parvenue à reprendre certains de ces droits : un grand nombre d’animaux et de végétaux en ont fait leur havre de paix. Le site, qui abrite aujourd’hui 116 espèces protégées, renferme également des zones classées « espaces naturels remarquables ». Des paysages à couper le souffle qui font le bonheur des habitants des alentours.

Les zones humides du Carnet recèlent une biodiversité particulièrement riche qui est pourtant loin d’être à l’abri du monstre industriel qui revêt aujourd’hui le masque insidieux du développement durable, lui-même porté depuis sa naissance par un productivisme débridé qui dévore peu à peu ce qui reste de naturel dans notre monde. Déjà en 1981, une vive opposition s’était formée face au projet de construction d’une centrale nucléaire qui fut par la suite abandonné en 1997 grâce à la persévérance de 25 associations formant le « collectif Carnet ». Mais ce site naturel était alors encore loin de subir le dernier assaut à son encontre. Depuis, un certain nombre de projets d’aménagement ont vu le jour au Carnet, portés pour la plupart par le Grand port maritime Nantes-Saint-Nazaire qui réitère aujourd’hui sa volonté d’artificialiser l’estuaire de la Loire, dont des dizaines d’hectares d’un lit majeur du fleuve. Aujourd’hui encore, l’opposition ne s’est pas faite attendre et le collectif « Stop Carnet » a rapidement vu le jour face à ce projet d’aménagement industriel qui vise une zone sauvage de 110ha dont 51ha de zones humides et enfouira l’intégralité du site sous 550 000 m³ de remblais dès 2021 (ce qui équivaut à 58 000 camions transportant 13 tonnes de remblais).

L’argument fallacieux de l’écologie

Le but de ce massacre ? Installer un parc « éco-technologique », orienté sur les énergies marines renouvelables. Et c’est ainsi, qu’en « coopération étroite avec les services de l’État et les associations environnementales », Nantes Saint-Nazaire Port « s’implique sur le sujet de la transition énergétique ». Capitalisme vert quand tu nous tiens ! Triste est de constater qu’aujourd’hui, on puisse faire de l’écologie un prétexte pour justifier la destruction d’un site naturel, balayant au passage les espèces protégées qui s’y trouvent, sans oublier un impact certain sur les oiseaux migrateurs (dont le passereau migrateur, espèce en voie d’extinction en Europe) qui trouvent refuge dans ces lieux. Le projet implique notamment un remblayage massif de la zone mais aussi la création d’une station d’épuration, d’un quai destiné à accueillir les poids lourds ainsi que d’un ponton flottant. Le tout en zone submersible, précisons-le.

De quel degré de malhonnêteté faut-il faire preuve pour justifier un tel massacre par la lutte contre le dérèglement climatique ? Qu’on se le dise, il s’agit-là d’une instrumentalisation pure et simple d’une catastrophe planétaire dans le but d’artificialiser toujours plus le monde naturel. Comment la protection de l’environnement a-t-elle pu devenir une excuse pour laisser l’industrie se déchaîner ainsi sur la vie sauvage ? A l’heure où cette dernière se fait piétiner sans merci et perd chaque jour plus de place, il est essentiel de lutter plus que jamais contre de tels projets écocidaires et dénoncer toute tentative de greenwashing qui encourage l’extermination de la vie sur Terre.

Stop au carnage : « Nous sommes la Loire qui se défend ! »

Nous avons discuté avec Yohann Morice, paysan bio membre du collectif Terres Communes qui, depuis deux ans, alerte et mobilise les citoyens contre les projets inutiles en Loire-Atlantique (notamment celui du Surf Park à Saint-Père-en-Retz). Suite à la découverte de l’appel d’offre européen concernant le site du Carnet dans la presse locale en automne 2019, un appel à la résistance a rapidement été lancé et la première mobilisation a eu lieu en décembre 2019. Face à l’ampleur du projet, mettant en jeu d’importants intérêts étatiques et préfectoraux selon Yohann, un collectif d’opposition s’est formé à la fin de l’hiver 2020, s’intitulant Stop Carnet dont le militant est aujourd’hui un des porte-paroles. « Nous sommes la Loire qui se défend ! » déclarent les opposants au projet. Le confinement a toutefois joué en leur défaveur en sachant que les travaux étaient annoncés pour fin 2020 – début 2021.

L’urgence de l’action s’est particulièrement faite sentir lorsqu’une alerte a été lancée concernant un début de travaux le lundi 31 août. Le dernier week-end du mois a ainsi été marqué d’une mobilisation importante sur le site concerné par le projet industriel, réunissant plusieurs milliers de personnes : une manifestation festive qui s’est déroulée sans interpellation. La résistance s’est ainsi formée suite à un travail initié par un réseau déjà bien construit de collectifs et de luttes. Malheureusement, quelques jours après la mise en place d’une ZAD, les militants se sont rendus compte que le massacre avait déjà commencé et ce, avant le week-end de mobilisation.

Le blog du Collectif Stop Carnet indique en effet que « les travaux de destruction des rives de la Loire ont déjà commencé » et que «  les bulldozers ont démarré discrètement les travaux d’enlèvement du baccharis avant que la résistance ne s’installe au Carnet pour protéger la zone naturelle de 395 ha ». Une fois montée, la ZAD a permis de mettre un coup de frein à ces travaux. « C’est un carnage », témoigne Yohann, « Sur place, on se rend mieux compte de ce que cela donne de réaliser des soi-disant mesures de restauration écologique… au bulldozer. Ça n’a pas vraiment de sens, surtout lorsque l’on sait qu’une partie des berges de la Loire s’est effondrée à cause de ce type de travaux. »

Début des travaux de viabilisation

Les deux premières semaines de mobilisation ont été marquées par des altercations avec les forces de l’ordre mais depuis, la situation s’est quelque peu calmée. Cependant, les surveillances en hélicoptère se poursuivent, de même que les patrouilles de gendarmerie qui pousseraient le bouchon un peu loin selon Yoann: « Ils empêchent même des gens d’accéder à Paimboeuf parce qu’ils ont du matériel qui pourrait soi-disant aider les zadistes. Pourtant, la ville se trouve en dehors de la zone de l’arrêté qui a été mis en place. Ils sont dans l’illégalité et tout ce qu’ils peuvent faire, c’est nous mettre des coups de pression, faire peur et agacer les riverains pour qu’ils se retournent contre nous. » La mairie de Saint-Viaud a par ailleurs émis des interdictions sur certaines routes menant à la ZAD, au regard de la circulation, de l’arrêt et du stationnement. Cesdites interdictions, excluant toutefois les riverains, s’appliqueront jusqu’au 31 décembre 2020.

Yohann nous confie que les premières semaines ont été particulièrement difficiles à vivre et que la crainte de l’expulsion était omniprésente. Il témoigne de propos virulents de la part de la présidente de la région de la Loire mais aussi du débarquement d’agents du PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de la Gendarmerie) qui ont fait une tentative d’interpellation. Cependant, les militants sont bien loin de s’avouer vaincus : « Ce qui nous rassure, c’est que lorsqu’on a lancé des appels à soutien, beaucoup de personnes sont aussitôt venues nous aider pendant que nous étions menacés d’expulsion.  On a un bon réseau de personnes prêtes à se déplacer très rapidement. » déclare Yohann.

Le collectif Stop Carnet qui soutient la ZAD a organisé plusieurs promenades au sein du site naturel en amont du week-end de résistance mais aussi durant celui-ci : « Les gens qui viennent et qui s’imprègnent du site du Carnet ont systématiquement envie de revenir et de soutenir la lutte parce qu’il semble impensable de détruire un site pareil, c’est une nature magnifique. » témoigne le militant. Les photos prises sur les lieux montrent clairement l’effet dévastateur sur la faune et la flore des travaux qui ont déjà eu lieu, bien loin de l’image verte véhiculée par le Grand port maritime Nantes Saint-Nazaire et notamment Christelle Morançais, présidente de la Région des Pays de la Loire, qui ne s’est pas gardée de déclarer que ce «  projet d’aménagement du site du Carnet traduit concrètement l’écologie positive » qu’ils défendent. En attendant, la ZAD aura fait son effet et les travaux sont actuellement en pause.

Début des travaux de viabilisation

Un site industriel « clés en main » : quid du code de l’environnement ?

Le 18 janvier 2020, un communiqué de presse du Ministère de l’Economie et des Finances a dévoilé une « première liste de 12 sites industriels « clés en main » pour faciliter et accélérer les implantations industrielles ». Qu’est-ce qu’un site « clés en main » ? Il s’agit, comme l’indique le communiqué, d’un « site pouvant recevoir des activités industrielles et pour lequel les procédures administratives relatives à l’urbanisme, l’archéologie préventive et l’environnement ont été anticipées afin d’offrir à l’investisseur une disponibilité immédiate ou à très court terme. »

En 2017, le Grand port maritime Nantes Saint-Nazaire obtenait déjà, grâce à un arrêté préfectoral de la Loire-Atlantique, l’autorisation de viabiliser les 110 ha dont il est question au Carnet, sans pour autant que les entreprises qui profiteraient de ces aménagements ne soient déterminées. Cet arrêté inclut des dérogations au regard notamment des lois et réglementations sur l’eau, des espèces protégées, de la loi littoral, des quantités d’arsenic rejetées dans le fleuve… Sur le plan juridique, le projet actuel ne semble pas attaquable, sans oublier qu’il ne nécessite pas non plus un permis d’aménagement. Le projet d’aménagement étant indépendant du projet industriel, les 110 ha peuvent ainsi être complètement détruits avant même qu’il n’y ait un projet de construction quelconque.

Le collectif Stop Carnet dénonce les agissements d’Emmanuel Macron pour qui ce site naturel ne représente « qu’une vulgaire vitrine pour présenter la France comme un « territoire d’industrie », une France prête à tout pour accueillir le moindre investisseur dans l’espoir de relancer la machine infernale de la croissance économique.. Mais à quel prix ?! ». Aujourd’hui, plus que jamais, il est temps de dire stop à la destruction organisée du vivant au profit de la folie d’une poignée d’individus glorifiant une croissance qui ne peut être que mortifère et liberticide dans un monde déjà à l’agonie.

J.M.

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