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22 octobre 2020

Avec le projet de contournement de Montpellier, la voiture reste reine



  • Montpellier (Hérault), reportage

Un flot ininterrompu de voitures se déverse entre les vignes et les pinèdes. Il est 17 h 30 à Montpellier, l’heure des embouteillages. Sur la départementale 132, on circule au ralenti : les conducteurs ont donc tout le temps de remarquer au-dessus d’eux la large banderole suspendue à un pont. « Com, plus de bouchons, moins de nature », indique-t-elle. Un message cryptique, sauf pour les habitants de la métropole languedocienne. Né au milieu des années 1990, le projet de « Com » – ou contournement ouest de Montpellier – fait figure ici de serpent de mer. Charmeur pour certains, venimeux pour d’autres, ce reptile de goudron sème la zizanie dans la cité méditerranéenne, jusqu’au sein de la toute nouvelle majorité rose verte (PS /[EELV|Europe — Écologie les Verts) sortie des urnes en juin dernier.

Sur le pont surplombant la D132, un petit groupe termine de fixer la banderole. Membres du collectif Nous sommes – qui a notamment porté une liste citoyenne aux municipales – ils veulent alerter contre « ce projet anti-écologique, inutile et coûteux ». Leurs arguments sont bien rodés : « Cette deux fois deux voies va détruire des terres agricoles et des espaces naturels, augmenter la pollution et les émissions de gaz à effet de serre, pour, in fine, réduire de 3 % les temps de trajets, soit un gain de deux minutes sur un trajet d’une heure », résume Cathy Aberdam.

Tracé du contournement ouest de Montpellier.

Curieux, un cycliste s’arrête à sa hauteur. Il se dit « pro Com » car « le secteur est embouteillé en permanence ». « Il faut élargir les routes, ce serait une hérésie de ne rien faire ! » poursuit-il. Un avis partagé par le ministère de l’Écologie, porteur du projet à travers sa Direction régionale de l’environnement (Dreal) : les six kilomètres de ce périphérique urbain seraient « [essentiels] pour réduire les encombrements dans tout l’ouest montpelliérain », indique la plaquette de présentation de la Dreal.

En effet, dans l’agglomération occitanienne tentaculaire, les problèmes de circulation sont plus que récurrents. Ils sont permanents. Et pour cause : en constante croissance démographique, la ville n’a cessé de s’étendre, grignotant vignobles et garrigues alentours. « Entre 1964 et 2004, la population a doublé, et la dynamique se poursuit, constate Alexandre Brun, géographe à l’université Paul Valéry. Sauf que l’accueil des nouveaux arrivants ne s’est pas traduit par une densification de l’habitat urbain, mais bien plutôt par une expansion urbaine et périurbaine soutenue. » En clair, on vit plus loin, dans des zones peu ou mal desservies par les transports en commun. « On a construit à tout-va sans penser les déplacements », observe pour sa part Alenka Doulain, élue locale et membre de Nous sommes. Résultat, en plus des 280.000 habitants de la métropole, 69.000 personnes résidant aux environs viennent y travailler chaque jour… la plupart en automobile.

Nombre de riverains ont ainsi profité de l’enquête publique sur le contournement ouest pour exprimer leur ras-le-bol : « Habitante de la métropole mais pas de Montpellier, je travaille dans la métropole mais pas à Montpellier, écrit par exemple une dame anonyme. J’ai essayé les transports en commun mais cela implique 2 h 30 de trajet par jour. Le vélo, j’ai essayé mais les pistes cyclables sont en pointillés. Donc je n’ai pas le choix je dois y aller en voiture, et [subir] les embouteillages. »

« Aucune ville dans le monde n’a résolu ses problèmes de circulation en construisant toujours plus de routes »

« Depuis maintenant soixante ans, la grande majorité des investissements pour les infrastructures de transport s’est concentrée sur la voiture », explique pour sa part Alenka Doulain dans sa contribution à l’enquête publique. Sans grand succès : « Aucune ville dans le monde n’a réussi à résoudre ses problèmes de circulation en construisant toujours plus de routes, constate-t-elle. À Montpellier, le trafic sur l’A709 (doublement de l’A9) a augmenté de 20 % en seulement quelques années et cet axe est aujourd’hui à nouveau saturé. » Le seul effet notable de ces nouvelles infrastructures routières a consisté, selon l’élue municipale, à pousser « un grand nombre de nouveaux habitants [à déménager] dans des zones plus éloignées de la ville. La périurbanisation se développe toujours plus loin. » Le nouveau contournement ouest sera-t-il à son tour facteur d’étalement urbain ou de décongestion ?

« Com, plus de bouchons, moins de nature », indique une banderole, accrochée à un pont.

Pour l’État, il n’y a pas à tergiverser. « Pour accéder ou contourner de façon performante l’agglomération montpelliéraine, la création d’un contournement urbain complet autour de Montpellier est indispensable », martèle la Dreal dans sa plaquette. Les pouvoirs publics espèrent notamment faciliter le transit entre les deux autoroutes – A9 et A75 – qui bordent la ville. Et tant pis pour les seize hectares de terres agricoles bétonnées, tant pis pour l’augmentation du trafic – les études prévoient un doublement voire un triplement du nombre de véhicules sur l’axe à l’horizon 2032 – et les émissions polluantes. Montpellier fait pourtant partie des douze agglomérations épinglées par la justice européenne pour dépassement des seuils réglementaires en terme de pollution atmosphérique. Tant pis enfin pour les finances publiques : le projet initialement chiffré à 278 millions d’euros pourrait, à terme, atteindre les 500 millions d’euros d’après Greenpeace. « Le dogme du tout-voiture a la peau dure », regrette Cathy Aberdam.

À ses côtés, Lucie opine du chef. Elle fait partie du collectif SOS Oulala, qui combat un autre projet de contournement local : la liaison intercommunale d’évitement nord. De l’autre côté de la métropole, un autre projet routier – la déviation est de Montpellier – devrait également voir le jour. La métropole n’avait pas répondu, à l’heure où nous publions, à nos demandes d’entretien.

« Plutôt que de réfléchir globalement à l’aménagement du territoire, on construit des routes tous azimuts. »

« Plutôt que de réfléchir globalement à la question des déplacements et de l’aménagement du territoire, on construit des routes tous azimuts, dénonce-t-elle. Les élus montpelliérains veulent leur périph’ comme les autres grandes villes françaises, mais c’est une vision totalement dépassée à l’heure de l’urgence climatique ! » Dans la lignée de Nous sommes ou de SOS Oulala, l’ensemble des associations écolo locales sont vent debout contre ces projets routiers, mettant en avant d’autres solutions : le développement des lignes de tram et de bus, la création d’un réseau cyclable, l’incitation au covoiturage… « Les gens sont coincés dans leur voiture, parce qu’il n’existe pas d’alternative, c’est normal qu’ils en aient marre des bouchons, dit Lucie. Mettons donc ces 500 millions d’euros pour d’autres mobilités. »

Sous la pression des associations et de ses alliés Verts – défavorables au contournement ouest – le nouveau maire et président de l’agglo, Michaël Delafosse, a dû modérer son soutien aux projets routiers : il explique désormais que le contournement se fera « sans l’argent des Montpelliérains ». Une position mi-figue mi-raisin, qui pourrait – si elle est confirmée – sérieusement remettre en cause le projet, dont le financement dépend largement des fonds publics.

Photos :

. Banderole sur le pont. © Lorène Lavocat / Reporterre

. Carte. © Dreal

. Montpellier. Hugues Draelants / Flickr



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