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Le DR.- « Last but not least », vous savez bien qu’il y a des moments dans l’histoire où les grands enjeux se résument en un destin, en un symbole. C’est le cas de Julian Assange qui est, depuis un bon moment, un locataire presque permanent de votre site. Que vous inspire son dossier ? Comment voyez-vous l’issue de l’ignoble répression qu’il subit pour avoir osé exercer son droit d’informer ?

V.D.- Dans la foulée des attentats du 11/9 et des guerres impérialistes qui ont suivi, on a assisté à un ralliement de la presse internationale aux « guerres contre le terrorisme ». Elle ne faisait même plus semblant et se laissait embarquer (embedded journalism) avec les troupes d’invasion. La narrative occidentale devint une chape de plomb et tous ceux qui n’étaient pas « avec nous » étaient « contre nous »… Mais en 2010, un organe de presse d’un genre nouveau, appelé WikiLeaks, est apparu sur la scène internationale et a sérieusement brisé ce schéma narratif et a même ridiculisé la presse « mainstream ».

Fondé par un informaticien australien doué, révolté par les injustices, les dérives et les abus de pouvoirs,WikiLeaks offrait aux lanceurs d’alerte un portail qui garantissait leur anonymat. En retour, WikiLeaks se chargeait de vérifier et garantir l’authenticité des documents.

C’était simple, efficace, et gratuit.

Et très dangereux pour les pouvoirs corrompus. Risquer d’être dénoncé « de l’intérieur », par des initiés, représente un véritable danger existentiel. La répression a été donc immédiate et à la hauteur de la menace perçue.

J’ai pour habitude de dire que si vous n’avez pas suivi l’affaire WikiLeaks/Julian Assange de près, tout ce que vous croyez savoir est probablement faux.

Par exemple, si vous avez le mot « viol » à l’esprit, on pourra vous expliquer comment il est arrivé là et pourquoi il n’a rien à y faire. Idem si vous pensez que Julian Assange « n’est pas journaliste », alors qu’il est le journaliste le plus primé du 21e siècle.

Là où je suis extrêmement déçu, c’est de constater l’absence totale de mobilisation des partis (à l’exception du Parti de l’égalité socialiste, 4e internationale, notamment via leur site internet WSWS) et des médias alternatifs, alors qu’ils sont les principaux concernés par les répercussions potentiellement terribles de cette affaire.

D’abord, que fait un journaliste, qui ne purge aucune peine, en détention préventive dans une prison de haute sécurité ?

L’affaire démarre dès 2010, l’année du premier coup d’éclat de WikiLeaks, avec une procureure suédoise (Marianne Ny) qui émet un mandat d’arrêt très curieux où elle commet un faux en modifiant des termes pour introduire un soupçon de viol. La journaliste Stefania Maurizi a pu prouver qu’il y a eu un complot entre les procureurs britanniques et suédois pour faire traîner l’affaire au maximum. Lorsque Julian Assange est finalement arraché de l’ambassade équatorienne et arrêté par la police britannique, Mme Ny disparaît de la scène (et son mandat avec) et cède la place au principal acteur de cette farce, les États-Unis.

En résumé : un procureur suédois a rabattu le gibier Assange dans les filets de la Grande-Bretagne qui se prépare à le livrer aux États-Unis qui veulent lui faire payer très cher le fait d’avoir défendu notre droit de savoir.

Son procès est supervisé par Lady Emma Arbuthnot dont le mari et le fils sont touchés par les révélations de WikiLeaks. Elle refuse de se récuser. Les audiences sont dirigées par une mystérieuse Vanessa Baraitser, dont on ne sait rien, qui ricane lorsque la défense prend la parole et lit des conclusions rédigées à l’avance.

Selon Nils Mezler, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Julian Assange a été soumis à une torture psychologique intense. Il est malade et sa vie est en danger. Il n’a pas vu le soleil depuis dix ans. Lors des audiences, il a du mal à articuler son nom et sa date de naissance. Il ne peut pas communiquer avec ses avocats. Au cours de la nuit précédent une audience, il a été fouillé au corps trois fois, changé de cellule cinq fois et menotté onze fois. Ses documents ont été confisqués. Récemment, il a finalement obtenu un ordinateur mais les touches étaient bloquées avec de la colle… Et je ne fais qu’effleurer la réalité.

Julian Assange n’a jamais été sous juridiction US. Ce n’est donc pas un procès en extradition, mais un enlèvement organisé avec une mise en scène judiciaire. Ils pourraient aussi bien lui mettre un sac sur la tête et le jeter dans le coffre d’une voiture et l’emmener sur un terrain vague.

Mais les États-Unis prétendent exercer une « extraterritorialité » pour faire disparaître le journaliste le plus dérangeant du 21e siècle. Alors ils viennent le chercher, là où il est. Leurs accusations sont, de tous les avis d’experts, totalement absurdes. Ils viennent d’ailleurs de les modifier (hors délais, mais peu importe, on n’en est plus à une aberration près). À croire qu’ils ne sont pas très sûrs de ce qu’ils lui reprochent.

En attendant, les États-Unis ont déjà annoncé qu’ils viendront chercher les autres, partout où ils pourront. Par « les autres », comprenez tous ceux qui oseront faire leur travail. Par « où ils pourront », comprenez partout où leur emprise s’étend. En France, pays de l’affaire Georges Ibrahim Abdallah, certains seront peut-être un jour surpris d’apprendre jusqu’où il s’étend.

Viktor DEDAJ

Propos recueillis par Vladimir Caller pour le Drapeau Rouge http://www.ledrapeaurouge.be





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