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9 August 2020

André Citroën et ses secrets de famille



Les relations entre André Citroën, la Pologne et sa capitale Varsovie semblent être plus étroites qu’on ne pourrait l’imaginer.

André Gustave Citroën est né le 5 février 1878 à Paris. C’était le cinquième enfant de Louis Citroën et Masha Amalia Kleinmann, une femme élevée comme une vraie Varsovienne. Le grand-père paternel d’André était Barend Limoenman, un homme d’origine néerlandaise. La famille du grand-père d’André vendait des fruits exotiques. Au fil du temps, néanmoins, ils s’étaient introduits sur le marché des bijoux et des diamants. Par la suite, Barend Limoenman et sa famille déménagèrent à Paris. En raison de la difficulté de la prononciation de Limoenman, il décida d’adopter le surnom Citroën. Les parents de la future mère d’André Citroën, Masha Amalia Kleinmann, qui s’appelaient Isaac et Miriam Kleinmann, vivaient à Varsovie alors que le Royaume de Pologne était en train d’être divisé. Les temps étaient difficiles pour la nation polonaise ainsi que d’autres groupes ethniques.

M et Mme Kleinmann avaient élevé onze enfants : Bernard, Salomea, Julia, Amalia, Balbina, Eleonora, Anna, Flora, Tekla, Jonas et Michael. Ils habitaient une maison modeste du 49 rue Królewska, dans ce qu’on appelait le “District du nord”, occupant un vaste appartement de huit pièces au deuxième étage. Il ne reste plus aucune trace de leur domicile aujourd’hui (coordonnées GPS : 52.237067, 21.003756). Il a été frappé par les bombes dès les premiers jours de la Seconde Guerre mondiale, principalement à cause de son emplacement central dans Varsovie. Pendant l’Insurrection de Varsovie (1944), il connut un vrai siège, devenant un témoin silencieux de la bataille héroïque qui fut livrée pour défendre la ville contre l’envahisseur. Il ne reste donc aucun signe du bâtiment aujourd’hui.

Izaak Kleinmann était un commerçant qui détenait le monopole de la vente du sel issu d’une mine de Wieliczka, dans le Royaume de Pologne. Grâce à ses affaires, il était devenu un homme riche de l’époque. Bien qu’il ait onze enfants, l’argent n’était pas un problème pour lui. Il chercha donc dans toute l’Europe des maris convenables pour ses huit filles. C’était un Juif émancipé, moderne, un cosmopolite qui parlait couramment allemand plutôt que polonais. Il se sentait mieux à Berlin ou à Vienne qu’à Varsovie. Les filles de Kleinmann reçurent une éducation approfondie, elles connaissaient les langues étrangères, étaient belles, riches, et leur père leur trouva rapidement des époux parmi les Juifs néerlandais, allemands, français ; des hommes instruits, dépourvus de problèmes. La plus belle, et probablement chanceuse d’entre elles fut Amalia, qui épousa le banquier néerlandais Louis Citroën.

Le mariage d’Amalia et de Louis Citroën eu lieu à Varsovie, le 31 octobre 1870, dans un lieu de prière hassidique. Les jeunes mariés partirent ensuite s’installer à Paris. Ils avaient cinq enfants : Jeanne (1872), Hugues (1873), Fernande (1874), Bernard (1875), et bien sûr, le plus jeune, André (1878).

Après son déménagement à Paris, sa famille manquait à Amalia, tout comme la région de la Vistule, telle que la Pologne était communément appelée à l’époque. Ses contacts avec sa famille, qu’elle avait laissée à Varsovie, se faisaient principalement par des lettres. Un fait intéressant sur cette correspondance est qu’Amalia écrivait ses lettres à sa famille en allemand. En 1884, alors qu’André Citroën avait seulement 6 ans, son père, Louis Citroën, se donna la mort alors qu’il souffrait d’une maladie nerveuse. C’est là que toutes les responsabilités familiales, y compris la gestion de l’entreprise de bijoux, retombèrent sur Amalia. Néanmoins, c’était une femme de caractère qui n’abandonnait jamais et essaya à tout prix de faire face aux difficultés et de relever les défis.

Pendant ce temps-là, à Varsovie, en 1888, l’énergique Isaac Kleinmann était mort. Il fut enterré à côté du beau-fils prématurément décédé de Gustave Horowitz, dans le cimetière juif de Varsovie, dans l’allée Gesia, aujourd’hui allée Okopowa. Sa tombe a survécu au temps, et elle comprend également des inscriptions polonaises (secteur 32, rangée 19, n°58, pl M). Les coordonnées GPS sont 52.246507, 20.974729.

Les grands-parents et les parents d’Amalia ne pouvaient pas se rendre à Paris. Cela leur aurait posé problème pour s’occuper des autres enfants et de leur propre entreprise de sel, activités auxquelles ils consacraient tout leur temps. Aucune photo des grands-parents Kleinmann ne nous reste aujourd’hui, les photos de famille étant été détruites et brûlées lors de l’Insurrection de Varsovie.

À l’été 1981, Miriam Kleinmann et sa fille, Julia Horowitz, partirent en vacances. Une partie de la famille décida de se rendre dans une maison d’hôtes de Otwock, près de Varsovie. Cependant, Miriam Kleinmann refusait d’aller à Otwock avec les autres et préférait se rendre à Ciechocinek avec sa petite-fille Janina. D’un autre côté, sa petite-fille ne voulait pas y aller avec sa grand-mère, puisqu’elle avait espéré profiter de bains et de jeux avec ses pairs. Mme Miriam Kleinmann se vexa et alla à Ciechocinek avec son fils, Jonas. Pendant son séjour à Ciechocinek, Mme Kleinmann eut l’estomac noué après avoir mangé trop de framboises et mourut.

Les obsèques de Miriam Kleinmann eurent lieu au cimetière juif de Varsovie. Toutes les filles de Miriam vinrent de l’étranger : Eleonora et Flora des Pays-Bas, Anna, Balbina et Amalia de Paris et Tekla d’Allemagne. Leurs frères et sœurs de Varsovie les reçurent. Pour Amalia, il s’avéra que ce serait sa dernière visite en Pologne. Elle vint seule, laissant ses enfants chez elle. Ce fut la dernière réunion de taille pour la famille Kleinmann. Le rassemblement accueillit des femmes de l’aristocratie sous de grands chapeaux à plumes et des robes rutilantes qui étaient venues assister à la cérémonie. Elles avaient apporté des valises remplies à ras bord de fourrures et de cadeaux luxueux. Pendant la cérémonie funéraire, il y eut des larmes et des lamentations sans fin, comme la tradition de la religion judaïque le dicte, même si tout ce désespoir n’était qu’une façade. Miriam Kleinmann était connue dans la famille pour son insensibilité et son égoïsme, ce qui explique pourquoi sa mort n’émut personne. La tombe de la grand-mère d’André Citroën se trouve à Varsovie, dans l’allée Okopowa (secteur 5, rangée 26, n°65). Coordonnées GPS : 52.245342, 20.97739.

Mais revenons en 1891. La mort de Miriam Kleinmann bouleversa la vie de l’une des filles de Miriam, Julia Horowitz, qui vivait avec ses onze enfants à Varsovie. Ses frères et sœurs fortunés renoncèrent à tous leurs droits d’héritage suite au décès de leur mère, au bénéfice de Julia. Elle hérita d’une maison modeste au 49 de la rue Królewska et de capitaux financiers. Grâce à cette décision, Julia n’eut pas à s’inquiéter pour les dots de ses filles ou l’éducation de ses fils. À ce moment-là, elle était devenue riche.

Après les grandes funérailles de la grand-mère Kleinmann, tous retournèrent à leurs domiciles respectifs, y compris Amalia Kleinmann. Comme on l’a dit précédemment, les contacts d’Amalia Citroën avec sa famille se faisaient principalement par voie postale ; cependant, les filles de Julia rendirent visite à leur tante Amalia à Paris. Autour des années 1896-1897, la petite-fille de Miriam Kleinmann, Janina, vint à Paris. Elle fut enchantée de passer du temps chez Amalia Citroën.

Arrêtons-nous un instant sur ce point avant de poursuivre notre belle histoire. C’est le fils d’Amalia, André Gustave, âgé de 17 ans, qui fit visiter Paris à Janina. Un jour, ils se rendirent à Versailles tous les deux. Malheureusement, la foule à l’entrée était trop dense. Sans plus attendre, le jeune André, levant les sourcils, dit très brièvement : « Presse ». C’est là que le groupe de personne se divisa, laissant André et sa cousine Janina passer afin qu’ils puissent visiter le palais et ses jardins. Janina raconta cette anecdote de nombreuses fois ; à l’époque, elle s’était dit que le jeune André irait très loin, et comme vous le savez, elle ne se trompait pas. Le séjour de Janina à Paris fut très agréable.

La tante Amalia appréciait sa nièce et l’emmenait partout, lui montrant des maisons de mode conviviales, les musées de Paris, lui achetant beaucoup de jolies choses et de robes. Elle avait également promis de guider l’avenir de Janina. Mais comme cela arrive souvent, la vie joua un tour à Janina. Soudain, il s’avéra qu’alors que Janina voulait informer sa mère de ses projets d’avenir, le facteur apporta inopinément une lettre avisant que Janina devait retourner à Varsovie. Sa sœur, Kamila, avait décidé d’aller étudier à Berlin, et Janina ne voulait pas laisser sa mère Julia toute seule à Varsovie.

En 1899, deux ans seulement après la visite de Janina à Paris, la mère d’André Gustave – Masha Amalia Citroën – mourut à l’âge de 48 ans. L’enterrement eu lieu le 25 mai 1899 au cimetière de Montparnasse, à Paris. Sa mort inattendue eu un impact énorme sur le futur de son plus jeune fils, André.

Le 24 janvier 2020, au cimetière juif de Varsovie, dans l’allée Okopowa, une réunion a eu lieu entre M. Remigiusz Sosnowski – le directeur du cimetière, M. Jedrzej Chmielewski – le rédacteur du plus grand portail polonais sur l’automobilisme français, Francuskie.pl, M. Michał Bojańczyk – le mari de l’arrière-petite-fille d’André Citroën, Jeanne Goldfeder, et M. Ryszard Olszewski, chercheur sur les liens de la famille Citroën avec Varsovie et la Pologne. L’objectif premier de cette réunion fut d’identifier avec précision les tombes et de retrouver leurs emplacements GPS.



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