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22 octobre 2020

et si le confinement nous avait appris à voyager autrement ?



Depuis la fin du confinement, la vie semble reprendre la voie de la « normale » au grand dam de l’environnement ! La question aura traversé l’esprit de beaucoup : de quelle vie veut-on au juste ? Cette période particulière a été l’occasion pour chacun de réfléchir à ses habitudes de vie et à sa place dans la société moderne. Pour Mr. Mondialisation, Sarah Roubato imagine comment la crise du coronavirus aura pu influencer et – éventuellement – changer nos envies de voyager.

Sortir, sortir, sortir ! Mais où aller cette année ? On se prépare à des vacances bien particulières. Aller voir la mer, la montagne, les collines, les villages pittoresques, les belles villes ! Tant pis pour le voyage prévu à l’autre bout de l’océan. Cette année, on voyagera à domicile. Il paraît qu’on a un beau pays. Pour les Français, c’est le pays le plus visité au monde, rendez-vous compte ! Justement, on va pouvoir s’en rendre compte. Heureusement la limite de circuler dans un rayon de 100 km est levée. Car oui, nous nous sentons à l’étroit dans 100km carrés. Mais comment faisaient donc nos ancêtres ?

Le confinement nous a appris à regarder autrement notre voisinage. À porter attention à ce devant quoi on passait, en se disant que c’était bien banal. Qu’allons-nous faire de cette acuité retrouvée ? Saurons-nous ressortir de cette expérience transformés ? Cet été, c’est peut-être l’occasion de redécouvrir non seulement nos propres pays, mais peut-être aussi une autre manière de voyager. Car c’est chouette de liker les photos des eaux claires de Venise, mais si c’est pour se ruer sur nos propres plages et villes, ou pour prendre un soda près d’un lac de montagne dans une structure super aménagée…

Quand même, ce ne sont pas les mêmes proportions que le tourisme de masse ! Nous ne débarquons pas en cars ou en bateaux de croisière. Nous, on arrive en voiture, on loue un petit appartement en Airbnb au centre ville, ou bien un bungalow, un camping car, une villa à plusieurs ou une cabane dans un village vacances. Suivant les bourses et les standings. On arrive le samedi soir, on se rue au supermarché le plus proche – on est bien contents d’ailleurs d’en trouver, c’est plus pratique ! On est en vacances, on ne va pas perdre du temps à faire les courses chez les petits producteurs du coin. Le dimanche matin, quand on regarde par la fenêtre du centre ville ou du village, pas un enfant du coin ne court dans les belles rues pavées, pas une vieille femme ne se penche au balcon, aucune file d’attente ne se forme le matin devant le boulanger du coin, car il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de boulanger du coin. D’autres comme nous se baladent, appareils photos en bandoulière, casquette sur la tête et crème solaire badigeonnée sur le visage. À midi les restaurants et les cafés font le plein. Ça donne du boulot aux gens tout ça. D’ailleurs sans nous, c’est sûr, tous ces lieux seraient morts, les locaux n’auraient pas de quoi vivre, car que pourraient-ils faire d’autres après tout ? Ils habiteraient peut-être ici, mais au chômage !

L’industrie du tourisme sait merveilleusement s’adapter aux styles et aux porte-monnaie de chacun. Elle sait présenter une offre qui semble d’une grande diversité. Mais derrière l’apparente variété des formules, c’est toujours la même expérience qu’on nous vend. Le soleil tape. La place est noire de monde. Les marchands crient pour nous attirer vers leurs échoppes colorées. Les peintres agitent leurs pinceaux, les musiciens chantent plus fort, les serveurs des cafés guettent un regard pour nous proposer le menu. De quelle place je parle ? Si vous posez la question, c’est que vous avez compris : je pourrais aussi bien parler de la Grand Place de Bruxelles que de la place Jemaa el Fna de Marrakech, de Istiqlal d’Istanbul ou de la place du Tertre à Paris. Toutes les places et les centre villes finissent par se ressembler, parce qu’ils offrent tous la même expérience. Ce qui change, c’est qu’ici on mange des crêpes et là des gaufres, ici des jus d’orange et là des grillades. L’artère principale présente les mêmes enseignes de boutiques de vêtements low-cost et de fastfood. Sur les terrasses de la place du Tertre, le café se déguste à 3 euros. On consomme de l’authentique montmartrois en s’installant là où jadis les artistes avaient la place, où ils n’ont plus qu’un couloir. Dans les petites rues on va acheter des mugs et des t-shirts qu’on retrouvera à l’identique dans de petits villages typiques, sauf le nom imprimé dessus bien sûr. Dans les petits villages, les boutiques « artisanales » nous présenteront en petit paquet des spécialités régionales fabriquées à 100 kilomètres de là par de grosses usines et vendues cinq fois plus cher. Il faut dire que l’emballage est bien soigné, dans des couleurs vintage. Nous visitons le musée, la grotte, le site, la fontaine, le pic, l’église, les yeux grands ouverts et la tête levée. En sortant nous avons déjà oublié à peu près tout ce qu’on a lu sur le guide. Quand nous rentrons de tout ça, que nous reste-t-il ? Des clichés, une série de visites qui se passent toujours sur le même mode.

Alexis Marcotte

Et si le confinement pouvait nous apprendre à voyager autrement ? Si ce qu’il restait de la visite d’une église, c’était de longues minutes de silence, de quiétude, de fraîcheur, d’introspection ? Si vivre dans un centre ville ou un village pouvait vouloir dire, avoir pris un coup tous les soirs avec un vieil homme qu’on retrouve au bistro, et l’avoir écouté nous raconter comment c’était avant, depuis combien de temps sa famille y vit, s’il est fier de son coin de pays, ce qu’il a vu passer… ces histoires qui ne figurent dans aucun guide. Si on se permettait, en route pour une visite, de s’arrêter devant des enfants qui jouent, de s’autoriser à changer de programme, et de finir par rester tout un après-midi à apprendre des jeux qu’on ne connaissait pas ? Si on voyait les arrières-boutiques des petits commerçants, des fermes, des paysans du coin, qui finiraient par nous inviter à prendre un café chez eux ? Si soudain on pouvait dire à quoi rêvent les gens de ce coin de pays, qu’est-ce qu’ils craignent, qu’est-ce qui les met en colère, qu’est-ce qui les intrigue ? Et si on se permettait de retourner plusieurs fois dans le même coin de campagne, sur le même rocher devant la mer, et qu’on y prenne le temps de bien regarder, d’apprécier une autre température, une autre heure de la journée, et pourquoi pas, de faire le point sur sa propre vie ? Bref, et si on boycottait les codes du tourisme de masse ?

Un paysan vivant depuis trente ans sur sa ferme, et qui avait bien bourlingué par le passé, me disait alors que nous montions l’eau avec les bœufs : « Je fais ce chemin tous les jours depuis trente ans, et je ne me suis jamais ennuyé. Les gens font des kilomètres mais ils ne savent pas ce que c’est voyager. » Une adolescente me racontait que pendant le confinement, elle ne pouvait aller que dans le petit bois près de chez elle. Elle y est allée tous les jours. Et elle n’avait jamais eu une expérience aussi riche : d’un coup, elle voyait les choses en train de se faire, les plantes pousser, les arbres verdir, les bourgeons devenir fleurs. Elle ne s’est pas ennuyée une seule fois.

Quand nous voyageons, nous avons tendance à vouloir voir et visiter le plus possible en un minimum de temps, pour ne rien « rater » dit-on. Nous consommons des expériences sur mesure sans toujours y trouver l’authenticité. Comme nous reproduisons la même expérience partout, on finit par confondre les souvenirs. On revient chez soi pour mieux recommencer sa vie comme avant.

Alors à la veille de ces vacances estivales, je vous souhaite de savoir ce que vous allez chercher en voyageant. De vous laisser surprendre, de sortir des sentiers prémâchés, de découvrir dans les petites scènes naturelles et humaines, de quoi nourrir l’esprit, vous chatouiller l’âme, de quoi apaiser les inquiétudes qui sont en ce moment si exacerbées. Je vous souhaite que ces vacances de la crise sanitaire soient celles dont vous vous souviendrez toute votre vie, celles qui vous auront fait toucher à l’essentiel, pour, qui sait, revenir transformés.

Sarah Roubato


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