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24 janvier 2021

« Nous sommes en guerre à l’hôpital, pas seulement contre le Covid-19 mais aussi contre l’institution »



Tandis que le gouvernement se précipite pour aider les multinationales à traverser la crise sanitaire, l’argent manque toujours pour les services hospitaliers et la psychiatrie n’est pas épargnée par la quête incessante de rentabilisation des services publics. Depuis le début de la crise de covid-19, les fermetures d’unités se multiplient, notamment aux Centre Hospitalier du Vinatier à Lyon. Plus d’une centaine de lits du deuxième hôpital psychiatrique de France ont ainsi été fermés pour des raisons qui ne semblent pas tenir debout : le personnel soignant et les syndicats sont aujourd’hui mobilisés et demandent des réponses, sans succès. Se servir d’une crise sanitaire comme excuse pour réaliser des économies sur la santé ? Un paradoxe qui suit pourtant la logique des politiques néolibérales détruisant depuis des années le système de santé public.

Depuis le début de la crise sanitaire, plus de 10 % des lits du Centre Hospitalier du Vinatier ont été fermés, allant à l’encontre de l’avis de la majorité des médecins. La crainte du caractère définitif de cette fermeture est omniprésente chez le personnel soignant. « Nous avons demandé une promesse écrite de réouverture de service à la fin de la crise, ceci est ignoré. Nous savons tous très bien que le but de la manœuvre est une fermeture définitive !» témoigne un infirmier du Vinatier. Selon lui, la crise du covid-19 n’est qu’un prétexte pour effectuer les économies déjà prévues auparavant alors que le contexte anxiogène requiert un accompagnement adéquat des patients particulièrement fragilisés par la situation: « on pourrait penser que la psychiatrie n’est pas touchée par le virus, or il est évident que la santé mentale des français est fortement impactée par la situation. Je vous laisse imaginer pour les personnes ayant déjà des fragilités psychologiques ! » Le 21 avril 2020, la direction annonce officiellement qu’il n’y aura plus d’entrées de patients possible dans le service Frantz Fanon, alors que les urgences ne cessent de se remplir.

« Nous sommes en guerre à l’hôpital, pas seulement contre le Covid-19 mais aussi contre l’institution qui massacre les patients et les soignants »

Deux rencontres par semaine avaient lieu entre les syndicats et la direction depuis le début de l’épidémie – des rendez-vous jugés impératifs dans le cadre de la gestion de la crise. Le 21 avril, ce dialogue a été interrompu par la direction via un mail envoyé aux syndicats pour signifier l’arrêt de ces deux rencontres hebdomadaires. Le personnel soignant s’est rassemblé le même jour devant la direction en signe de protestation, le tout dans le respect des gestes barrières. « Nous avons besoin du maximum d’aide dans cette guerre. Toute l’équipe de mon service est dévastée, tous les soignants de l’hôpital sont outrés par les méthodes employées pour maintenir ces fermetures de lits et les patients sont remontés contre cette institution qui les délaisse… » nous confie l’infirmier.

Action coup de poing d’une centaine de personnel du vinatier suite à l’annonce des fermeture d’unités !Nous ne…

Publiée par CGT Vinatier sur Mardi 21 avril 2020

Dans son témoignage publié le 17 avril 2020 par le site d’information indépendant Mediapart, le Dr. Marion Klifa précise que l’objectif annoncé des fermetures de lits est de dédier des unités au covid-19. Pourtant, malgré l’épidémie, un grand nombre d’entre elles sont restées entièrement vides. Selon le psychiatre, « l’ensemble de ces unités accueille actuellement 10 patients présentant des troubles psychiatriques et une infection au coronavirus pour 50 lits dédiés. »

L’autre argument de la fermeture de services serait celui de combler le taux d’absentéisme alors même que l’établissement compterait 150 soignants en réserve. Selon les soignants, cette crise sanitaire sert de prétexte fallacieux pour poursuivre une logique de rentabilisation du service public installée depuis des années qui « est accentuée à l’hôpital psychiatrique du Vinatier. Sous couvert de la crise sanitaire, en argumentant sur celle-ci, on ferme des lieux de soins, on ferme des lits d’hospitalisation. On ferme pour fermer. On ferme pour moins dépenser. On ferme pour économiser. En ce moment même où on espère ce « plan massif » pour la santé. »

Le directeur de l’établissement, Pascal Mariotti, n’en est pas à son premier coup d’essai. Proche de l’actuel ministre des Solidarités et de la Santé, sa propre carrière en politique fut un échec par sa tentative de devenir maire de Moirans, sans succès. Avant d’être promu directeur du CH du Vinatier, il était à la tête du Centre Hospitalier Alpes-Isère de Saint-Égrève où il était déjà jugé comme étant particulièrement autoritaire par les syndicalistes. Selon la CGT, son précédent bilan a été marqué d’une perte de 40 % de lits d’hospitalisation complète et d’un manque prononcé de personnel. Début 2019, l’homme promettait la fermeture d’unités, des baisses d’effectifs dans les fonctions logistiques, techniques et administratives et des non-remplacements de départs à la retraite. Notons enfin qu’en mai 2019, le personnel soignant du Vinatier était déjà en lutte après le projet de suppression des tickets resto par ce même directeur.

Quand rentabilité et productivité s’invitent à l’hôpital public

La détérioration des services publics, ne date pas d’hier. Les réformes libérales qui ont secoué l’hôpital durant ces dernières décennies avaient pour objectif de contraindre celui-ci à fonctionner de la même manière qu’une entreprise privée, dégradant gravement les conditions de travail des soignants et l’accès à la santé pour la majorité de la population française. Comme pour le reste des services publics, le gouvernement d’Emmanuel Macron, par son idéologie néolibérale, a accéléré cette dégradation, continuant de faire des économies colossales sur le service public de santé alors que celui-ci était d’ores et déjà en crise. N’ayant que faire des cris de désespoir du personnel hospitalier à bout de souffle, l’État a baissé le budget de la santé de 4,2 milliards d’euros pour l’année 2020, peu de temps avant le début de la crise sanitaire qui secoue actuellement le monde. Dans une vidéo intitulée « Destruction de l’hôpital : comment en est-on arrivé là ? », réalisée par le média d’opinion indépendant « Le Vent Se Lève » en collaboration avec l’association « Les Economistes Atterrés » (regroupant chercheurs, universitaires et experts en économie), Salomé Saqué explique comment l’hôpital public s’est transformé en entreprise devant être rentable mais aussi les éventuelles politiques pouvant être appliquées pour remédier à cette situation.

J.M.

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