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3 June 2020

A l’occasion de la pandémie, c’est la dystopie qui s’installe – Les moutons enragés



On réfléchit à après, en tenant compte de ce qu’il se passe maintenant, car c’est grave. Parce que tout dépendra de notre capacité à refuser leur système mortifère. Partagez ! Volti

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Par Michel Lepesant (son blog Décroissance Où va-t-on auteur de Décroissances, où va-t-on ?, aux éditions Utopia, 2013. ) via REPORTERRE

« Ce qui est en train de se passer est une expérimentation totalitaire dans laquelle la fin affichée – “sauver des vies” – justifie tous les moyens », écrit l’auteur de cette tribune. Alors que le confinement dure et que la pandémie perdure, ce qui vient n’est « ni l’insurrection ni la grève générale, c’est une dystopie ».

Une analyse superficiellement écologiste pourrait trouver dans cette pandémie des raisons d’espérer : réduction des transports inutiles (tout particulièrement aériens), prévision d’un ralentissement de la croissance et donc prévision d’une baisse des pollutions (par exemple, la chute de l’activité en Chine a diminué en février les émissions de gaz à effet de serre de l’équivalent de la production annuelle des Pays-Bas)…

Une analyse superficiellement critique pourrait même se réjouir que
le confinement va donner à chacun le temps et l’occasion de se poser la
question du sens réel de la vie qualifiée « auparavant »
d’ordinaire, au point peut-être de se mettre à espérer déboucher sur
une critique réveillée du consumérisme quotidien : rien de plus bizarre
aujourd’hui que de consacrer quelques minutes à regarder des publicités
télévisées dont les contenus si peu « essentiels » sont si évidemment en décalage avec la situation vécue.

On pourrait même croire, à écouter par exemple Sibeth Ndiaye évoquer « un changement de paradigme », que ces temps de crise sont en train de fournir la preuve « par le fait » qu’un changement de cap est possible. Mais quand le premier exemple concret qu’elle fournit est celui d’une relocalisation de l’industrie automobile des pièces détachées, comment ne pas penser qu’on part de très loin… et qu’aucun horizon d’utopie ne semble en réalité se profiler.

Ce qui est en train de se passer est une expérimentation totalitaire

Tout au contraire, ce qui vient n’est ni l’insurrection ni la grève générale, c’est une dystopie. Au 19e
siècle, les socialistes les plus utopiques voyaient dans les
expérimentations minoritaires les semences de la transformation sociale.
Mais ce qui est en train de se passer est une expérimentation ni
minoritaire, ni majoritaire, mais totalitaire, dans laquelle la fin
affichée – « sauver des vies »
– justifie tous les moyens. Quand on se souvient à quel point dans les
temps précédents le gouvernement français a déjà fait preuve
d’insensibilité, on peut s’attendre à ce que la suite lui donnera tout
le temps d’accentuer sa violence économique, sociale et politique.

C’est la dystopie économique qui vient : trop tard pour réviser une politique antérieure (RGPP) qui aujourd’hui – par faute de moyens – détermine une stratégie d’improvisation. C’est même l’occasion, sinon l’aubaine, pour accélérer les processus de dématérialisation des activités : télétravail, téléconsultation, la culture en 1 clic, la web-école… Que penser d’une société qui maintient le « travail » tout en interdisant de partir en vacances ?

C’est l’occasion, sinon l’aubaine, d’accélérer les processus de dématérialisation des activités. pexels

La dystopie sociale s’installe sous le nom de « distanciation sociale », car c’est d’isolement individuel qu’il s’agit. Et en traitant aujourd’hui d’« imbéciles »
les réfractaires au confinement, Castaner continue dans cette logique
sociocidaire de la réduction de toute responsabilité à sa seule
dimension individuelle que toutes les réformes récentes du gouvernement
tentent d’imposer : de la réforme des retraites à celle des lycées, en passant par la réforme de l’assurance-chômage… Que penser surtout d’une société qui ne semble capable de penser le confinement que sur le modèle de l’emprisonnement
(il va sans dire que c’est évidemment dans les lieux d’enfermement que
les situations sont les plus inhumaines : prisons, Ehpad…) ?

La dystopie politique se renforce quand se multiplient ces listes qui
inventorient les lieux, déplacements, activités, comportements
autorisés : tout ce qui n’est pas permis devient interdit. Que penser
d’une société dans laquelle cette inversion du permis et de l’interdit
semble ne susciter aucun débat public ? Et après ?

Bien loin des scénarios d’effondrement ou de décroissance choisie,
comment ne pas constater qu’après 2001, 2008, chaque crise a été
l’occasion d’une accélération des formes les moins humanistes de la vie
en commun ? Comment osent-ils ? Mais « ils » oseront. Et « nous » que ferons-nous ?

Après la crise, viendra le temps des factures. Qui peut croire qu’un seul gouvernement dans le monde en profitera pour imposer un prélèvement sur les plus grandes fortunes ? Par exemple, de façon « exceptionnelle », sur cinq ans, un prélèvement de 20 % sur les patrimoines au-delà d’un milliard d’euros : faisons au moins le calcul, histoire de rêver.

Mais qui peut croire qu’à l’occasion de la pandémie, c’est l’utopie qui viendra ? Et pourtant nous devons l’espérer.

Michel Lepesant

Voir :

Battons-nous pour une retraite inconditionnelle, pour tous et toutes

En 2018, on pouvait fabriquer 200 millions de masques par an en France

Pour limiter les pandémies, les humains doivent « décoloniser le monde »

AIDER REPORTERRE



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