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30 septembre 2020

Souvenons-nous du groupe Manouchian ! — Claire VÉRILHAC



“Toute et tous étaient des étrangers antifascistes et communistes, venus d’Europe centrale pour la plupart : polonais, arméniens, juifs, mais aussi italiens et espagnols.

Toute et tous luttaient pour un monde enfin débarrassé du nazisme, du fascisme, un monde meilleur dont aujourd’hui nous savons que les peuples des colonies étaient les grands oubliés…

Aujourd’hui, en Europe et partout dans le monde, le fascisme et le suprématisme blanc sont à nouveau à l’œuvre comme en atteste la récente tuerie à Hanau en Allemagne.

Il ne s’agit pas d’un acte isolé mais, le dernier en date d’une longue série d’attentats et de meurtres qui, tous, touchent la communauté musulmane principalement, les demandeurs d’asile venus du Moyen-Orient, transformé en un vaste champ de ruines, les migrants noirs venus de l’Afrique sub-saharienne et les Rroms.

Toutes et tous sont les victimes des discours racistes véhiculés par la glorification du nazisme, du néo-nazisme et de toutes les autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui lui est associée.

Mais nous ne devons pas oublier que le 21 novembre 2014, lors du vote du projet de Résolution L56 de l’Assemblée Générale de l’ONU, qui s’inquiétait – à juste titre – de la renaissance de ces idéologies criminelles, l’ensemble des pays européens – dont l’Allemagne et la France – s’étaient abstenus. …

Reniant ainsi le sacrifice des millions de martyrs européens, celui de tous les résistants qui ont participé aux mouvements de libération nationale tels les héros du groupe Manouchian.

La France n’est pas exempte de cette nouvelle expression raciste et suprématiste, loin de la !

Tous les discours – de droite comme de gauche – des plus hauts responsables de l’État entretiennent le soupçon et la peur de l’Autre, du musulman ou supposé tel, principalement.

L’islamophobie sévit aujourd’hui, comme hier, dans les années 30 où l’antisémitisme et la peur des « bolcheviques » étaient le fond commun des discours fascistes et d’extrême droite française.

Honorer aujourd’hui les héros du groupe Manouchian, c’est avant tout rappeler tout cela, se souvenir qu’eux aussi étaient des étrangers, des métèques, des indésirables ; que nous sommes comptables de leur martyre.

Il est de notre devoir de porter haut l’idéal qui les animait au travers les formes modernes des luttes, antiracistes et décolonisées, dans lesquelles nous sommes engagés.

Gloire aux héros du groupe Manouchian ! “

La commission antiracisme politique

Pour la Coordination Nationale de l’UJFP (Union des Juifs Français pour la Paix), le 21 février 2020.

“L’affiche rouge”

(strophes pour se souvenir)

poème de Louis Aragon mis en musique par Léo Ferré

La chanson restera censurée, interdite à la radio et la télévision françaises, jusqu’en 1981.

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes

Ni l’orgue ni la prière aux agonisants

Onze ans déjà que cela passe vite onze ans

Vous vous étiez servis simplement de vos armes

La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes

Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

L’affiche qui semblait une tache de sang

Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles

Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence

Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant

Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants

Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre

A la fin février pour vos derniers moments

Et c’est alors que l’un de vous dit calmement

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

Adieu la vie adieu la lumière et le vent

Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline

Que la nature est belle et que le coeur me fend

La justice viendra sur nos pas triomphants

Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Léo Ferré : L’Affiche rouge (Aragon) © Léo Ferré





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