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20 septembre 2020

Un confrère psychiatre lance l’alerte au sujet du Dr Le Scouarnec dès 2006 — Enfant de la Société — Sott.net



Avant de travailler à Jonzac, en Charente-Maritime où il sera jugé aux assises en mars 2020 pour une première série d’agressions sexuelles sur des patientes mineures, Joël Le Scouarnec, chirurgien digestif accusé de pédophilie, est passé par l’hôpital de Quimperlé, du 4 octobre 2004 à juillet 2007, où un psychiatre, Thierry Bonvalot, avait alerté sa direction dès 2006. C’est une nouvelle étape dans les garde-fous qui ont tenté d’empêcher ce chirurgien soupçonné de plusieurs centaines de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs (349 victimes déclarées) à continuer d’exercer.

bloc opératoire

© inconnu

« En 2006, j’ai appris la condamnation de Joël Le Scouarnec » pour détention d’images pédo-pornographiques, en 2005, par le tribunal de Vannes, témoigne Thierry Bonvalot, alors à la tête de la commission médicale d’établissement de l’hôpital de Quimperlé. Une facette de mon activité était précisément de m’occuper d’agresseurs sexuels. D’autres éléments m’ont amené à faire un signalement au directeur de l’hôpital (André Labat, aujourd’hui décédé). »

Thierry Bonvalot

© Ouest-France
Thierry Bonvalot, psychiatre à l’hôpital de Quimperlé

« Joël Le Scouarnec avait défendu de manière inappropriée un collègue qui avait fait l’objet de plaintes. » Ce collègue, un radiologue (aujourd’hui en fuite) sera condamné, en 2015, pour viols.

« Puis il y a eu une complication chirurgicale avec un enfant qu’il a opéré : le chirurgien a pris la tangente après l’intervention et s’en est justifié dans des termes qui m’ont semblé pathologiques. J’ai demandé des comptes là-dessus. »

« J’ai fait prévenir le conseil de l’ordre par un collègue et j’ai fait part de mes doutes à des personnes-ressources de l’hôpital. J’ai mis par écrit le strict minimum. Mais oralement, c’était assorti d’explications de texte beaucoup plus catégoriques sur la dangerosité de Joël Le Scouarnec. »

Un homme « dangereux » qui « ne devait plus opérer »

Le Conseil peine alors à se faire communiquer le jugement par le tribunal de grande instance de Vannes. Quand il l’a enfin en main, il signale les faits à la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales, la Ddass, devenue depuis l’ARS, l’Agence régionale de santé. « J’avais été catégorique sur le fait que Joël Le Scouarnec était dangereux et ne devait plus opérer. »

Mais les inquiétudes émises par Thierry Bonvalot ne semblent pas inquiéter ses supérieurs : « Je n’ai eu aucun retour. J’ai demandé où l’on en était de la décision du Conseil de l’ordre. Cela ne me semblait pas possible ni adapté de le surveiller tout le temps. Donc je l’ai dit. Mes fonctions de président de la commission médicale d’établissement ont cessé quelques mois après. »

Joel Le Scouarec

© inconnu
Le Docteur Joel Le Scouarec

« J’ai pris le parti d’informer »

« J’ai été convoqué à la gendarmerie de Quimperlé, il y a quelques mois, et j’ai fourni les détails. Pour moi, c’est quelqu’un de pervers. J’ai pris le parti d’informer. Mes pensées vont aux familles, aux victimes. C’est une position compassionnelle. Des affaires de ce niveau doivent faire réfléchir. »

Contacté début décembre 2019, Daniel Le Bras, ancien chef anesthésiste-réanimateur et ancien maire de Quimperlé, nous avait confié avoir été « très surpris par cette affaire ». Il évoquait « un homme sympa et un très bon chirurgien. Il n’y a eu aucun signalement et pas de souci ».

Avant Quimperlé, Joël Le Scouarnec a effectué des remplacements en 2002 à l’hôpital de Quimper. Selon nos informations, aucune plainte n’aurait été déposée pour l’instant sur cette courte période.


Commentaire : Les plus dangereux pédophiles sont effectivement « un homme sympa et un très bon [employé chez qui] il n’y a eu aucun signalement et pas de souci ».

Il est déroutant de voir le laxisme de nos instances dont une des missions est la protection des plus vulnérables de la société, notamment les enfants et les personnes en état d’impossibilité de se défendre, en l’occurrence des personnes anesthésiées !!

On peut remercier le Docteur Bonvalot de n’avoir pas fermé les yeux. Espérons que la Justice suive.

D’autres informations ici:

Marie avait 10 ans quand le Dr Joël Le Scouarnec l’a opérée pour une banale appendicite, à la clinique de Vannes. Les carnets de celui qui est aujourd’hui connu comme un pédophile et l’aide de médecins spécialistes ont fait ressurgir un drame que la jeune femme avait enfoui dans sa mémoire pendant 23 ans. On parle pour certaines victimes d’agressions sexuelles d’« amnésie traumatique ». Marie, elle, avait mis cela sur le compte d’un examen médical post-opératoire et ne s’en était plaint à personne. « Je suis une fille forte, je me suis tue », confie-t-elle au Point. Aujourd’hui, elle revoit des « flashs » de ce qu’elle décrit comme un viol. « La semaine dernière, j’ai revu son visage fermé et son regard froid… »

Cette jeune mère de famille, entendue par les enquêteurs en août, fait désormais partie de la soixantaine de potentielles victimes ayant porté plainte contre l’ex-chirurgien de Jonzac, aujourd’hui incarcéré à la maison d’arrêt de Saintes. Le premier volet de cette affaire hors-norme devrait être jugé devant les assises au premier trimestre 2020. Marie, défendue, comme six autres victimes, par Me Francesca Satta, devra prendre son mal en patience. En attendant un deuxième procès, cette énergique trentenaire a entamé une thérapie par l’hypnose et pris contact avec d’autres supposées victimes du chirurgien qui ont créé un groupe privé sur Facebook (Victime du chirurgien Le Scouarnec Joël).

Elle nous livre son témoignage.

« C’était au début du mois d’août, je couchais les enfants quand deux gendarmes ont sonné à la porte. J’étais un peu inquiète, ils m’ont demandé si j’habitais bien à Vannes quand j’étais petite, si j’avais des souvenirs d’une opération de l’appendicite… Ils m’ont dit : On enquête sur un chirurgien pédophile. L’affaire n’avait pas encore été médiatisée. J’avoue que je ne me sentais pas concernée avant qu’ils m’annoncent : Votre nom figure dans la liste des victimes présumées. Là, j’ai compris.

Je n’ai pas vraiment été étonnée de découvrir que j’avais été victime d’un viol. Depuis des années, j’avais des problèmes pour avoir des rapports sexuels. J’avais déjà consulté un Heilpraktiker (une sorte de naturopathe) qui m’avait dit que j’avais dû subir un traumatisme dans mon enfance. J’avais demandé à ma mère, elle ne se souvenait de rien. J’ai été ensuite voir un hypnotiseur qui m’a affirmé : « Vous avez dû subir un viol. »

Je savais maintenant d’où venait mon problème, même si je n’avais aucun souvenir du viol. Je fais depuis un travail de mémoire. Ça revient, surtout la nuit, par flash. Cette nuit, je me suis souvenue d’une sensation de soif à l’époque, quelques heures après l’opération, l’autre jour des blagues que faisaient les brancardiers quand ils m’ont amenée au bloc… Chaque détail est important, cela me permet de remettre chaque pièce du puzzle. La semaine dernière, j’ai fait une séance avec une personne qui travaille sur la mémoire du corps, et j’ai eu un flash : j’ai revu son visage fermé et son regard froid, avec les pupilles dilatées…

J’étais restée deux jours pour cette opération de l’appendicite à la clinique de Vannes, un établissement que ma famille avait déjà fréquenté et qui avait bonne réputation. J’ai été opérée l’après-midi et, le lendemain matin, il est venu dans ma chambre, et il m’a violée. Il a fait ça à neuf heures moins le quart. Je le sais car il l’a noté dans son carnet. Lors de l’audition, les gendarmes m’ont lu le passage me concernant. Ce que j’ai pu entendre était vraiment écœurant, dégueulasse, ignoble… C’est comme si on vous lisait un livre porno avec des détails bien trash et que vous comprenez que l’on parle de vous, enfant ! Il y a plusieurs passages à différents endroits de son carnet : il fait une description de moi, nue, sur la table d’opération, il s’attarde même sur certaines de mes particularités physiques, il raconte ses pulsions à la vue de mon corps… Dans un autre paragraphe, il se vante d’avoir commis d’autres attouchements sur d’autres enfants avant de venir me retrouver dans ma chambre. Ce matin-là, il a voulu revenir dans ma chambre, mais je n’étais pas là… J’ai évité une seconde agression.

On sent qu’il est fier quand il fait ce récit, il jouit de ce qu’il fait, c’est son plaisir à lui. Il n’a pas décrit ma douleur ni ma résistance, non, il décrit juste son plaisir. Il parle de pénétration ; c’est un viol ! Il a dû me faire subir cela au prétexte d’un examen post-opératoire. C’était un acte médical, il n’y avait pas de quoi s’alarmer ! Je suis une fille forte, je me suis tue. J’ai pleuré, mais je ne me suis pas plainte. Je n’en ai pas parlé à mes parents. Il profitait de l’innocence des enfants et de la confiance des parents.

En revenant chez moi, ce soir d’août, après l’audition, ça a été vraiment difficile. La nuit, j’ai revécu quatre ou cinq fois la scène de viol : j’ai ressenti physiquement la douleur intérieure, c’était horrible… Je suis suivie par une association de victimes. J’attends avec impatience le procès. Mais mon cas ne sera pas traité au premier procès (qui devrait avoir lieu au premier trimestre 2020, NDLR). Pour nous (la soixantaine de nouvelles potentielles victimes ayant porté plainte, NDLR), l’instruction n’est pas encore ouverte.

Il va falloir patienter… Ma hantise, c’est qu’il arrive quelque chose à Le Scouarnec en prison ; il faut qu’il puisse répondre de ses actes.

On tourne en rond, moralement, c’est très dur. On est en phase de dépression. Mais j’essaye de relativiser. Le fait de ne pas avoir eu de souvenirs, finalement, m’a protégée pendant des années. J’ai commencé une thérapie par l’hypnose. Et j’ai bon espoir de retrouver les pièces manquantes du puzzle. »





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