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12 July 2020

“L’achat de vote est une coutume traditionnelle de la Colombie”



La scène, filmée par des caméras de sécurité, fera grand bruit en Colombie.

La justice colombienne promet 200 millions de pesos (55.000 euros) pour toute information pouvant conduire à l’arrestation d’Aida Merlano. Peine perdue. Une notice rouge est émise par Interpol à la demande de la Colombie. Si Merlano quitte sa terre natale, le pays où elle aura trouvé refuge devra procéder à son arrestation provisoire dans l’attente de son extradition.

Mais la jeune femme semble s’être évaporée, et avec elle, toute une série de preuves impliquant les grandes familles du nord de la Colombie dans les magouilles électorales.

Merlano est arrêtée par…la police vénézuélienne

Le 27 janvier 2020 au matin, le soleil se lève sur Maracaibo, et avec lui la chaleur étouffante qui caractérise la deuxième ville du Venezuela. Dans le secteur El Milagro, un commando des Forces Spéciales de la Police Vénézuélienne (FAES) prend position autour de l’immeuble Costa del Sol. Des membres du groupe d’intervention s’infiltrent dans l’édifice, montent directement au onzième étage, et frappent à la porte d’un appartement : « Police, ouvrez, vous êtes en état d’arrestation ». La porte grince sur ces gonds. Face aux policiers cagoulés et lourdement armés, se tient Aida Merlano.

Le directeur des FAES, José Miguel « Miguelito » Dominguez, déclarera dans la foulée : « Après une enquête intensive des fonctionnaires des FAES, l’ex-sénatrice Aida Merlano a été détenue (…). Elle est arrivée au Venezuela de manière illégale en compagnie d’un citoyen colombien. Les deux ont été remis au Ministère Public. Nous continuerons de travailler pour garantir la paix, la sécurité et la souveraineté de notre Peuple ». Le Venezuela active donc les protocoles habituels pour répondre à ses engagements auprès d’Interpol. Mais à Bogota, cette arrestation embarrasse le pouvoir. Car Merlano raconte d’ores et déjà qu’elle possède des preuves de la corruption des élites colombiennes.

Quatre mois après la cavale rocambolesque de Merlano, le gouvernement colombien annonce, le 28 janvier, qu’il « demande l’extradition de Aida Merlano au gouvernement légitime du Venezuela, celui de Juan Guaido ». Éclats de rire à Caracas. A ce moment précis, Juan Guaido n’est même pas au Venezuela. Il est embarqué dans une tournée internationale aussi spectaculaire qu’inutile.

Même si plusieurs chefs d’État lui ont déroulé le tapis rouge -de Paris à Berlin, en passant par l’Autriche, ou les États-Unis-, Juan Guaido est complètement discrédité dans son pays. Il a été évincé du perchoir de l’Assemblée Nationale par un groupe de députés frondeurs d’opposition et ne récolte qu’un maigre soutien au sein de la population antichaviste lassée par les affaires de corruption qui plombent son entourage. Mais surtout, il ne contrôle absolument aucun pouvoir de l’État vénézuélien. Il est dans l’incapacité la plus totale de pouvoir répondre à la pirouette du président colombien Ivan Duque. Le ridicule ne tuant pas, Guaido publie un « communiqué » sur Twitter offrant « toute la collaboration possible au Gouvernement de Colombie pour apporter le cadre juridique et institutionnel nécessaire au retour de l’ex-sénatrice dans son pays ». Quand la communication politique prend le pas sur la réalité…

Si l’on ne parlait pas d’un coup d’État institutionnel soutenu par les États-Unis et leurs vassaux, la position de Guaido prêterait à sourire. En Colombie, en revanche, la manœuvre de Duque suscite le tollé chez ses opposants qui l’accusent d’empêcher le cours de la justice afin de protéger des alliés politiques encombrants.

En piétinant les institutions internationales, Ivan Duque fait coup double. Non seulement il pense réduire au silence la politicienne colombienne, mais en plus il s’évite aussi de devoir remettre à la justice vénézuélienne toute une série de criminels impliqués dans l’attentat à l’explosif contre les pouvoirs publics du Venezuela, et qui ont trouvé un commode refuge dans une Colombie hostile au gouvernement bolivarien.

« Aida Merlano parle. Que dis-je, elle chante, et elle chante plus que Pavarotti »

Pendant ce temps-là, Aida Merlano, est transférée devant les tribunaux vénézuéliens et inculpée d’usurpation d’identité, entrée illégale sur le territoire et association de malfaiteurs. A la demande de l’accusée et de son avocat, une audience spéciale est convoquée le 6 février 2020, devant la 6e chambre du tribunal pénal de Caracas.

Dans les jours qui précèdent la déposition de la jeune femme, le procureur général du Venezuela, Tarek William Saab, fait monter la pression dans les médias colombiens : « Aida Merlano a livré à la justice vénézuélienne un témoignage terrifiant du système politique colombien. Elle parle. Que dis-je, elle chante. Et elle chante plus que Pavarotti ! »

Diosdado Cabello, président de l’Assemblée Nationale Constituante, emboite le pas du magistrat : « Elle parle avec beaucoup d’entrain. Moi, la seule chose que je sais, c’est qu’elle a fait coucou à Uribe ». Ambiance…

Le 6 février, c’est le jour de l’audience. Profitant de l’absurdité de la diplomatie colombienne, les autorités vénézuéliennes ne se sont pas privées pour donner à Merlano une tribune médiatique. Un bus est affrété pour ramener les journalistes et correspondants internationaux au tribunal. Ceux-ci, malgré les accusations stupides sur la liberté d’expression, sont encore légion à Caracas.

En début d’après-midi, après une longue attente, les journalistes voient apparaitre Aida Merlano au bout du couloir qui mène à la salle d’audience. Vêtue d’une tunique aussi rouge que la corde qui lui a permis de s’enfuir, elle passe devant le pool de presse escortée par trois policiers et un gendarme. Elle n’est pas menottée, et ne semble pas affectée physiquement par son passage dans les geôles vénézuéliennes. Aida jette un regard furtif sur les journalistes présents et s’engouffre dans le prétoire.

Le témoignage de Merlano

A l’annonce de son nom par la présidente du tribunal, Aida Merlano se lève, ravissante et élégante. Elle prend place dans le box et s’élance. D’une voix tremblante, la colombienne commence son récit en demandant pardon au Venezuela pour être rentrée illégalement dans le pays. « Mais, continue-t-elle, c’est par désespoir que j’ai fait cela. Car, il y a des facteurs politiques dans mon pays, dont le président Ivan Duque qui cherche à m’assassiner ».


Pour les lecteurs courageux, voici la déposition complète de Aida Merlano à Caracas (42 minutes)

« J’ai été inculpé car Germán Vargas Lleras et l’ancien procureur général Nestor Humberto Martinez m’ont accusé de délits de corruption que je n’ai pas commis ». Elle laisse entendre qu’elle a été victime d’un règlement de compte entre différents facteurs de la vie politique colombienne.

Aida reprend sa respiration et continue « les familles Gerlein et Char en plus des achats de vote pour se faire élire sont les plus grands bénéficiaires des contrats que passe l’État avec le secteur privé. En retour, ils ont financé toutes les campagnes des présidents colombiens depuis Uribe. J’ai été un témoin de tout cela ». Après sa condamnation à 15 de prison en septembre 2019, Aida Merlano se sent abandonnée de ses parrains politiques. C’est à ce moment qu’elle aurait décidé de collaborer avec la justice : « J’ai décidé de révéler la corruption que j’avais tu jusqu’à là car j’avais peur pour ma famille. En Colombie, 90% des sénateurs sont élus par des achats de vote. J’ai les preuves, audios ou vidéos et même des contrats écrits, que tous les élus de droite de la région de la côte Atlantique ont été élus par ce système ». Les révélations de la jeune femme ne s’arrêtent pas là : « tous les présidents élus depuis Uribe ont eu recours à l’achat de vote, je possède les documents qui identifient les montants et les destinataires des achats de vote dans le nord du pays ».

Lorsque Merlano décide de tout balancer à la justice colombienne, Julio Gerlein et la famille Char prennent peur et organise sa fuite rocambolesque. « En réalité, témoigne-t-elle à Caracas, ce n’était pas une évasion mais un kidnapping dans le but de m’assassiner et me faire disparaitre ». La voix de Merlano sature. Entre deux sanglots, elle rajoute « un de mes ravisseurs m’a avoué que le but était de me tuer et d’abandonner mon cadavre dans une fosse commune ». C’est à ce moment-là, prisonnière dans une maison de campagne dans la région de Valledupar, que l’ancienne député s’enfuit et traverse la frontière avec le Venezuela. « Si je dévoile les preuves des réseaux de corruption de la classe politique colombienne, tout le monde tombera. Pas seulement Duque mais aussi Santos, et Uribe. Je me suis échappée d’une machinerie politique criminelle, qui entretient des liens avec les paramilitaires. Le pays doit savoir la vérité » lance Aida Merlano, en larmes, en insistant avec force de détails, sur les liens de corruption entre la présidence colombienne, l’entreprise de construction brésilienne Oderbrecht et les entreprises du BTP des Gerlein et des Char.

Depuis la Colombie, la présidence nie les déclarations de Merlano en bloc. Pouvait-il en être autrement ? Il n’empêche que son témoignage vient illustrer une réalité connue par les colombiens et déjà dénoncée par plusieurs journalistes ou politiciens. Cette situation n’est pas seulement évoquée par la gauche colombienne. Lorsque Gustavo Petro, candidat malheureux de la présidentielle, fustigea l’achat de vote, il trouva un écho inattendu à l’autre bord de l’échiquier politique.

Roberto Gerlein, l’ancien ministre de l’économie et exsénateur (1974-2018), dont le clan est visé par Merlano avait fait, en août 2018, une bien étrange confession qui accrédite les révélations de l’avocate colombienne. Interrogé par la journaliste Vicky Dávila sur W Radio sur l’état de la « démocratie » colombienne, il affirmait alors : « l’achat de vote est une coutume ancienne et un peu immorale, mais c’est une coutume traditionnelle, et pas seulement dans certains départements ou à Barranquilla mais dans tout le nord du pays. Et voulez-vous que je vous dise quelque chose ? Ce mécanisme électoral s’est étendu à tout le pays. A Bogota, on achète les votes, à Medellin on achète les votes, à Pasto on achète les votes, dans la région de Cali on achète les votes, c’est une coutume électorale qui vient du nord du pays, mais qui s’est étendue à toute la Colombie ».


Les déclarations de Roberto Gerlein, tellement surréalistes qu’il faut le voir pour le croire

L’affaire Merlano est symptomatique de la déliquescence et de la corruption du système politique colombien. Et le fait que ces révélations viennent « de l’intérieur » du système leurs font prendre une autre tournure.

Pourquoi donc les politiciens et journalistes occidentaux qui ne manquent jamais de calomnier l’élection du président vénézuélien Nicolas Maduro (« frauduleuse », « illégitime », « élu dans des circonstances suspectes ») alors que celle-ci s’est déroulée sous l’égide de 2000 observateurs internationaux n’ont-ils pas relayé le scandale de l’affaire Merlano ?

Merci à Venezuela en Vivo
Source: https://www.romainmigus.info/2020/02/lachat-de-vote-est-une-coutume.html
Date de parution de l’article original: 11/02/2020
URL de cette page:[ http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28074]url: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28074



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