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22 septembre 2020

Menaçant la paix dans le monde, Oncle Sam déploie des ‘bombes atomiques miniatures’



Cette semaine, pour la première fois, le Pentagone a confirmé avoir armé quelques-uns de ses sous-marins de missiles à longue portée à capacité destructrice réduite par rapport aux ogives nucléaires existantes. Malgré leur dénomination à consonance réductrice, ces soi-disant ‘armes atomiques miniatures’ aggravent les risques de guerre atomique.

Adaptée au système de missiles Trident, la nouvelle ogive W76-2 aurait un rendement explosif de cinq kilotonnes, soit environ 1% de l’arme W76-1 actuellement en service. L’arme à prétendue bas rendement est néanmoins un formidable engin de destruction de masse, dont la puissance équivaut à environ un tiers de la bombe que les États-Unis larguèrent sur Hiroshima en août 1945, bombe qui massacra des dizaines de milliers de civils. Cela relativise l’apparence plus exploitable du missile à ‘bombe atomique miniature’.

Or, avec la logique du Docteur Folamour, le responsable du Pentagone, John Rood, a prétendu que le nouvel engin « ferait que les Étasuniens seraient davantage en sécurité, parce qu’il préviendrait le risque de guerre nucléaire. » Rood aurait aussi fait référence à l’arme comme moyen de dissuader la fameuse agression russe. (Il est déplorable, si ce n’est absurde, de voir la manière dont les officiels étasuniens font inlassablement passer les Russes pour des monstres. Quand grandiront-ils ?)

Les paroles rassurantes de John Rood ne représentent pas le point de vue du Bulletin of Atomic Scientists des États-Unis, qui affirme que le déploiement de ce genre d’armes aggravera en réalité le risque de guerre nucléaire. Le danger d’escalade vers la guerre nucléaire totale sera aggravé du fait que lancés depuis les sous-marins de classe Ohio, les missiles équipés d’ogive W76-2 à bas rendement seront impossibles à distinguer des missiles Trident équipés d’ogives normales W76-1.

La Russie a aussi condamné cette démarche. Selon Sergei Ryabkov, vice-ministre des Affaires étrangères, « Les États-Unis abaissent en réalité le seuil de recours au nucléaire, et ils endossent la possibilité de lancer une guerre nucléaire limitée et de la gagner… c’est extrêmement alarmant. »

Ce qui est doublement déconcertant, c’est le contexte plus large, avec le renoncement aux traités de contrôle des armements de l’administration Trump. L’année dernière, abandonnant le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), l’administration a montré sa détermination à utiliser des missiles nucléaires à courte portée ou tactiques. Washington n’a manifesté jusqu’ici aucun désir de prolonger le nouvel accord START avec la Russie, accord sur le contrôle des armes stratégiques à longue portée, qui doit expirer l’an prochain.

La mise en œuvre d’armes atomiques à bas rendement dans l’arsenal stratégique, ne peut que déstabiliser l’équilibre stratégique mondial. Moscou a signalé maintes fois que Washington s’emploie à relancer la course aux armements. Se référant à leur retrait des conventions sur le contrôle des armements et au fait qu’ils militarisent l’espace, Moscou montre que les États-Unis ont le dessein caché de créer de l’insécurité dans le monde.

Il est tentant de spéculer que les États-Unis réagissent au développement russe d’armes hypersoniques non nucléaires, capables de déjouer tout système de défense antimissile. Moscou assure que son arsenal est basé sur sa doctrine de légitime défense, et non pas en vue de première frappe d’attaque. Quoi qu’il en soit, ayant compris qu’ils ont perdu contre la Russie la maîtrise de la mise au point d’armes hypersoniques non nucléaires, les États-Unis ont pris la décision d’élargir leurs options de recours au nucléaire. En faisant cela, ils annulent des décennies d’engagement déclaré envers la non-prolifération.

Il faut aussi noter que cette semaine, le Kremlin a révélé que l’appel urgent du président russe Vladimir Poutine adressé aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, en vue de convoquer un sommet traitant de la paix internationale, a jusqu’ici été ignoré par Washington. Le mois dernier, pendant la commémoration de l’Holocauste en Israël, Poutine a répété sa proposition visant à ce que les puissances fondatrices de l’ONU – États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie et Chine – fusionnent leurs forces afin de renforcer la sécurité mondiale, la non-prolifération et le contrôle des armements. Cette semaine, le Kremlin a fait savoir que cet appel n’avait reçu aucune confirmation des États-Unis (et du Royaume-Uni) de leur participation à cette tribune.

Par ailleurs, le mois prochain verra l’une des plus grandes manœuvres militaires de l’OTAN en Europe, avec un énorme déploiement de forces étasuniennes à travers l’Atlantique. Le ministère de la Défense de Russie a désapprouvé cette gigantesque mobilisation, qui s’apparente à la répétition de l’invasion de la Russie.

Le président Donald Trump avait auparavant déclaré son horreur de la guerre nucléaire et fait pression pour que les États-Unis, la Russie et la Chine négocient un nouveau traité global sur la maîtrise des armements.

Tout prouve concrètement que la rhétorique étasunienne est complètement et dédaigneusement détachée de la nature de ses actions menaçantes. Le monde se dirige vers toujours plus d’insécurité et de risques de guerre catastrophique. Et la faute de cette fichue dynamique incombe entièrement à l’Oncle Sam.

Strategic Culture Foundation, éditorial du 7 février 2020

Original : www.strategic-culture.org/news/2020/02/07/us-deploys-mini-nukes-in-deplorable-threat-to-world-peace/

Adaptation en français de Petrus Lombard



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