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31 March 2020

Impact économique du coronavirus: quand la Chine tousse, le monde s’enrhume?




L’épidémie de coronavirus commence à sérieusement affecter l’économie chinoise. Entre réseaux routiers bloqués, vols annulés et marchés désespérément vides, de nombreux commerçants craignent la faillite. Mary-Françoise Renard, économiste et spécialiste de la Chine, livre son analyse à Sputnik France.

Près de 500 morts et plus de 20.400 personnes contaminées. Le bilan du nouveau coronavirus est désormais plus lourd en Chine que celui de l’épidémie de SRAS qui a frappé le pays en 2002 et 2003. En dehors de graves conséquences sanitaires, la deuxième économie mondiale commence à souffrir sur le plan financier. Si la Bourse de Shanghaï a repris des couleurs après avoir durement chuté les 2 et 3 février, de plus en plus de signaux d’alerte surgissent concernant l’économie chinoise.

​Le 3 février, le cabinet Oxford Economics a d’ailleurs abaissé sa prévision de croissance pour l’Empire du Milieu à 4% pour le premier trimestre 2020, contre 6% prévus auparavant. Les 6,1% de 2019, qui représentaient déjà la pire performance des trente dernières années pour la Chine, ne pourront pas être égalés d’après le cabinet, qui prévoit 5,4% de croissance en 2020.

Déjà affecté par le ralentissement de la croissance mondiale et la guerre commerciale avec les Etats-Unis, Pékin doit donc composer avec une épidémie aux conséquences lourdes pour le fonctionnement de l’économie du pays. Selon nos confrères du Monde, pas moins de 24 provinces chinoises ont d’ores et déjà décidé de prolonger les congés du Nouvel An jusqu’au 9 février. «Elles représentent 80% du PIB chinois et 90% des exportations du pays», d’après le quotidien. De nombreuses industries sont touchées. Elles vont du secteur automobile à la restauration, en passant par l’informatique.

Usines à l’arrêt, routes bloquées, cinémas désertés, compagnies étrangères ne desservant plus la Chine ou encore trains annulés à travers le pays, la machine économique chinoise risque de sérieusement s’enrayer.

D’après les experts d’Euler Hermes, «l’épidémie et le “facteur peur” vont peser sur les dépenses de consommation». à l’époque du SRAS, la consommation privée comptait pour deux fois moins qu’aujourd’hui en Chine, où elle génère dorénavant la moitié de la croissance du pays.

Le secteur du tourisme est fortement touché. Lors du Nouvel an 2019, les ménages chinois avaient dépensé la bagatelle de plus de 1.000 milliards de yuans (130 milliards d’euros). Or selon Standard & Poor’s, cette année, le nombre de passagers chinois, tous modes de transports confondus, a chuté de 70% par rapport à l’an dernier. On imagine que l’impact sur les dépenses sera colossal.

Les autorités ont affiché leur volonté de soutenir l’activité. La Banque centrale a notamment injecté le 3 février l’équivalent de 156 milliards d’euros de liquidités dans le système financier. Elle a également baissé le taux pour ses prêts à court terme aux banques commerciales. Les analystes de l’agence Moody’s ont cependant fait part de leur scepticisme:

«L’efficacité de telles mesures n’est pas sûre. Vu le fort climat d’incertitude, les consommateurs pourraient simplement épargner ce qu’ils n’ont pas dépensé.»

Mary-Françoise Renard, économiste, professeur à l’Université d’Auvergne et responsable de l’Institut de recherche sur l’économie de la Chine, nous fait part de son analyse concernant l’impact de l’épidémie de coronavirus sur la deuxième économie de la planète.

Sputnik France: L’épidémie du nouveau coronavirus fait pire que celle du SRAS au niveau sanitaire pour la Chine. Qu’en est-il au niveau économique?

Mary-Françoise Renard: «Pour le moment, on peut noter que ce virus, s’étant propagé au moment des fêtes du Nouvel An chinois, a eu un impact de court terme plus important que le SRAS. Il faut savoir que cette période est propice aux déplacements, à la consommation pour de nombreux Chinois. Certains avaient déjà eu le temps de se déplacer, ce qui d’ailleurs a été un élément contribuant à la propagation du virus, mais beaucoup n’ont pu le faire. La consommation a été fortement impactée, que ce soit au niveau des loisirs, des restaurants ou encore des cadeaux. Le Nouvel An est une période vraiment particulière en Chine et le fait que l’épidémie frappe à ce moment-là a fortement pénalisé l’économie. Les transports ont particulièrement été touchés, alors que c’est un secteur très développé en Chine. Du côté des entreprises, elles devront fermer plus longtemps que prévu lors de la période de congés. Tout va dépendre de la durée de l’épidémie. Des cas de guérison ont été rapportés. Maintenant, la question est de savoir si le virus va continuer de se propager ou pas. L’impact sur l’économique dépendra de cela.»

Sputnik France: En quoi le changement de modèle économique de la Chine ces dernières années, qui mise aujourd’hui beaucoup plus sur la demande intérieure qu’à l’époque du SRAS, modifie-t-il l’impact d’une telle épidémie sur la croissance?

Mary-Françoise Renard: «à l’époque du SRAS, la croissance chinoise reposait très majoritairement sur les exportations. Comme elles dépendent de la demande mondiale, qui n’avait pas été touchée, elles ont pu se poursuivre et l’impact sur l’économie chinoise comme mondiale a été limité. La situation est aujourd’hui différente. La croissance chinoise repose davantage sur la consommation qu’à l’époque et cette dernière est très pénalisée. Lorsque l’épidémie sera terminée, la consommation doit reprendre rapidement. à l’époque du SRAS, des contrats avaient été reportés à quelques mois plus tard, le temps de régler la situation au niveau sanitaire. Cette-fois, une partie de la consommation non réalisée ne sera pas décalée. Les gens qui n’ont pu aller au restaurant avec leurs parents vivant à 500 kilomètres dans le cadre des fêtes du Nouvel An ne le feront plus. Le gouvernement a cependant annoncé un plan de soutien important.»

Sputnik France: «La puissance économique de la Chine et sa capacité à répondre aux crises sont significativement supérieures à celles de 2003», a déclaré Lian Weiland, responsable adjoint de la Commission chinoise pour la réforme et le développement. Il a en effet rappelé que le gouvernement soutiendrait l’économie. Comment jugez-vous la réponse des autorités face à cette crise?

Mary-Françoise Renard: «Elles n’ont pas vraiment le choix. Elles ont pris les mesures qui semblaient les plus pertinentes, avec une logique qui est toujours celle de rassurer la population: “Nous allons faire le maximum pour que l’économie soit la moins impactée possible et relancer au plus vite la consommation et la production”. Tout va dépendre du timing de mise en place de ces mesures. à quel moment va-t-on pouvoir considérer que l’épidémie est terminée? Sachant qu’existe la limite de l’endettement en Chine, même si la dette publique n’est pas très inquiétante. D’autre part, il faudra être attentif aux canaux que le gouvernement choisira pour soutenir la consommation et les entreprises. Il a un certain nombre de cartes en main.»

 

​Sputnik France: Beaucoup d’entreprises étrangères, telles que Ford subissent actuellement les conséquences de l’épidémie du coronavirus. Dans un contexte où plusieurs pays, Etats-Unis en tête, tentent de rapatrier leurs usines, la Chine pourrait-elle perdre son attrait avec cette crise?

Mary-Françoise Renard: «Je ne crois pas. Déplacer des entreprises a un coût élevé. De nombreuses entreprises étrangères se trouvent aujourd’hui en Chine car elles ont intérêt à être présentes sur l’immense marché intérieur chinois. Ce n’est plus vraiment à cause du coût de la main d’œuvre. Ce n’est pas la même stratégie d’être présent en Chine ou aux Etats-Unis. Je ne suis pas sûr que les entreprises installées en Chine aient intérêt à changer de stratégie. D’ailleurs, on peut remarquer que, pour le moment, à ma connaissance, aucune entreprise étrangère n’a annoncé sa volonté de quitter la Chine.»

Sputnik France: Quel impact pourraient avoir les difficultés économiques chinoises sur la croissance mondiale?

Mary-Françoise Renard: «Le poids de la Chine au sein de l’économie mondiale est bien plus important qu’à l’époque du SRAS. Si le ralentissement de la croissance chinoise, qui est un fait, s’accentue du fait de l’épidémie, les conséquences se feront sentir. Cela se voit déjà au niveau du prix des matières premières, qui chutent du fait de la baisse de la demande en Chine, qui est un immense consommateur. Cela peut également impacter durement les pays fournisseurs de la Chine. Mais encore une fois, selon la durée de l’épidémie, l’impact pourrait être de courte durée.»





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