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22 octobre 2020

révolution ou conflit gelé? – Les moutons enragés



Les français vont se retrouver en 2022 avec le même choix qu’en 2017, la peste ou le choléra. La propagande aidant, le « moi où le chaos » sera encore d’actualité, pourtant question chaos, il nous a montré son savoir faire le pervers narcissique. Il faut que tous les français s’accordent, pour virer le valet de la finance. Ça ne sera pas une mince affaire, il faudra faire les bons choix responsables sinon, pas la peine de continuer à se battre contre les moulins à vent. Merci à Kromozom. Partagez ! Volti

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Par Diana Johnstone pour Mondialisation.ca

Le peuple est en colère contre son gouvernement. Où ? Un peu partout. Qu’est-ce qui rend les grèves en cours en France si spéciales ? Rien, peut-être, sauf une certaine attente basée sur l’histoire que les soulèvements français peuvent produire des changements importants – ou sinon, peuvent au moins aider à clarifier les problèmes des conflits sociaux contemporains.

Les troubles sociaux en cours en France semblent opposer une majorité de travailleurs au président Emmanuel Macron. Mais comme Macron n’est qu’un instrument technocratique dans les mains de la gouvernance financière mondiale, le conflit est essentiellement un soulèvement contre des politiques qui placent les exigences cupides des marchés financiers avant les besoins de la population. Ce conflit fondamental est à l’origine des manifestations hebdomadaires des Gilets jaunes qui manifestent tous les samedis depuis plus d’un an, malgré une répression policière brutale. Désormais, syndicalistes, travailleurs du secteur public et Gilets jaunes manifestent ensemble, alors que  des arrêts de travail sporadiques continuent de perturber les transports publics.

Dans les derniers développements, les enseignants des écoles
parisiennes se joignent à la révolte. Même la prestigieuse école
préparatoire, le lycée Louis le Grand, a fait grève.
C’est important parce que même un gouvernement qui n’a aucun scrupule à
écraser les chefs des mécontents de la classe ouvrière peut hésiter
avant de dénigrer les cerveaux de la future élite.

Aussi général que soit le mécontentement, la cause directe de ce qui
est devenu la plus longue période de troubles dans la mémoire française,
a son origine dans un seul fait : la détermination du gouvernement à
revoir le système national de retraite de la sécurité sociale. Ce n’est
qu’un aspect du programme antisocial de Macron, mais aucun autre aspect
ne touche autant à la vie de tout le monde que celui-ci.

La retraite française est financée de la même manière que la sécurité
sociale américaine. Les employés et les employeurs versent une partie
des salaires à un fonds qui verse les pensions actuelles, dans l’espoir
que les travailleurs de demain paieront les pensions de ceux qui
travaillent aujourd’hui.

Le système existant est complexe, avec des régimes particuliers
pour quarante-deux professions différentes, mais il fonctionne assez
bien. En l’état actuel des choses, malgré l’écart grandissant entre les
ultra-riches et les modestes, la pauvreté des personnes âgées est moins
grande en France qu’en Allemagne par exemple.

Le plan Macron d’unifier et de simplifier le système par un mécanisme universel de points prétend améliorer «l’égalité»,
mais il s’agit d’un nivellement à la baisse et non à la hausse.
L’orientation générale de la réforme est clairement de faire travailler
les gens plus longtemps pour des pensions plus faibles. Petit à petit,
les gains et les dépenses du système de sécurité sociale sont réduits.
Cela diminuera encore le pourcentage du PIB consacré aux salaires et aux
pensions.

Le résultat recherché ? Le voici : comme les gens craignent la perspective d’une vieillesse sans le sou, ils se sentiront obligés de placer leur épargne dans des régimes de retraite privés.

Solidarité internationale

Dans une rare manifestation de solidarité internationale, à
l’ancienne, de la classe ouvrière, les syndicats belges ont exprimé leur
ferme soutien à l’opposition des syndicats français aux réformes de
Macron, proposant même de contribuer à un fonds de grève pour les
travailleurs français. Le soutien des travailleurs d’un pays à la lutte
des travailleurs d’un autre pays était ce que la solidarité
internationale signifiait auparavant. Elle est largement oubliée par la
gauche contemporaine, qui tend à la voir en termes d’ouverture des
frontières nationales. Cela reflète parfaitement les aspirations du
capitalisme mondial.

La solidarité internationale du capital financier est structurelle.

Macron est un banquier d’investissement, dont la campagne a été
financée et promue par des banquiers d’investissement, y compris des
investisseurs étrangers. Ce sont ces gens qui ont contribué à inspirer
ses politiques, qui sont toutes conçues pour renforcer le pouvoir de la
finance internationale et affaiblir le rôle de l’État.

Leur objectif est d’inciter l’État à abandonner la prise de décision au pouvoir impersonnel des «marchés»,
dont le critère mécanique est le profit plutôt que les considérations
politiques subjectives de bien-être social. C’est la tendance dans tout
l’Occident depuis les années 1980 et elle s’intensifie simplement sous
le règne de Macron.

L’Union européenne est devenue le principal chien de garde de cette
transformation. Totalement sous l’influence d’experts non élus, la
Commission européenne établit tous les deux ans les «grandes orientations de politique économique» (GOPE), à suivre par les États membres. Les GOPE pour la France de mai 2018 «recommandent» – c’est une directive, c’est-à-dire un ordre – un ensemble de «réformes», dont «l’uniformisation» des régimes de retraite, ostensiblement pour améliorer la «transparence», «l’équité», la mobilité de la main-d’œuvre et – enfin mais certainement pas le moins important – «un meilleur contrôle des dépenses publiques». Bref, des coupes budgétaires gouvernementales.

La politique de réforme économique de Macron a été essentiellement définie à Bruxelles.

Mais Wall Street est également intéressé. L’équipe d’experts mandatée
par le Premier ministre Edouard Philippe pour concevoir les réformes
économiques inclut Jean-François Cirelli, chef de la branche française
de Black Rock, le gestionnaire d’investissement (hedge funds)
basé à New-York assis sur 3 400 milliards d’euros d’actifs. Les deux
tiers environ du capital de Black Rock proviennent de fonds de pension du monde entier.1

Larry Fink, le PDG américain de ce monstrueux tas d’argent, était le
bienvenu au Palais de l’Élysée en juin 2017, peu de temps après
l’élection de Macron. Deux semaines plus tard, le ministre de l’économie
Bruno Le Maire était à New York pour consulter Larry Fink. Puis, en
octobre 2017, Fink a conduit une délégation de Wall Street à Paris pour
une réunion confidentielle – divulguée par le Canard Enchaîné 
avec Macron et cinq hauts ministres du gouvernement pour discuter des
moyens de rendre la France particulièrement attrayante pour les
investissements étrangers.

Larry Fink a un intérêt évident pour les réformes de Macron. En
appauvrissant progressivement la sécurité sociale, le nouveau système
vise à stimuler l’essor des régimes de retraite privés, domaine dominé
par Black Rock. Ces régimes ne bénéficient pas de la garantie
de la sécurité sociale du gouvernement. Les pensions privées dépendent
des performances boursières, et en cas de crash, votre retraite
disparaît. Pendant ce temps, les gestionnaires d’argent spéculent avec
votre épargne, prenant leur tribut quoi qu’il arrive.

Il n’y a aucun complot là-dedans. C’est simplement la finance
internationale à l’œuvre. Macron et ses ministres sont impatients de
voir Black Rock investir en France. Pour eux, c’est ainsi que le monde fonctionne.

Le prétexte le plus cynique de la réforme des retraites de Macron est
que la combinaison de tous les différents régimes professionnels en un
système universel par points favorise l’égalité – même si elle augmente l’écart croissant entre les salariés et les super-riches, qui n’ont pas besoin de pensions.

Mais les professions sont différentes. À Noël, des danseurs de ballet grévistes ont illustré ce fait en jouant une partie du Lac des cygnes sur les pierres froides de l’entrée de l’Opéra Garnier à Paris. Ils attiraient l’attention du public sur le fait qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce qu’ils continuent à travailler jusqu’à la soixantaine, pas plus que d’autres professions nécessitant des efforts physiques extrêmes.

La variété du système de retraite français actuel remplit une
fonction sociale. Certaines professions, comme l’enseignement et les
soins infirmiers, sont essentielles à la société, mais les salaires ont
tendance à être inférieurs à ceux du secteur privé. Ces professions
peuvent se perpétuer en assurant la stabilité de l’emploi et la promesse
d’une retraite confortable. Ôtez leurs «privilèges» et
recruter des enseignants et des infirmières compétents sera encore plus
difficile que ce n’est déjà. À l’heure actuelle, le personnel médical
menace de démissionner en masse, car les conditions dans les hôpitaux
deviennent insupportables en raison des coupes drastiques dans les
budgets et le personnel.

Y a-t-il une alternative ?

Le vrai problème est le choix du mode de vie : pour être précis, la mondialisation économique contre la souveraineté nationale.

Pour des raisons historiques, la plupart des Français ne partagent
pas la foi ardente des Britanniques et des Américains dans la
bienveillance de la main invisible du marché. Il existe un
penchant national vers une économie mixte, où l’État joue un rôle
déterminant. Les Français ne croient pas facilement que la privatisation
est meilleure, surtout lorsqu’ils peuvent la voir empirer les
situations existantes.

Macron est un défenseur passionné de la main invisible. Il semble s’attendre à ce qu’en drainant l’épargne française vers un géant international de l’investissement comme Black Rock, celui-ci le gratifiera en retour par des investissements dans le progrès technologique et industriel français.

Rien de moins sûr. En Occident ces jours-ci, il y a beaucoup de crédit à faible taux d’intérêt, beaucoup de dettes, mais l’investissement est rarement créatif. L’argent est largement utilisé pour spéculer : acheter ce qui existe déjà – les entreprises en place, les fusions, le négoce de valeurs mobilières – massif aux États-Unis –  et, pour les particuliers, le logement. La plupart des investissements étrangers en France achètent des choses comme les vignobles ou vont dans des infrastructures solides comme les ports, les aéroports et les autoroutes. Lorsque General Electric a racheté Alstom, elle a rapidement trahi sa promesse de préserver les emplois et a commencé à réduire ses effectifs. Elle prive également la France de la maîtrise d’un aspect essentiel de son indépendance nationale, son énergie nucléaire. [Les turbines des sous-marins nucléaires français dépendent maintenant des États-Unis, NdT]

En bref, l’investissement étranger peut affaiblir le pays d’une façon
dramatique. Dans une économie mixte, les actifs à but lucratif tels que
les autoroutes peuvent accroître la capacité du gouvernement à combler,
entre autres, les déficits périodiques de la sécurité sociale. Avec la
privatisation, les actionnaires étrangers exigent leurs bénéfices.

Les États-Unis, malgré leur dévouement idéologique à la main invisible,
ont en fait un secteur industriel militaire fortement soutenu par
l’État, qui dépend des crédits du Congrès, des contrats du Pentagone,
d’une législation favorable et des pressions, sans vergogne, sur les «alliés»
pour acheter des armes fabriquées aux États-Unis. Il s’agit en effet
d’une forme d’économie planifiée, mais qui ne répond pas du tout aux
besoins sociaux.

Les règles de l’Union européenne interdisent à un État membre comme
la France de développer sa propre politique industrielle à caractère
civil, car tout doit être ouvert à une concurrence internationale sans
entraves. Les services publics et les infrastructure, tout doit être
ouvert aux propriétaires étrangers. Les investisseurs étrangers n’ont
aucun scrupule à prendre leurs bénéfices tout en laissant ces services
publics se détériorer.

La perturbation continue de la vie quotidienne semble obliger le
gouvernement de Macron à faire des concessions mineures. Mais rien ne
peut changer les objectifs fondamentaux de cette présidence.

Dans le même temps, l’arrogance et la répression brutale du régime
Macron augmentent les demandes d’un changement politique radical. Le
mouvement des Gilets jaunes a largement adopté la demande
formulée par Etienne Chouard d’une nouvelle Constitution autorisant les
référendums à l’initiative des citoyens – en bref, une révolution
démocratique pacifique.

Comment en arriver là ? Renverser un monarque est une chose, mais renverser le pouvoir de la finance internationale en est une autre, en particulier dans une nation liée par les traités de l’UE et de l’OTAN. L’animosité personnelle envers Macron a tendance à mettre l’Union européenne à l’abri de critiques acerbes sur sa responsabilité principale.

Une révolution électorale pacifique appelle des dirigeants populaires
avec un programme clair. François Asselineau continue de diffuser sa
critique radicale de l’UE auprès de l’intelligentsia sans que son parti,
l’Union Populaire Républicaine, ne gagne une force électorale
significative. Le leader de gauche Jean-Luc Mélenchon a le punch
oratoire pour mener une révolution, mais sa popularité semble avoir
souffert d’attaques encore plus dures que celles lancées contre Corbyn
en Grande-Bretagne ou Sanders aux États-Unis. Avec Mélenchon affaibli et
aucune autre personnalité forte en vue, Marine Le Pen s’est imposée
comme le principal challenger de Macron à l’élection présidentielle de
2022, ce qui risque de présenter aux électeurs le même choix que celui
de 2017.

L’analyse d’Asselineau, la masse stratégique des Gilets jaunes,
le talent oratoire de Mélenchon, les réformes institutionnelles de
Chouard – ce sont des éléments qui pourraient théoriquement se combiner –
avec d’autres encore inconnus – pour produire une révolution pacifique.
Mais combiner des éléments politiques est une alchimie difficile,
surtout dans une France individualiste. Sans grandes surprises, la
France semble se diriger non pas vers une révolution mais vers un
interminable combat gelé.

Diana Johnstone

Article original en anglais :

France’s Popular Uprising: Revolution or Frozen Conflict?

Traduit par jj, relu par Marcel pour le Saker Francophone

Note : 1.BlackRock a dépensé en 2018 plus de 1 250 000 € en lobbying auprès des institutions de l’Union européenne et organise des dizaines de rendez-vous avec les responsables de la Commission. BlackRock entend en particulier influer sur les questions de taxation et de régulation financière. Wikipédia

La source originale de cet article est Mondialisation.ca Copyright © Diana Johnstone, Mondialisation.ca, 2020



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