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26 septembre 2020

Sur la conjoncture algérienne.



Sur la conjoncture algérienne.

Seuls les courants politiques petits bourgeois algériens présentent le mouvement populaire du 22 février 2019, comme une révolution démocratique. Toutefois, l’appréciation de la situation politique, d’une part, et, d’autre part, la marche des événements ne plaident en faveur de cette thèse. Pourquoi ? La majorité des voix du Hirak rejettent la démarche du pouvoir et veulent son remplacement par une équipe de transition démocratique (sic) pour aller à une Assemblée constituante en charge de consacrer l’Etat de droit (resic.). Cela apparaît comme nébuleux parce que le Hirak n’a pas les moyens de les réaliser. Avancer des mots d’ordre radicaux, sans comprendre quelles sont les conditions qui en permettent la réalisation effective n’est pas responsable. Tout est là.

Prenons le cas du Soudan. Un mouvement populaire est né en décembre 2018. Son but était la liquidation du régime criminel d’Omar El-Bachir et l’acquisition des libertés démocratiques. Le mouvement populaire (regroupant des partis, syndicats et associations progressistes) a conclu au mois de juillet 2019, un accord de gouvernement de transition avec les militaires pour «rénover» le pays. La coalition soudanaise a conclu un compromis de gouvernement (non qu’elle le voulait par principe, mais parce que le rapport de force ne lui permettait pas d’aller plus loin) qui tienne compte de sa volonté de démocratiser la vie nationale.
C’est une expérience à méditer pour le Hirak algérien afin de sortir rapidement de la crise sur la base d’un compromis. Un compromis n’est pas une capitulation. Surtout que le développement de la conjoncture régionale annonce un embrasement général en Lybie. Comme dans un scénario écrit d’avance la Turquie (pays agressif depuis Erdogan) décide d’envoyer des troupes en soutien à une faction libyenne (GNA) et de l’autre coté le chef de fil de l’impérialisme mondial, les USA, réplique en menacent d’envoyer des troupes dans le pays pour soi-disant «éviter un nouveau Benghazi». L’intervention de ces deux protagonistes agressifs (tous les deux membres de l’OTAN) dans la guerre civile libyenne (produit du dit printemps arabe) ne fera qu’installer le chaos et les convulsions meurtrières dans la région.

Reprenons. Le nouveau président (élu le 12 décembre 2019, avec la voix d’un Algérien sur 6) «tend» la main au Hirak, promettent une nouvelle Constitution qui sera soumise à un référendum populaire, mais ne veut en aucun admettre une négociation pour consacrer en fait et non en paroles les libertés démocratiques (libertés collectifs et individuels) exigés par le peuple militante. Il faut savoir que la Constitution algérienne consacre ces libertés, mais elles ne sont pas respectées dans les faits. Il ne peut en être autrement vu que l’Etat est le défenseur de la classe capitaliste et non du peuple laborieux…l’Etat sert à la bourgeoisie pour consolider son pouvoir économique et non permettre aux masses populaires de participer à la gestion et au contrôle des affaires du pays.
Ensuite, c’est une tradition typiquement petite bourgeoise d’utiliser le prolétariat au nom de «l’intérêt commun» pour refuser la formulation des revendications particulières des prolétaires. Le cas algérien ne fait pas exception à cette règle. Il va sans dire qu’un tel «intérêt commun» entre les masses ouvrières et les petits bourgeois tourne à l’avantage des seconds et absolument au désavantage des premiers. Pour éviter que les ouvriers deviennent la cinquième roue du carrosse des petits bourgeois contre la bourgeoisie…ils doivent suivre les enseignements de Marx sur leur position dans la révolution démocratique s’ils ne veulent pas être dupés ou se duper eux-mêmes : marcher avec la petite bourgeoisie démocratique contre l’ennemi à abattre et lutter partout où elle veut s’implanter dans le prolétariat.

L’Algérie, a été «conduite» à marche forcée vers le libéralisme économique au début de la décennie 80 du siècle passé. Les privatisations (l’économie était étatiser à plus de 80% jusqu’à la fin des années 80) ont détruits la base industrielle, même embryonnaire, édifiée dans les années 60 et 70 aux prix de lourds sacrifices humains et financiers. De ce point de vue une révolution qui «oublie» ce passé et présent et ne formule pas en conséquence des mesures économiques pour s’y opposer (nationalisation des principaux moyens de production et d’échange) ne veut pas rétrécir la base capitaliste du pays, mais au contraire le l’élargir.
Quant au mot d’ordre «Etat de droit» revendiqué haut et fort il n’est aucunement le signe d’une originalité démocratique. L’Etat de droit ne fait que couvrir du masque démocratique la dictature du Capital sur le Travail. Il ne peut exister un Etat servant l’un et l’autre. La question qui se pose invinciblement est la suivante : l’Etat au service de qui ? Ou bien dans l’intérêt des capitalistes : et alors nous n’avons pas un Etat démocratique, mais un Etat bureaucratique réactionnaire, une république capitaliste. Ou bien dans l’intérêt de la démocratie révolutionnaire (représentant le peuple laborieux) ; ici, il n’y a pas de mystère nous nous dirigerons dans ce cas vers le socialisme.
On ne peut analyser l’évolution de la situation en Algérie sans évoquer l’absence des ouvriers en tant que masse dans le Hirak. En effet, ces derniers manquent fortement…ce qui a pour effet que l’hégémonie dans le mouvement est aux mains des courants petits bourgeois, de tendances démocratiques. On a entendu à maintes reprises des appels à la grève générale en soutien au Hirak, mais ces appels sont restés lettres mortes. Encore un élément qui atteste de l’absence d’un ancrage ouvrier de la majeure partie des partis progressistes activant dans le mouvement populaire. Le soutien affiché par l’UGTA (principal syndicat ouvrier du pays, caporalisé par le pouvoir) au mouvement populaire n’est pas allé plus loin que le verbe. On soutien, mais pas trop pourrais-t-on dire !

Le nouveau président Tebboune, élu sans légitimité populaire, qui n’arrive même à la cheville d’un Hugo Chavez en matière de progrès, de justice sociale, d’anti-impérialisme n’a pas affiché une volonté de rompre avec l’orientation antipopulaire et antinationale qui a plongé le pays dans les affres de la ruine économique et de l’étranglement des libertés démocratiques. A part sa réitération de dialoguer avec le mouvement populaire, de changer la Constitution et de la faire approuver par un référendum populaire…rien ne vient corroborer une rupture avec le passé.
Combattre pour la satisfaction des intérêts immédiats vitaux des ouvriers, des travailleurs, des petits paysans est la ligne de conduite qui nous sépare des petits bourgeois démocrates et cela mêmes si «nos» intérêts coïncident momentanément. Les ouvriers algériens demeurent la seule classe sociale ne disposant pas encore de son parti politique indépendant qui les éduquent et les préparent à la mission historique que leur a dévolue l’histoire. En œuvrant à cette tâche révolutionnaire ils pourront se dire : inorganisés nous ne sommes rien, organisés nous sommes tout.

Le 3 janvier 2020.
Salah Sakhri.



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