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23 septembre 2020

rassembler des forces spéciales européennes pour sauver le Mali?



A contrario, le colonel Hogard craint «qu’aucun des pays européens ne comprenne bien la situation sur le terrain». Contrairement à d’autres, l’armée française a le double avantage d’avoir redécouvert les méthodes contre-insurrectionnelles en Afghanistan et d’être familière de l’Afrique de l’Ouest. Préférant ainsi voir des Français former les armées du Sahel, Hogard est pour le moins réservé à l’égard de l’opération Takouba. «C’est encore un gadget», nous dit-il, avant d’ajouter:

«Vouloir faire un groupement de forces spéciales européen relève d’une utopie, comme nous pourrions parler d’une utopie, à une autre échelle, pour l’armée européenne. Il n’y a pas d’Europe politique, comment pourrait-il y avoir une Europe militaire? On se fait plaisir en alignant des contributeurs à la guerre, mais c’est pipeau.»

En clair, l’exécutif risque de confondre deux combats pour le moins distincts: vaincre au Mali et construire l’Union européenne. Déjà à l’heure actuelle, le disposif qu’est la Mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM) ne servirait «à rien», selon le colonel Hogard. Les 27 pays membres de l’UE ont envoyé près de 300 instructeurs, pour des résultats inexistants: «on est censés former des troupes, mais on les laisse livrées à elles-mêmes», regrette-t-il. «C’est à des Français de former des francophones», estime-t-il, du fait d’une histoire commune avec les pays du Sahel, histoire dont on ne «peut pas faire abstraction pour des raisons politico-médiatiques.»

Et comme si ces tractations européennes ne suffisaient pas, la formation de l’armée malienne fait face à des problèmes d’organisation:

«Au lieu de vouloir former des bataillons de 850 hommes avec des armements et des treillis flambants neufs, mais qui vont se débander au premier coup de feu, il vaudrait mieux avoir des unités plus petites et plus rustiques, avec des coopérants français issus par exemple des Troupes de Marine, qui savent très bien former les cadres de ces unités, leur donner une discipline au feu, alors qu’ils n’ont pour l’instant aucune envie d’entendre des balles siffler…»

Pourquoi en effet demander à des forces spéciales de former les troupes maliennes? «N’importe quelle unité conventionnelle française pourrait le faire», nous a confirmé sous couvert d’anonymat un officier commando parachutiste ayant de l’expérience en la matière.
Forces spéciales et unités conventionnelles, chacun son rôle!

De surcroît, le flou demeure en pratique: jusqu’à quel point les instructeurs français accompagneront-ils l’armée malienne sur le terrain, lors d’engagements contre les Groupes Armés Terroristes (GAT)?

La question semble non réglée, mais il faut bien dire que l’outil «forces spéciales» apparaît souvent comme la solution miracle. Elles rassurent autant l’opinion que le pouvoir politique. Comme si ces militaires hors norme pouvaient, par leur excellence, combler toutes les failles stratégiques.

Associées à une supériorité technologique écrasante, ces unités d’élite françaises seraient en mesure de remporter n’importe quel conflit. De son côté, le colonel Hogard regrette une «américanisation de la guerre» et l’utilisation abusive des unités non conventionnelles:

«Aujourd’hui, nos gars font un travail formidable, mais on sort du cadre qui devrait être celui de l’emploi de ces forces d’élite. Les FS ne peuvent pas tout faire. Il ne faut pas les épuiser dans un combat tactique, mais sur des objectifs d’ampleur stratégique, fondamentale. Il existe des unités conventionnelles parfaitement capables de mener ce travail au niveau tactique.»

Ces unités, ce sont les Groupements de commandos parachutistes ou de montagne (GCP/GCM). Malgré des techniques de combat identiques, le «niveau d’emploi» diffère entre forces spéciales et commandos. Alors que les GCP sont employés en complément de l’armée conventionnelle, les forces spéciales opèrent quant à elles de manière plus autonome –souvent plus discrète– et quelquefois dans la clandestinité. Au Sahel, les forces spéciales agissent sous une double affiliation: au sein de l’opération Barkhane, mais aussi au sein d’un dispositif propre, la «Task Force Sabre», forte de 350 hommes et présente dans la région depuis 2009, donc avant l’intervention Serval de 2013.



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