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24 janvier 2021

Les putes en galère, les putes en colère — Des putes très en colère et dans la merde.



Á Toulouse, la situation a atteint un niveau surréaliste.

“Selon un adjoint au maire : « Les arrêtés anti-prostitution sont une réussite », bien que les riverains, entre espoir et fatalisme doutent de l’efficacité du dispositif.”

La prostitution, pour riverain et élus, serait donc un mal, une nuisance à supprimer de nos belles rues proprettes. C’est pratique pour déshumaniser les travailleuses. Pour nier, rendre invisible une réalité sociale bien différente.

A quelques mois des élections municipales (le 25/10) la mairie de Toulouse signe un nouvel arrêté anti-prostitution pour les quartiers des ponts jumeaux, minimes et la salade. A la suite duquel une descente de police a eu lieu et 28 travailleuses du sexe de rue ont été verbalisées.

Considérées comme délinquantes donc, dans un pays où le racolage est pourtant légal.

Et le harcèlement policier ne s’arrête pas là. Partout en France, la mise en application de la loi de pénalisation des clients a compliqué les relations avec les keufs, instaurant un climat de traque et de contrôle pour les personnes travaillant en rue.

Les travailleuses et travailleurs du sexe sont les victimes privilégiées des agresseurs parce qu’elles sont stigmatisées et marginalisées par des lois répressives qui leur donnent sentiment d’impunité généralisé.

« La stigmatisation entraîne également des violences de la part des riverains tels que des humiliations, insultes, dégradations des camionnettes, jets de projectiles. Chez les TDS exerçant en appartement via Internet, les constats sont globalement les mêmes. Conscients des risques liés à leur criminalisation, les clients négocient plus souvent les pratiques et les tarifs. Nous constatons une augmentation des vols avec violence et des braquages en appartement », selon le Syndicat des Travailleuses et travailleurs de Sexe (STRASS).

Le 30 octobre dernier, le corps d’une escorte était retrouvé ligoté dans le Rhône. Début septembre, c’est le corps d’une TDS découpée en morceaux qui était retrouvé à Evian-les-Bains. En juin, une jeune femme roumaine était poignardée au Bois de Boulogne et son pronostic vital était fortement engagé. Nous ne savons pas si elle a survécu. En avril, c’est une TDS Chinoise qui était retrouvée asphyxiée à son domicile. En début d’année, deux autres TDS été assassinées. D’autres meurtres ont peut-être eu lieu sans que nous en ayons connaissance.

Nous sommes aussi étonnées qu’au moment même où l’on s’intéresse aux féminicides et aux violences contre les femmes, les meurtres de travailleuses du sexe ou de femmes trans ne soient jamais comptés comme féminicides. Ne sommes-nous pas nous aussi des femmes ? Pourquoi nous séparer du reste de la classe des femmes ? Nous interprétons cette séparation des violences de genre, entre celles faites aux femmes mariées et celles faites aux putes, comme une volonté de nous maintenir à part. Une partie du mouvement féministe a fait le choix stratégique d’assimiler toute forme de travail sexuel à une violence de genre et à une institution patriarcale à abolir. Tandis que le couple hétérosexuel reste lui une institution légitime inattaquable. Nous pensons au contraire nous situer dans le même continuum des rapports hétérosexuels que les autres femmes. Les maris des unes sont les clients des autres.

Nous n’appelons cependant pas à abolir le couple hétérosexuel en le pénalisant.

Force est de constater que ce n’est pas le fameux « système prostitutionnel » qui est le plus meurtrier et dangereux pour les TDS, mais bien un isolement et une précarisation massive ;

En effet, trois ans après l’adoption de la « loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées », nous constatons la précarisation, la plus forte exposition aux violences et l’augmentation des prises de risques. En priorité pour les TDS les plus marginalisées, dont les femmes migrantes, travaillant dans la rue, qui sont poussées à accepter des clients ou des pratiques plus risquées pour leur santé et leur sécurité, ainsi que pour la majorité des TDS homosexuels et transgenre, totalement niés par les institutions abolitionnistes.

Tu dois te dire, « pourquoi toutes ces longues et pénibles informations, moi je suis là pour ma retraite bordel ! »

Et bien justement, parce qu’on aimerait bien en avoir une de retraite. On aimerait bien que, pour celles et ceux qui exercent ce fichu plus vieux métier du monde, il y ai enfin une reconnaissance sociale. Que l’on cesse d’être les oubliés de toutes les luttes. Que l’on ait enfin accès aux droits les plus basiques. Comme une sécu, comme ne pas avoir à faire de faux papiers pour trouver un logement alors qu’on a du travail, comme une reconnaissance du viol dans le cadre de notre travail, bref, plein de droits auxquels tu dois avoir accès de manière si naturelle que tu ne réalises même pas que nous les putes, on ne les a pas.

On aimerait bien aussi pouvoir se servir de notre argent comme on le souhaite, en en faisant profiter une tierce personne (nos enfants notamment) sans qu’ils soient considérés comme nos proxénètes par la loi. Que l’auto-organisation contre les violences, que la préventions et réduction des risques ne soit pas considérés comme du proxénétisme, mais bien de la solidarité !

On aimerait bien aussi qu’il n’y ait plus d’amalgame entre la traite humaine et le travail du sexe.

Car tant que le TFS sera considéré comme le monstre à abattre, la lutte contre la traite humaine ne pourra pas arriver.

On en profite pour te rappeler que le travail du sexe est la seule ressources économique pour bien des personnes migrantes et/ou sans papier en France, et que la solution n’est clairement pas d’interdire le TDS, mais plutôt de leurs laisser un accès à tous les tafs, et aux papiers qui vont avec.

On veut plus de trottoirs, réels et virtuels !

Depuis 2006, l’état nous empêche de plus en plus d’exercer, au travers des différentes lois anti proxénétisme, visant les putes elles même. Telle que la loi de réglementation du système prostitutionnel (appelée par les medias « loi de pénalisation du client »), ou encore le projet de loi Avia, qui, sous couvert de lutter contre les contenus haineux sur le net, se propose de tout simplement fermer les sites d’annonces d’escortes pour cause de « proxénétisme ». Cette proposition de loi, rejetée par le sénat dans son texte d’origine, vient d’être ré-envoyée en deuxième lecture à l’assemblée. La bataille est donc loin d’être gagnée pour nous.

Nous protestons contre cette proposition de la loi, qui vise toutes les personnes exerçant le travail sexuel sur internet, escorts, camgirl-boy, performeurs et performeuses… et menace de nous plonger dans des conditions de plus en plus délétères, les sites les plus sûrs risquant d’être fermés.

Quelque soient les raisons pour lesquelles nous exerçons ce travail, c’est à nous de juger s’il est bon ou pas. Quand bien même nous ne le faisons que par contrainte économique, soit comme la plus part des tafs de merde qui existent, nous avons droit à un minimum de considération. De pouvoir exercer dignement notre taf, et non pas dans les conditions pourries que nous subissons aujourd’hui. Nous n’avons pas en avoir honte pour faire plaisir aux femen, au Nid, à l’État et parfois aussi à nos camarades. Les putes ont toujours existé, elles existeront toujours, il est grand temps d’être honnête avec ce fait et de reconnaître notre travail pour ce qu’il est : un putain de travail.

Ni stigmatisation ni « exotisation ».

Des putes très en colère et dans la merde.





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