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21 janvier 2021

L’ouragan populaire… deux ans après. — Philippe BELAIR



Il était clair que cette gestion, par ce gouvernement ultralibéral, allait dans le sens de faire de cette catastrophe naturelle une aubaine “économique” en y donnant une réponse mercantile. Nous passerons sur le rapatriement rocambolesque et exclusive des français de France sous l’œil ébahi des Français de Saint-Martin qui n’en revenaient pas, première faute politique qui constituait de facto les éléments d’une gestion colonialiste. Là où le colonialisme exulte, le capitalisme règne en maître et la suite, deux ans plus-tard, donne encore raison à l’analyse Marxiste-Lénine qui reste d’une actualité implacable. Sauf que contrairement à ce que l’on pourrait croire, le colonialisme n’est pas à Paris mais à Bruxelles, Paris n’étant qu’un bouclier trompe-l’œil même si le comportement Parisien demeure nostalgique.

Aujourd’hui, l’Ile est en feu et ce depuis quelques jours, des barricades sont montés de partout par la population qui se sent lésée par les politiques “publiques” qui ont suivies. Rappelons que, depuis 2007, Saint-Martin est une C.O.M. (Collectivité d’Outre-mer) après avoir été longtemps une commune rattachée à la Guadeloupe, restée Département d’Outre-mer après un référendum organisé en 2003. Les raisons de la colère populaire sont diverses mais essentiellement axées sur l’affaire du PPRN (Plan de Prévention des Risques Naturels) dont la version d’Août 2019 qui, sous le fallacieux prétexte de protéger la population, expolie littéralement les habitants du littoral.

Il faut se rappeler des shows médiatiques de Jupiter qui venait en professeur de probité, sommes toutes il n’est pas question ici de donner un blanc seing aux dirigeants Saint-martinois, traitant ces élus comme des élèves égarés de la “gouvernance”, ce vocable monarchiste qui a pris la main sur “administration”. Lors de ces shows (septembre 2017 et septembre 2018), nous avions eu droit à des réprimandes, voire des menaces en passant par des selfies qui ont donné lieu à moult interprétations sur les réseaux électroniques. A l’époque, il fallait démonter l’incompétence locale de l’ile tout en vantant l’ile voisine, Saint-Barthélemy, comme exemple. Ainsi, avait-il promis “une reconstruction exemplaire”.

Il fallait entendre par là que, via l’Etat, des décisions allait être prises envers et contre tous les élus locaux mais aussi les Saint-Martinois en général. Et çà n’a pas tardé, en Août dernier un nouveau PPRN était servi. La ministre de l’Outre-mer affirme fièrement que ce plan a été préparé par les services de l’Etat pour réduire l’impact des prochaines ouragans. En fait, dans ce plan on évacue tous ceux qui ont toujours habité sur le littoral en y déclarant une bonne partie de ce dernier “zone rouge”, c’est-à-dire non constructible. L’intention parait louable de prime abord mais pas pour ceux qui habitent une petite ile de 88 km2 (à partager entre deux Etats Européens) et qui n’ont pas d’autres solutions que de reconstruire le peu qui leur reste depuis le passage d’Irma.

Le pire, et c’est là la mesquinerie ultralibérale de Jupiter, est qu’en fait des autorisations de reconstruire ont été donnée aux investisseurs hôteliers, cela laisse supposer que la place laissée par la population du littoral sera rapidement occupée par des flibustiers autorisés. Très peu de Saint-Martinois ont les moyens d’investir dans une structure hôtelière surtout s’il s’agit de s’inclure dans une logique balnéaire. Visiblement, l’Etat se fait le relais discret de grands investisseurs qui, comme pour la réforme de la retraite, semblent avoir préparé le cahier des charges en amont afin que Jupiter, en bon exécuteur, fasse le sale boulot peu importe que des familles entières soient mis de coté et dans la précarité si ce n’est à la mer.

Autre sujet additionnel à la problématique de l’ile, le centre hospitalier Louis Constant Fleming qui est toujours au stade d’une interminable réorganisation interne depuis Irma, l’Etat faisant la fine bouche pour redresser une structure hospitalière qui répond à une zone dépassant l’ile elle-même. Deux administrateurs provisoires ont été nommés en avril dernier et en sont encore aux balbutiements de leurs conclusions en dépit de la récente nomination d’une nouvelle Directrice qui, vraisemblablement, vient pour intégrer de force cet hôpital (ainsi que celui de Saint-Barthélemy) au sein du Groupement Hospitalier de Territoire (G.H.T., autre fantaisie ultralibérale) de la Guadeloupe. Pendant ce temps, le personnel est en grande souffrance au point qu’un infirmier anesthésiste a attenté à sa vie dernièrement.

La frustration s’est donc installée et généralisée sur la petite ile, la seule réponse de l’Etat est le rapport de force en mobilisant nombre de gardes mobiles qui ont du mal à faire face à des jeunes quasi désespérés et prêts à tout. Le pouvoir local semble lui-même complètement dépassé non pas par les événements mais par l’interventionnisme à mauvais escient de l’Etat. Ce dernier n’as aucune confiance en eux et veux imposer sa vision (du moins celle de Bruxelles) en les écartant. Le problème est qu’en les écartant, la population se sent aussi écartée. A n’en point douter Jupiter, plus que ses prédécesseurs, se fait le maitre d’ouvrage des directives Européennes. Mais dans cette partie du monde, à l’histoire chargée et à l’esprit très Caribéen, il n’est pas certain qu’il ait un boulevard devant lui.

Les catastrophes naturelles sont, comme les guerres, des aubaines pour les investisseurs, voilà pourquoi le capitalisme s’accommode des conséquences de sa surexploitation de cette nature. Tous les avertissements scientifiques ne l’incommoderont jamais puisqu’il sait qu’il en tirera un profit certain. C’est ce que l’on pourrait qualifier de “principe de Bayer”, celui qui produit le poison attends patiemment pour fournir le traitement… si l’on peut parler de traitement. A ce petit jeu-là, le capitalisme est fort et s’est toujours montrer inventif d’abord en finançant la campagne électorale de ceux qui seront ses fondés de pouvoir, encore un constat marxiste qui ne viellera jamais.

Et quand il n’y a pas de catastrophe on le crée par le non-faire, le pourrissement, le mensonge, le chantage, les fausses opérations de salubrité publique, les menaces… A seule fin de créer les conditions favorables aux investisseurs-envahisseurs. La même méthode est employée, depuis quarante ans pour faire passer des contre-réformes dont, aujourd’hui, celle de la retraite en France. Le combat des saint-martinois, précarisés par la cupidité humaine, est frère du combat général en cours contre ce projet de loi sur la retraite. Ne faisons surtout pas l’erreur d’opposer ces deux luttes au nom du contexte.





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