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19 septembre 2020

un coup d’État « pour le Christ » ou pour le gaz, le lithium, le cobalt, l’uranium, l’or, etc. ?



Entretemps, les services de renseignements boliviens avaient révélé au Président qu’en cas de victoire du leader de l’opposition Carlos Mesa, tous les projets stratégiques mis en route par le gouvernement seraient démantelés et que les entreprises nationales seraient privatisées. En premier la compagnie nationale du gaz, l’YPFB et la compagnie COMIBOL, responsable de l’industrialisation du lithium et de l’uranium.

Il faut rappeler que Carlos Mesa était devenu président de la Bolivie en octobre 2003 suite à la démission et à la fuite aux USA du président Gonzalo Sánchez de Lozada. En réalité, pour éviter d’être jugé pour la tragique répression contre des manifestants qui protestaient contre l’augmentation des prix du gaz après sa privatisation, faisant 80 morts et 531 blessés, Lozada s’était enfui grâce à l’aide de l’ambassade des USA.

Rappelons aussi que ce fut Carlos Mesa lui-même qui, en sa qualité de vice-président, avait négocié la privatisation avec les multinationales, autorisant du coup l’augmentation du gaz à usage domestique.

En tout état de cause, la problématique majeure qui a largement pesé sur la décision d’Evo Morales de se présenter coûte que coûte pour la quatrième fois tient au changement politique qu’une éventuelle victoire de Carlos Mesa aurait imposé au peuple bolivien, avec le retour aux privatisations, et la destruction de tout ce qui avait été construit au cours de ses trois mandats. Autrement dit, ce qu’est en train de faire Moreno en Équateur et ce qu’a déjà fait Bolsonaro au Brésil.

Une autre constatation qui a lourdement influencé la décision d’Evo Morales est que son vice-président, Alvaro Garcia, bien qu’étant un authentique leader de la gauche bolivienne, n’est pas un indigène. C’est un élément qui a une grande importance dans la société andine.

Deuxièmement, selon la Division fédérale de Recherche de la Bibliothèque du Congrès (USA), 58 % de la population bolivienne est d’ethnie indigène (28% sont Quechuas, 19% Aymaras et 11% issus d’autres groupes ethniques indigènes), puis viennent les « Mestizos » (Métis) issus de croisements entre Européens et Indigènes, et seulement 12 % sont de pure origine européenne.

Malheureusement, les autres dirigeants et parlementaires du MAS, dont Victor Borda, ancien président de la Chambre des députés, n’avaient pas une stature nationale susceptible de substituer l’image d’Evo . Par ailleurs, ils n’avaient pas la même capacité à dialoguer avec les masses, ni les mêmes dispositions pour affronter la droite et les médias lors des élections d’octobre.

Dans le camp de l’opposition, la certitude qu’Evo Morales se présenterait aux élections d’octobre malgré le résultat négatif du referendum de 2016 a permis à Luis Fernando Camacho de transformer son Comité de Santa Cruz en centre opérationnel du coup d’État et donc de l’action terroriste et subversive des Milicias, ces groupes paramilitaires désormais prêts à agir sur presque l’ensemble du territoire de la Bolivie, grâce surtout à la protection de la police et au « silence » de l’armée.

De fait, immédiatement après la démission forcée d’Evo Morales, pour éviter que Victor Borda n’assume la charge de président par intérim en tant que Président de la Chambre des députés, les « Milicias » de Camacho ont attaqué la résidence de Victor Borda et séquestré son frère en menaçant de le tuer.

Face à ce chantage, Victor Borda a donné sa démission en échange de la vie de son frère !

La Bolivie d’Evo, les relations avec les USA et la présence de la Chine

Après l’expulsion de l’ambassadeur des USA Philip Goldberg le 12 septembre 2008, les relations diplomatiques et politiques entre la Bolivie et les USA ont traversé des moments difficiles. Il suffit de penser que, la même année, ce fut au tour de toute la délégation de la DEA d’être expulsée, accusée de « conspiration ». Puis, en 2013 vint le tour de l’USAID.

Ce n’est qu’au cours de ces dernières années que les relations diplomatiques entre les deux pays s’étaient stabilisées, surtout avec l’arrivée de Bruce Williamson en qualité de Chargé d’Affaires. En revanche, aux USA, le Département d’État et la CIA décidaient d’amplifier les effets de la guerre hybride contre le gouvernement bolivarien de Nicolas Maduro en l’étendant à celui d’Evo Morales.

C’est pour ce motif que diverses entités gouvernementales, ONG et fondations usaméricaines ont multiplié leurs relations avec les forces de l’opposition bolivienne, cherchant ainsi à reproduire le processus d’infiltration déjà parfaitement mis au point au Brésil, au Venezuela et en Équateur.

Il suffit de savoir qu’en janvier de cette année, la représentante républicaine Ileana Ros-Lehtinen déclarait au Congrès que « le Président Morales ne pouvait pas demeurer au pouvoir, et que pour cette raison le peuple de Bolivie avait besoin de l’aide des États-Unis… »

Plus tard, au mois d’août, dans le cadre de sa « mission diplomatique » en Colombie, l’ambassadrice des USA à l’ONU Nikki Haley déclarait « … La Bolivie, après le Venezuela, est le pays que nous devons suivre avec attention… ».

Une infiltration coordonnée par les agences et les sous-agences du Département d’État. En effet, la NED (Fondation Nationale pour la Démocratie) met en œuvre ses programmes en s’appuyant sur 30 ONG boliviennes et deux instituts privés US, l’Institut Républicain International et le Centre International pour l’Entreprise Privée, avec lesquels elle mène le projet « Gouvernement et Société Civile », un projet qui forme les nouveaux cadres dirigeants des partis d’opposition, selon les normes du libéralisme usaméricain.

Souvenons-nous que le gouvernement d’Evo Morales n’est jamais parvenu à rompre le cordon ombilical qui relie la police bolivienne et les officiers supérieurs des forces armées au Pentagone.

Ceci est dû au fait que l’armée bolivienne, comme celle du Venezuela, a été complètement restructurée en 1962 selon les normes de l’académie militaire US. Rappelons qu’en Amérique latine, le premier bataillon de « Rangers » spécialisée dans la lutte contre la guérilla a été créé par le Pentagone en Bolivie, expressément pour encercler et éliminer le foyer de guérilla créé par Che Guevara et l’ELN naissante.

En fait, le gouvernement socialiste-progressiste d’Evo Morales, comme ceux de Rafael Correa et de Lula, n’ont jamais réussi à obtenir la pleine reconnaissance des offi-ciers supérieurs. Cette situation a toujours permis l’infiltration de la part des antennes de la CIA, de la DEA et du Département d’État.

Evo, Correa et Lula ont toujours cru que le poids de l’institution gouvernementale, de la charte constitutionnelle et des victoires électorales, imposerait une certaine forme de respect de la part des militaires et des policiers, mais cela n’a jamais suffi pour s’assurer de leur loyauté.

En effet, si l’armée brésilienne, les services de renseignement et la police fédérale s’étaient vraiment sentis engagés envers le gouvernement et la constitution, ils n’auraient pas permis la destitution du président Dilma Rousseff.

De même en Équateur, où les services secrets et les services de renseignements de l’armée ont soutenu dans les faits la trahison du nouveau président Moreno, en complotant pour faire arrêter le vice-président Jorge Glas.

En Bolivie, il faut reconnaître qu’Evo Morales n’a jamais réprimé ses adversaires politiques, s’appuyant sur les 67% d’électeurs qui l’avaient élu. Rappelons que lorsque le projet sécessionniste de la Media Luna de la province de Santa Cruz de la Sierra a été découvert et démantelé, le gouvernement et Evo Morales lui-même ont laissé au pouvoir judiciaire le soin d’enquêter et de poursuivre les quelques responsables d’actes terroristes présentés par la police.

Dans la pratique, le gouvernement bolivien s’est contenté de sa victoire politique, convaincu que les quelques condamnations des tribunaux et la coexistence démocratique au Parlement éduqueraient l’opposition.

Un autre problème qui lie directement le coup d’État en Bolivie au gouvernement des USA est la nouvelle et profonde relation dans les domaines politique, économique et financier que le gouvernement Evo Morales était en train de nouer avec la Chine.

En fait, pour l’ancien ministre brésilien des Affaires étrangères Celso Amorim « … En termes géostratégiques, la Bolivie est le centre de l’Amérique latine, et sa forte croissance ces dernières années a révélé un potentiel de richesse minérale non négligeable. Pour cette raison, lorsque les USA ont réalisé que le gouvernement d’Evo Morales s’ouvrait à d’autres puissances mondiales, en particulier la Chine, ils ont décidé d’agir. Cela ne fait aucun doute. L’influence des USA en Bolivie est permanente et les forces de l’opposition ont un penchant pour la subversion. Et je dis cela parce que j’y étais en 2008 et que je connais le contexte de Santa Cruz qui, en 2008, jetait la Bolivie dans le tourbillon de la guerre civile… ».

Si l’on suit les constatations de Celso Amorim, il est impératif de rappeler que ces dernières années, la Bolivie est devenue l’un des principaux exportateurs mondiaux d’antimoine, d’étain, de tungstène et de bore, dont les industries usaméricaines ont absolument besoin. De plus, depuis 2016, la Corporación Minera de Bolivia (COMIBOL) remplace les fours US par des fours espagnols, et surtout chinois pour traiter et commercialiser en lingots les minéraux extraits sur l’altiplano bolivien.

Evo Morales pensait cependant mettre fin à cette dépendance grâce à la « coopération financière » de la Chine (à hauteur de sept milliards de dollars), avec la construction en Bolivie d’usines sidérurgiques pour le raffinage du zinc, dont on extrait l’indium, un autre matériau stratégique dont les industries usaméricaines ont absolument besoin.

Toujours avec la contribution et la coopération des entreprises chinoises, russes, françaises, canadiennes et allemandes, le gouvernement d’Evo Morales avait planifié le développement et l’extraction de tous les minéraux stratégiques présents dans le sous-sol bolivien, tels que le lithium, le cobalt, le palladium, l’antimoine, le bismuth, le cadmium, le chrome et le tungstène, en plus de l’augmentation de la production des minéraux traditionnels : or, étain, manganèse, zinc, argent, platine, platine, potassium, nickel, fer, cuivre et surtout uranium.

Ce contexte n’a pas échappé aux analystes intéressés au développement de l’économie bolivienne. De fait, le 20 septembre 2018, Axel Arías Jordan, prévoyant l’intérêt que présenterait pour les USA un changement en Bolivie, écrivait : « La bataille électorale qui aura lieu en octobre 2019 promet d’être une étape importante dans la lutte pour un changement politique en Bolivie. C’est pourquoi nous devons être très prudents quant à la manière dont le gouvernement et le secteur privé des USA aborderont ce processus et à la façon dont ils décideront d’agir en fonction de certains intérêts politiques et économiques liés à la Bolivie. En effet, hormis leur intérêt traditionnel pour le contrôle d’un pays désormais mondialement connu pour son potentiel minier, les USA ont d’autres intérêts fondamentaux liés à la défense et aux liens commerciaux existant entre la Bolivie et la Chine. Finalement, tout en gardant le Venezuela dans le collimateur, il est très probable que le gouvernement usaméricain va durcir ses différentes formes de pression sur le gouvernement bolivien…”
Malheureusement, le durcissement de l’impérialisme s’est manifesté par un coup d’État, pensé en janvier de cette année, puis planifié à partir de mai. Un coup d’État qui veut se cacher derrière une Bible, pour ne pas avouer que c’est l’énième solution impérialiste pour s’enrichir en s’appropriant les immenses richesses minérales de la Bolivie.

NdT

[1] La Media Luna (Croissant de lune) désigne les 4 départements les plus riches de l’est du pays, représentant 70 % du territoire et environ 30 % de la population.

Traduit par Jacques Boutard
Edité par Fausto Giudice

Merci à Tlaxcala
Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27506
Date de parution de l’article original: 21/11/2019
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27511



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