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18 October 2019

Privatisation de la FDJ: «le gouvernement se débarrasse de ces entreprises pour éviter d’avoir à les gérer»




«Une partie des privatisations va aller au désendettement, pour cinq milliards d’euros, sauf qu’aujourd’hui l’État emprunte à taux négatifs. Donc, cela veut dire que quand il emprunte, il gagne de l’argent et il vend des actifs qui, eux, ont une rentabilité supérieure.»

Pour David Cayla, professeur d’économie à l’université d’Angers et membre des Économistes atterrés, auteur de L’économie du réel face aux modèles trompeurs (Éd. De Boeck, 2018), la «logique» derrière les privatisations de la loi Pacte «n’est pas évidente». En effet, pour le résumer de manière grossière, il s’agit pour l’État de se séparer d’actifs rentables– qui lui rapportent jusqu’à 1,5 milliard d’euros de dividendes les bonnes années–, afin de financer la création d’un fonds qui devrait rapporter au mieux 250 millions d’euros par an. Des revenus générés par des placements sûrs, qui devraient être alloués au financement de «l’innovation de rupture».

«Une mécanique budgétaire complexe et injustifiée», épinglait la Cour des comptes en mai dernier. Les Sages de la rue Cambon s’interrogeaient sur la pertinence d’une telle gymnastique, alors qu’une ligne supplémentaire dans le budget de l’État, dédiée à la formation, aurait amplement suffi, d’autant plus que les 10 milliards d’euros de ce fonds «sans personnalité juridique» pouvaient être récupérés à tout moment par Bercy.

Autre point souligné par la Cour des comptes –et non des moindres– le fameux fonds créé en janvier 2018, n’avait non seulement financé aucune entreprise durant l’année, mais demeurait constitué (à hauteur de 8,4 milliards) d’actions de Thales et d’EDF. Quelques semaines plus tôt, 248 parlementaires, tous bords confondus, déclenchaient pour la première fois depuis son inscription en 2008 dans la Constitution un référendum d’initiative partagée (RIP).

Qu’à cela ne tienne, le 1er septembre, Bruno Le Maire a déclaré sur le plateau de Grand Rendez-vous d’Europe 1-CNews-Les Échos, que «sauf chute des marchés d’ici là», la Française des jeux pourrait être privatisée «avant la fin du mois de novembre».

Comme initialement prévu, cette dernière devrait donc être la première entreprise d’État, du trio FDJ-ADP-Engie à passer sous pavillon privé. Comme l’estime notre intervenant, il faut «montrer que le gouvernement avance», d’autant plus que le RIP en lui-même «ne remet pas en cause fondamentalement son projet». David Cayla renvoie par ailleurs aux origines politiques de plusieurs membres du gouvernement.

«La privatisation fait partie de l’ADN libéral, le Premier ministre, le ministre de l’Économie sont des libéraux, ils ne s’en cachent pas, et pour eux, mener de grands projets de privatisation, c’est une manière aussi d’imposer leur marque, de montrer qu’ils sont de droite», développe David Cayla.

Pour lui, il y aurait ainsi «une vraie idéologie derrière» cette vague de privatisation, alors que certains dénoncent plutôt un «véritable cadeau» de l’État aux grands groupes. Aux yeux de David Cayla, au-delà des convictions politiques de certains membres du gouvernement qui «veulent marquer un point idéologique», ce volet de privatisations s’inscrit dans une tendance plus «profonde» de l’exécutif, observée depuis l’ère François Hollande, à savoir l’absence de stratégie industrielle.

Mais au-delà du «peu de goût, d’intérêt et de savoir-faire» des acteurs politiques actuels en matière de gestion d’entreprises et par extension de leur aptitude à préserver les intérêts économiques tricolores –dénoncée notamment dans le cas du scandale de la vente de la branche énergie d’Alstom à son concurrent General Electric, sur fond de chantage judiciaire de l’administration américaine– dans le cas présent, l’abandon de toute gestion d’entreprise est pleinement recherché.

«La stratégie du gouvernement est de se débarrasser de ces entreprises pour éviter d’avoir à les gérer», insiste David Cayla, qui rappelle qu’être actionnaire majoritaire dans une entreprise revient non seulement à définir et piloter une stratégie, mais également à en assumer les responsabilités. Aux yeux de l’exécutif, «on n’a pas à s’intéresser au développement de ces entreprises –ADP et la FDJ– de la même façon qu’on n’a absolument rien fait pour Renault», développe le professeur d’économie.

«Ils sont convaincus que le rôle de l’État n’est pas de gérer les entreprises […] En privatisant, ils se débarrassent du souci: c’est le marché qui doit décider […] ça correspond à leurs convictions et on ne sera pas responsables de ce qui va se passer», assène David Cayla. «Je pense qu’il y a vraiment cette idée de se débarrasser de tous les instruments de politique industrielle, tout simplement parce qu’on n’a plus envie de faire de politique industrielle, parce qu’on ne sait pas comment faire, parce qu’on a l’impression que ça nous dépasse», ajoute notre intervenant.

Il revient sur «l’abandon progressif» de la politique industrielle en France, symbolisée par les fameux plans quinquennaux. L’économiste rappelle à cet effet le b.a.-ba. de la construction européenne:

«Pourquoi les a-t-on abandonnées? Simplement, parce que dans le cadre du marché unique et de l’Union européenne actuelle, les gouvernements, les États, n’ont plus le droit d’intervenir dans l’économie, n’ont plus le droit de fausser les règles du marché, de la concurrence. Or, une politique industrielle est bien une politique qui vise à fausser la concurrence, à intervenir pour développer un secteur.»

Tout ceci est «extrêmement naïf», juge David Cayla, qui rappelle qu’au même moment, d’autres puissances mènent des politiques industrielles «extrêmement ambitieuses». Il évoque ainsi la Chine, la Russie et dans une moindre mesure, les États-Unis. «L’idée selon laquelle on va organiser un système purement libéral et que la concurrence va permettre d’arriver spontanément à l’optimum, il n’y a plus personne qui y croit vraiment. Les seuls qui y croient, c’est en Europe et les dirigeants politiques français», pointe David Cayla, qui regrette le recours à la contractualisation à tout-va.

«Je trouve que ces instruments-là ne sont pas des bons instruments. En gros, on finance au coup par coup, par rapport à des projets, au lieu de regarder une logique d’ensemble. C’est-à-dire qu’il n’y a plus cette idée de comprendre la dynamique historique et industrielle d’un pays, on finance des projets individuels […] on ne réfléchit pas à la stratégie à moyen et long terme.»

Si les privatisations de la FDJ et d’Engie (ex-GDF Suez) sont actées, rien n’est encore joué dans le cas d’ADP. En effet, en cas de réussite du RIP, le projet de loi des 248 parlementaires de changer le statut des aéroports parisiens en «service public national» et donc d’empêcher toute privatisation sera soumise aux électeurs par voie référendaire. Depuis le 13 juin, l’initiative des parlementaires a rassemblé 713.000 soutiens sur le site du ministère de l’Intérieur, selon les chiffres fournis fin août par le Conseil constitutionnel, qui restent encore loin du seuil des 4,7 millions de signatures (10% du corps électoral) qui doit être atteint à la mi-mars 2020 afin de déclencher un référendum.

S’il milite en sa faveur, après avoir publié en février avec l’essayiste Coralie Delaume une pétition contre la privatisation d’ADP, David Cayla se dit toutefois «assez sceptique» quant aux chances de succès du RIP. «Concrètement, les gens ne sont pas au courant», lâche-t-il. Regrettant notamment l’absence de campagne d’affichage, l’économiste dénonce le «manque de promotion de cet acte citoyen» et pointe du doigt l’absence d’investissement des responsables politiques et l’impuissance des députés, «qui aujourd’hui ne sont pas entendus au sein de l’Assemblée». David Cayla pointe aussi du doigt le «site Internet difficile» sur lequel les Français doivent se rendre pour faire enregistrer leur voix, ainsi que l’absence de transparence sur les chiffres.

«On promeut le vote, on promeut l’esprit citoyen, mais le RIP pas du tout…», explique David Cayla, estimant que «tout est fait pour décourager» les citoyens.

«On voit qu’il n’y a pas de motivation des pouvoirs publics pour prendre en considération ce suffrage», ajoute David Cayla. Une situation qui étonne notre intervenant: «on ne va pas favoriser l’abstention parce qu’on a peur d’une défaite», souligne-t-il.

«S’il n’y a aucun accompagnement public, cela ne peut pas marcher. On ne peut pas dire que l’on fait un site Internet et magiquement, les gens vont s’exprimer. C’est aussi ce qui s’est passé avec le Grand débat. C’est pareil. Le succès est extrêmement relatif. Les gens ne vont pas spontanément tous aller sur Internet pour parfaire la démocratie participative, ça, c’est une vue de l’esprit!»





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