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5 décembre 2020

Rémunérations des grands patrons français : quand va cesser l’indécence ?



 

Pinault (Kering), Charlès (Dassault), Pferdehirt (Technip)… les principaux dirigeants des grandes entreprises du CAC40 bénéficient de rémunérations records et toujours en augmentation. Certains n’oublient pas de faire appel à une armée d’experts fiscaux afin de profiter d’une année blanche 2018 sur le plan fiscal. Comment osent-ils ensuite nous demander de se serrer la ceinture ? 

Dans les années 30, Henri Ford avait théorisé le principe du salaire maximal d’un patron. A l’époque, il préconisait un écart “admissible” de salaires de 1 à 40 dans les entreprises. Pauvre Ford, qui aujourd’hui se retournerait dans sa tombe en découvrant les écarts qui se pratiquent en 2019 dans le secteur privé. La rémunération des grands patrons correspond à 100 fois plus que celle de ses salariés, parfois bien au-delà. Le classement des revenus des dirigeants du CAC 40 met en lumière un monde déconnecté du réel où l’on jongle avec des niveaux de rémunérations qui n’ont plus aucun lien avec la performance des dirigeants.

Le CAC 40 : une machine à cash pour les dirigeants

Quel est le point commun entre Bernard Charlès (Dassault Systèmes), François-Henri Pinault (Kering) et Doug Pferdehirt (TechnipFMC) ? Ils occupent le podium des dirigeants les mieux payés du CAC 40 avec respectivement 22,9 millions d’euros, 12,20 millions d’euros et 11,34 millions d’euros. Ces chiffres phénoménaux prennent en considération le salaire fixe, le variable, les avantages en nature et les différents systèmes de stock-options pour l’année 2018. L’arsenal pour la rémunération des grands patrons est étoffé et évolue au fil du temps et parfois des scandales. Etrangement, la rémunération des dirigeants n’est pas toujours corrélée aux performances boursières, car si la Bourse a reculé de 11 % en 2018, la rémunération moyenne des dirigeants a progressé de 5,8 % pour atteindre 5,5 millions d’euros (la hausse fut même de 13,9 % en 2017).

Les cours boursiers ne veulent plus dire grand-chose et la rémunération des têtes d’affiche du CAC 40 non plus. Les critiques contre ce système sont nombreuses depuis des années et malgré leur légitimité, il est encore possible de voir le désormais ex-patron d’Airbus, Thomas Enders, jouir d’une retraite chapeau « excessive » (terme employé par le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire) de 26,3 de millions d’euros… Malgré les polémiques autour des retraites chapeaux, rien ne change finalement et on attend toujours une limitation de ces dernières à 30 % de la rémunération du dirigeant.

Pinault, Charlès et Pferdehirt s’en mettent plein les fouilles

Certains jouissent donc d’une retraite dorée assurant au moins les trois générations suivantes d’être à l’abri du besoin, tandis que d’autres accumulent les millions au moment le plus opportun. Ainsi, on retrouve (encore) le patron de Kering, François-Henri Pinault, qui réalise une année 2018 exceptionnelle sur le plan personnel. Le milliardaire perçoit un salaire de « seulement » 1,2 million d’euros. Une goutte d’eau par rapport à certains autres grands patrons, mais que le numéro deux du luxe sait transformer en un océan grâce à un variable annuel de près de deux millions d’euros et surtout grâce à un variable pluriannuel de 18,6 millions d’euros ! Une rentrée d’argent qui a lieu en 2018, année blanche sur le plan fiscal

Le groupe Kering se défend de toute manipulation comptable légale et argue que « les chiffres des rémunérations du PDG et du directeur général délégué versées en 2018 s’expliquent exclusivement par des mécanismes de rémunération variable de long terme, soumis à une formule mathématique indexée sur les performances du groupe ». S’il est vrai que le luxe a sauvé des eaux la Bourse parisienne en 2018, le versement de ces 18,6 millions d’euros tombe à pic. Rien d’étonnant sauf que François-Henri Pinault est aussi l’homme qui disait « comprendre » la colère des gilets jaunes.

Un patron lucide lorsqu’il s’agit de faire les constats : « On est déjà dans un pays où les inégalités sont fortes, si en plus les inégalités augmentent et que vous n’avez pas de perspectives de pouvoir progresser socialement et que votre pouvoir d’achat mécaniquement baisse, c’est insupportable ». Pourquoi donc augmenter sa rémunération de 700 % cette même année ?

On peut parier que l’année 2019 aura un visage similaire à celui de 2018, malgré l’opposition de plus en plus forte des actionnaires minoritaires qui peinent à se faire entendre. Car la raison du plus fort semble être toujours la meilleure.



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