Le plus long champ de mines du monde s’étend sur des centaines de kilomètres à travers le Sahara, marquant le chemin de l’un des conflits les plus silencieux de l’Afrique.

Pendant près de trois décennies, quelques centaines de soldats des Nations Unies ont veillé à ce que cette ligne de cessez-le-feu de 2 735 km, qui sépare les soldats marocains d’un groupe sous- armé de militants du Sahara Occidental luttant pour l’indépendance, reste tranquille.

Pour les Nations Unies, cette minuscule mission de maintien de la paix est un succès. Mais pour la Maison Blanche, c’est un échec, que le Conseiller à la Sécurité Nationale du président Trump, John Bolton, a défini comme un exemple criant d’ échec des Nations unies et de l’ordre international qu’elles représentent.

M. Bolton met le poids de la Maison-Blanche dans un plan controversé visant à résoudre le conflit du Sahara Occidental en serrant la vis à l’O. N.U. et en essayant de forcer les parties rivales à conclure un accord.

«Cette administration a été claire quant à son désir de gérer efficacement des ressources limitées chez nous et à l’étranger», a déclaré un haut responsable de l’administration Trump. « Ni nous ni nos partenaires internationaux ne devrions être englués dans [… ] des conflits gelés.»

L’ONU consacre plus de 6,6 milliards de dollars [= 5,91 Mds €] par an aux opérations de maintien de la paix. La mission au Sahara occidental coûte environ 50 millions de dollars [= 44 m. €] par an et les 250 soldats onusiens déployés là-bas sont à bout de souffle.

Les efforts de la Maison Blanche pour résoudre ce petit problème africain comportent des risques. Un échec pourrait attiser le mécontentement dans l’une des dernières poches de stabilité en Afrique du Nord, créant de nouvelles opportunités pour l’expansion de l’État islamique ou d’Al-Qaïda.

Le Sahara occidental, une région de la taille du Colorado comptant environ un demi-million d’habitants, n’est pas connu pour beaucoup de choses, à part un marathon annuel de plusieurs jours. Mais il abrite la plus ancienne des sept opérations de maintien de la paix de l’ONU actives en Afrique.

En 1991, l’ONU négocié un accord pour mettre fin à la lutte entre le Maroc et le Front Polisario sur le Sahara occidental, une colonie espagnole jusqu’en 1975.

Cette année-là, le Polisario, représentant les nationalistes sahraouis de la région, a refusé d’accepter le contrôle marocain et a rapidement proclamé une nouvelle République Arabe Sahraouie Démocratique. Pendant les 16 années suivantes, les combats ont affecté la région, faisant des milliers de morts.

Lorsque l’ONU a négocié l’accord de paix de 1991, le Maroc tenait environ les deux tiers du Sahara occidental. Le Polisario a sécurisé une bande de la zone bordant la frontière algéro- mauritanienne. Le Maroc a construit un mur de sable de 2 735 km avec des fils de fer barbelés, des barrières et 120 000 soldats.

Il est resté en grande partie calme depuis.

Pourquoi M. Bolton se préoccupe-t-il tant de la situation dans un coin du monde relativement calme face à des problèmes en Iran, en Corée du Nord, au Venezuela et en Libye ? Bien que M. Bolton ait refusé de faire des commentaires, ses proches disent que c’est personnel.

En tant que responsable au département d’État, il a participé à la rédaction de l’accord original conclu en 1991 par les Nations Unies, qui mettait fin aux affrontements entre le Maroc et le Front Polisario.

Quelques années plus tard, il s’associe à l’ancien Secrétaire d’État, James Baker, dans un effort infructueux de quatre ans pour parvenir à un accord sur un vote visant à déterminer si le Sahara occidental devrait faire partie du Maroc.

En 2005, lorsque M. Bolton a été nommé ambassadeur des USA à l’ONU par le président George W. Bush, il a de nouveau cherché un accord. Il menaça pour la première fois d’éliminer la mission de maintien de la paix de l’ONU – connue sous le nom de Minurso – c’est-à-dire en utilisant le pouvoir US pour opposer son veto au mandat, et en libérant le Front Polisario du cessez-le-feu avec le Maroc.

M. Bolton a eu une nouvelle chance de régler le différend l’année dernière, lorsque le président Trump l’a nommé Conseiller à la Sécurité Nationale à la Maison Blanche.

Après avoir occupé son poste dans l’Aile Ouest, M. Bolton a chargé le Conseil de Sécurité Nationale de modifier sa stratégie et a de nouveau menacé de mettre son veto à la mission de maintien de la paix si les discussions n’avançaient pas.

« Nous devons voir des progrès réels dans la résolution des causes sous-jacentes du conflit afin de ne pas continuer à dépenser des ressources limitées dans des missions de maintien de la paix sans fin », a déclaré le haut responsable de l’administration Trump.

En décembre dernier, M. Bolton a désigné la mission onusienne au Sahara occidental comme son exemple «préféré» des échecs de l’ONU.

« Tout ce que nous voulons, c’est organiser un référendum pour 70 000 électeurs », a-t-il déclaré lorsqu’il a dévoilé la nouvelle stratégie de l’administration Trump pour l’Afrique. «Il y a un retard de 27 ans. Vingt-sept ans et c’est toujours là ? Comment pouvez-vous justifier cela ? »

Jusqu’à présent, la pression US a eu un effet.

Pour la première fois depuis 2012, le Maroc s’est entretenu avec les dirigeants du Front Polisario insurgé en décembre dernier, au cours du nouveau cycle de négociations lancé par l’ONU.



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