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12 November 2019

Une figure LGBT tunisienne agressée à Paris: «On croyait qu’il serait en sécurité en France»




Le porte-parole de l’association tunisienne Shams pour les droits de la communauté LGBT a été agressé à Paris. Mounir Baatour, cofondateur de l’organisation, a condamné «un acte odieux» dans un entretien accordé à Sputnik, où il est également revenu sur sa propre candidature à la présidentielle de septembre prochain.

«On croyait qu’il serait en sécurité en France, mais il s’est avéré que ce n’était pas le cas», c’est par ces mots que l’avocat tunisien Mounir Baatour est revenu sur l’agression «odieuse», commise dans la nuit du 8 au 9 août, envers Nidhal Larbi. Le porte-parole de l’association LGBT tunisienne Shams rentrait chez lui, dans le 11e arrondissement de Paris, quand il a été interpellé par trois jeunes gens. D’après l’association française de lutte contre l’homophobie, IDAHO France, «un homme qui l’avait déjà agressé en Tunisie en 2013 l’a reconnu dans la rue».

Nidhal Belarbi est un visage connu de la communauté LGBT en Tunisie. Avant de devenir porte-parole de l’association Shams, il était arbitre professionnel de football, mais son orientation sexuelle a sonné le glas de sa carrière sportive. Son témoignage, à visage découvert, dans un reportage Konbini, a contribué à sa «célébrité». Il y revenait sur ses déboires avec la société et la justice de son pays, où l’homosexualité est toujours pénalisée.

«Il avait été condamné et emprisonné, pendant plus de trois mois, dans un quartier de haute sécurité de la prison Mornaguia [au sud-ouest de Tunis, ndlr] qu’on appelle El-Karraka. C’était des conditions d’incarcération particulièrement dures, dignes d’un criminel dangereux», regrette dans un entretien accordé à Sputnik Mounir Baatour, lui aussi condamné à trois mois de prison, pour des motifs semblables, en 2013.

Fuyant les agressions et les incarcérations, Nidhal Belarbi a été contraint à l’exil. «Nidhal avait été agressé et incarcéré en Tunisie pour son homosexualité. Et c’est grâce à l’association Shams qu’il a réussi à obtenir l’asile en France». Un asile «politique», puisque les personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle sont considérées comme des réfugiés politiques, précise l’avocat tunisien, cofondateur et président de l’association Shams.

«Même s’il a été agressé en France, il y a quand même une différence importante. C’est qu’en France, il ne risque pas de poursuites judiciaires en raison de son orientation sexuelle» nuance Mounir Baatour.

L’article 230 du code pénal tunisien sanctionne les rapports homosexuels, et prévoit une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison. Toutefois, rappelle Mounir Baatour, les juges ont tendance à élargir le champ d’interprétation de ce texte, «en prononçant des condamnations sur la base de simples échanges de SMS, de conversations sur messageries, de photos, de vidéos, prouvant la simple orientation homosexuelle de la personne, et ce en total désaccord avec le principe de l’interprétation stricte de la loi pénale!», fustige, encore, l’avocat tunisien.

«On attend la formation d’une Cour constitutionnelle pour pouvoir attaquer en justice cet article qui contrevient, à nombre de principes énoncés par la Constitution tunisienne, notamment les articles 21, 23 et 24», poursuit Mounir Baatour.

Des articles que coiffe un chapitre II de la Constitution intitulé «Droits et libertés». L’article 21 réaffirme le principe d’égalité entre les citoyens devant la loi, sans discrimination. Son alinéa 2 fait de l’État le garant des «libertés et (…) droits individuels et collectifs». L’article 23 énonce le principe de «la dignité de l’être humain et [de] son intégrité physique», et l’article 24 dispose que «l’État protège la vie privée, l’inviolabilité du domicile et le secret des correspondances, des communications et des données personnelles».

La Constitution tunisienne a été adoptée en 2014, au terme de trois ans de transition politique, suite à un soulèvement populaire contre le pouvoir policier du Président Zine el-Abidine Ben Ali. Les dispositions du texte traduisaient un libéralisme inspiré par le contexte historique. Les mentalités, qui dictent les pratiques sociétales ou administratives, n’ont pas suivi le même cheminement. Malgré son ouverture légendaire, la société tunisienne demeurait particulièrement conservatrice. Les années de crise, de fracture sociale et d’insécurité, si propices aux replis identitaires, ont fait le reste. Si bien que certaines questions, comme l’homosexualité, font encore l’objet de résistances dépassant, parfois, le clivage traditionnel entre progressistes et islamistes. Il ressort d’une étude publiée en juin dernier par la BBC que seuls 7% de la population tunisienne considérait l’homosexualité comme «acceptable». Le sondage ne précisait pas, toutefois, si ceux qui la jugeaient inacceptable étaient forcément favorables au maintien de sa pénalisation.

La société civile tunisienne reste le meilleur allié, toutefois, des abolitionnistes de l’article 230. En juillet 2018, près d’une centaine d’associations tunisiennes apportaient leur soutien aux propositions émises par la COLIBE, la Commission pour les libertés individuelles et l’égalité, mise en place par le Président tunisien de l’époque, Béji Caïd Essebsi. Parmi les propositions phares de cette instance, la dépénalisation de l’homosexualité.

 

La recommandation est demeurée lettre morte, toutefois, alors que le Président Caïd-Essebsi préférait se saisir d’une autre proposition de la COLIBE, l’égalité dans l’héritage entre les hommes et les femmes, tandis qu’il engageait les hostilités contre les islamistes. Son décès inopiné, le 25 juillet 2019, provoque l’annonce d’une présidentielle anticipée, le 15 septembre, à laquelle Mounir Baatour, 48 ans, s’est présenté. Son acte a été salué, par nombre d’observateurs occidentaux, comme la première candidature gay du monde arabe.

Même si la défense des droits des minorités est présentée, dans les médias, comme son principal cheval de bataille, le président du Parti libéral tunisien (PLT), une formation fondée en 2011 mais qui n’est pas représentée au parlement, entend brasser plus large.

«Ma candidature se fonde sur le programme du Parti libéral tunisien, avec des volets économiques, sociaux, culturels, des propositions sur la santé. Il englobe aussi les libertés individuelles et la protection des minorités ethniques, religieuses ou sexuelles. Je suis un militant des droits de l’homme depuis des années, et j’estime que ce que subit la communauté LGBT, en Tunisie, est catastrophique», insiste le candidat à la présidentielle tunisienne.

Une candidature qui n’est donc pas «symbolique», pour cet avocat qui entend aller «jusqu’au bout» après avoir réussi à réunir 19.565 parrainages citoyens, soit environ le double des signatures requises. Si personne ne se fait d’illusions sur l’issue de cette aventure, le résultat permettra de mesurer l’ampleur d’un éventuel «vote gay» en Tunisie.





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