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24 janvier 2021

L’insurrection des Gilets-jaunes et la nouvelle société qui vient.. – Les moutons enragés



Le meilleur moyen de faire disparaître un fait, est de l’ignorer, de ne pas en parler, de ne plus donner les chiffres de la participation. Il en est ainsi du mouvement des gilets jaunes dont on parle de moins en moins dans l’espoir qu’il s’éteigne faute de combattant. Pourtant depuis des mois, ils sont toujours là et d’après certaines figures des gilets jaunes, septembre sera animé. Jean Yves Jézequel analyse la situation et n’est pas optimiste sur la finalité de cette colère populaire, que le gouvernement persiste à mépriser. Partagez ! Volti

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Par Jean Yves Jézequel pour Mondialisation.ca

En octobre 2018, une femme de Seine-et-Marne, Priscillia Ludosky, en prenant l’initiative d’une pétition contre la hausse du prix des carburants, signait l’acte de naissance du mouvement de révolte des « Gilets-jaunes » relayé par Éric Drouet appelant, quant à lui, à une mobilisation générale le 17 novembre suivant. Cette mobilisation allait, comme une traînée de poudre, flamber sur toute la France jusqu’aux Départements d’Outre-Mer et Territoires d’Outre-Mer, avant de provoquer des répliques identiques successives sur d’autres pays et continents. Cette annonce de la hausse importante du prix des carburants par le Gouvernement n’était en soi que la « goutte qui allait faire déborder le vase ».

Cette révolte était déjà très attendue, par un certain nombre d’entre nous, depuis au moins le 4 février 2008.

Bien entendu, seules les « élites » du Pouvoir en place ont été
« surprises et décontenancées » par cette flambée soudaine de
contestation venue de nulle part et s’avérant incontrôlable, les réseaux
sociaux ayant été l’unique instrument de la coordination d’une révolte
dont le caractère informel était d’emblée déroutant pour l’Exécutif
habitué et entraîné depuis 40 ans à identifier les têtes et à les
neutraliser aisément par les arrangements financiers et politiciens bien
connus par chacun d’entre nous. Nous avons tous encore à l’esprit
l’histoire exemplaire d’ArcelorMittal, à Florange en octobre 2011 et des
suivantes tout aussi exemplaires…

Si cette explosion de la colère présente a pu se faire si vite, c’est parce qu’elle couvait sous les cendres des mouvements sociaux répétitifs précédents qui s’étaient vus anéantis par la surdité politique des castes du Pouvoir en place, ayant imposé à toutes les Nations Européennes le silence absolu, par la dictature constitutionnelle de l’Union Européenne (les peuples n’ont pas écrit la Constitution et n’ont pas voté unanimement son adoption).

Cette grande colère était là tapis dans l’ombre depuis le jour où
Sarkozy avait décidé au Congrès de Versailles le 4 février 2008, la
modification de la Constitution française pour imposer aux Français la
Constitution Européenne déguisée en « Traité de Lisbonne », alors qu’ils
avaient massivement voté « non » à ce projet européen, dévoyé de son
objectif d’origine, au referendum du 29 Mai 2005.

Depuis les accords de la Jamaïque en 1976 se sont succédées, de
manière ininterrompue, les décisions politiques arbitraires des
« élites », se traduisant dans le concret pour les plus modestes d’entre
nous, par les violences sociales extrêmes infligées sans ménagement aux
populations dépouillées de leur souveraineté. 

Une cascade de lois liberticides votées sous le bon prétexte de « la lutte contre le terrorisme », allaient compléter ce tableau des injustices sociales incluant les injustices fiscales répétitives et allant toujours en s’aggravant avec le temps. Dans la logique du « Traité de Lisbonne » qui est la Constitution Européenne, l’État français allait en réalité transférer la souveraineté nationale à Bruxelles. Un Pouvoir supra national dominait désormais toute la vie politique des pays européens sans jamais demander leur avis aux peuples européens. Pour obéir aux directives de Bruxelles, et se voulant une « locomotive » de l’Union Européenne, l’État français, quant à lui, allait adopter la seule manière de dresser les Français à « l’amour de leur soumission », en rendant permanent, c’est-à-dire « constitutionnel », « l’état d’urgence » ainsi décrété ad vitam aeternam pour les citoyens de la Patrie des Droits de l’Homme et donnant raison à un autoritarisme ignorant l’idée même de démocratie, cet État policier macronien qui pratique actuellement tous les abus spécifiques des dictatures, avec la suppression quasi intégrale des libertés publiques essentielles. Depuis « l’affaire des Gilets-jaunes », nous constatons, en effet, que nos libertés fondamentales ont été vigoureusement anéanties par une pratique de l’arbitraire particulièrement déconcertante pour un pays comme la France des droits de l’homme!

Pour comprendre les motivations et le fond des revendications
essentielles prenant forme actuellement en France à travers la révolte
soudaine et prolongée des Gilets-jaunes, il faut revisiter toute
l’histoire politique française et européenne sur quelques années en
arrière et dégager de cette histoire des faits marquants passés qui
expliquent la révolte présente: les raisons fondamentales de la colère.
La révolte nationale des gilets-jaunes commencée en octobre 2018 avait
déjà été annoncée par la révolte des Bonnets-rouges localisée en
Bretagne à partir d’octobre 2013. 

La contestation actuelle s’explique par des causes bien identifiées.
Nous allons parcourir un certain nombre de ces causes pour comprendre la
légitimité de la mobilisation actuelle et les revendications qui lui
sont associées.

Pour atteindre cet objectif, nous allons reprendre la chronologie des
faits liés aux Gilets-jaunes, dates après dates, et voir où cette
révolte nous conduit finalement…

Aujourd’hui le mouvement insurrectionnel se poursuit et il n’est pas
prêt de s’arrêter, compte tenu de la surdité politique totale des
« élites » au pouvoir. On peut même dire que la violence extrême d’une
guerre civile latente couve sous les cendres de la répression policière
et judiciaire démesurée et illégitime…

Dès que l’incident de trop aura éclaté, et tout semble indiquer que
cet « incident » est volontairement préparé, la colère ne sera plus
maitrisable et la France, à l’image de Notre Dame de Paris, se mettra à
flamber dans toute sa largeur et dans toute sa longueur avant même qu’on
puisse parvenir à éteindre l’incendie allumé depuis si longtemps et
couvant sous des cendres brûlantes.

Toutes les mutations majeures de l’histoire se sont faites à travers les crises et les guerres, les destructions et les reconstructions.

Nous sommes arrivés à un point de rupture dans lequel l’entropie et
la néguentropie sociétales ont mis en route la réorganisation suivante
pour une nouvelle civilisation se dessinant déjà, bien au-delà de la
simple volonté des hommes. Les Gilets-jaunes sont le « symptôme » de cet
instant « T » advenu, le « doigt tendu » indiquant la nouvelle voie qui
est là.

Ce qui se passe donc du côté des « élites » au pouvoir, c’est
qu’elles ont les yeux rivés sur le doigt tendu et ne voient pas ce que
ce doigt s’évertue à indiquer pourtant clairement. Le Pouvoir aurait dû
ouvrir les yeux sur ce qu’il ne voulait surtout pas voir et c’est
pourquoi il a voulu crever les yeux de ceux qui l’obligeaient à regarder
dans la bonne direction! 

Les Gilets-jaunes ne sont pas une fin en soi, ils sont le signe, la manifestation d’un accouchement qui se fait en ce moment, celui de la nouvelle société qui vient. Nous allons voir ce que sera cette nouvelle société qui est déjà là mais qui va entraîner l’ancienne dans un raidissement défensif désespéré, car le monde du capitalisme parasitaire financier dominant n’est celui que d’une minorité, alors que les Gilets-jaunes représentent les 80% de tous ceux qui galèrent en permanence pour avoir le droit de vivre ou simplement qui tentent de vivre décemment en s’éloignant d’une survie chronique organisée pour le grand nombre par les privilégiés du système qui ne veulent en rien partager les fruits du travail de tous.

Tout est désormais en place pour la guerre civile en France (et sans
doute en Europe), puisque les « profiteurs d’en haut » minoritaires,
veulent camper sur leurs positions ultra libérales pendant que
l’écrasante majorité qui souffre depuis 40 ans en silence, a désormais
cessé de se soumettre au joug des dominants et des prédominants. Ce
signe fort et déterminé a été envoyé aux oligarchies totalitaires de
l’Union Européenne, à travers les actes courageux et répétés des
Gilets-jaunes. Compte tenu de la surdité exceptionnelle des Pouvoirs, il
va de soi que l’issue sera fatalement la guerre, les massacres en
perspective, la répression par les milices du fascisme ultra libéral
déjà bien engagées et approuvées par les Castaner et Cie, félicitées par
Macron. Face au comportement de mépris affiché par ce Pouvoir en place,
il faut donc s’attendre à la réplique naturelle des maltraités, si le
pas suivant était malheureusement franchi comme Thiers l’avait fait
contre les insurgés de la Commune de Paris, entre le 21 et le 28 mai
1871…

Les observateurs sentent bien que c’est l’étape suivante qui se
profile, compte tenu du comportement « collabo » du pouvoir judiciaire
et celui criminel des milices de Macron, condamnées par les instances
internationales. Même Jacques Attali qui a fabriqué Macron, a pris la
parole dans l’Express du 11 mai 2019 pour avertir son poulain que la
dérive totalitaire engagée allait prochainement avoir des conséquences
désastreuses « violentes » pour les Français et le reste de l’Union
Européenne.

Le sujet des « Gilets-jaunes » ne s’arrête donc pas à ce mouvement
insurrectionnel franco français: il annonce la mutation en cours et la
fin du modèle unipolaire occidental et capitaliste.

Jean-Yves Jézéquel

Introduction du nouveau livre de Jean-Yves Jézéquel qui paraîtra dans quelques jours en France.

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Jean-Yves Jézéquel, Mondialisation.ca, 2019

Voir aussi :

La famine en tant qu’arme: les Etats-Unis ciblent le programme CLAP au Venezuela

L’embargo contre le Venezuela affectera-t-il le gouvernement chaviste? Démonter les mensonges et demi-vérités.



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