Zaher a dit à Haaretz que la lettre avait été envoyée à titre d’étape juridique préliminaire et que si les choses ne changeaient pas, cela mènerait à une requête au tribunal.

Comme Zaher l’a souligné dans sa lettre, lorsque des professeurs étrangers sont acceptés dans les universités d’Israël, l’institution les représente et remplit les formalités administratives, conformément à une règle spéciale pour les visas B1 de chercheur/enseignant. Le premier visa est valide pour une période maximale de deux ans, avec une option de prolongation pouvant aller jusqu’à cinq ans ou plus, les entrées multiples étant autorisées. Le règlement fixe clairement une limite quant à la durée de traitement d’une demande.

Plus qu’un simple atermoiement

En revanche, même sans l’aggravation du processus, le règlement COGAT pour l’entrée dans les enclaves palestiniennes ne fait pas de distinction entre les chargés de cours et les autres visiteurs, et son imprécision permet un grand arbitraire, des atermoiements et un manque de transparence.

L’armée et l’Autorité de la population et de l’immigration ont répondu à une question de Haaretz en disant qu’il n’y a pas eu de changement dans les règles d’entrée pour les enclaves palestiniennes. Au téléphone, COGAT a donné la même réponse.

Cependant, les faits sur le terrain disent le contraire, comme l’indiquent un certain nombre d’articles de Haaretz publiés l’année dernière et les entretiens que le journal a eus avec plusieurs chargés de cours de Birzeit. Ils ont reçu des visas plus courts que le semestre, les visas sont prolongés pour des périodes plus courtes que la norme ou n’ont pas été prolongés du tout, les visas sont à entrée unique, l’entrée à Jérusalem et en Israël est interdite, le temps nécessaire pour traiter le visa ou le renouvellement de visa traîne sans raison claire, et les chargés de cours ne peuvent quitter et entrer par l’aéroport international Ben-Gourion – ce qui rend leurs voyages à l’étranger plus coûteux et compliqués, surtout s’ils doivent aller à de courtes conférences ou effectuer de voyages urgents.

Certains ont également dû payer des dizaines de milliers de shekels à l’administration civile pour garantir qu’ils ne violeraient pas les conditions de leur visa. De plus, tous les conférenciers reçoivent un visa de touriste et non un visa de travail. Ainsi, le chef de l’état civil de l’administration civile demande aux professeurs mariés à des résidents palestiniens de démissionner de leur emploi universitaire en échange d’une prolongation de visa, une demande qu’ils refusent.

À la date de mercredi dernier 10 juillet, neuf des 19 professeurs étrangers travaillant à plein temps à Birzeit depuis 2018 n’avaient pas de visa en cours de validité. Cinq d’entre eux sont restés à Ramallah. Quatre sont partis et ne savent pas s’ils reviendront enseigner cet automne. Sur les 10 qui ont obtenu un visa, trois ont reçu un visa plus court que la période d’enseignement prévue dans leur contrat. Les sept autres ont de la chance. Ils travaillent pour un programme financé par les gouvernements allemand, espagnol, italien et usaméricain, qui ont organisé leurs visas.

Cinq des 13 enseignants à temps partiel n’ont pas reçu de visa, quatre sont partis et ne savent pas s’ils pourront revenir. L’un d’eux est resté. Au Conservatoire national de musique Edward Said, qui fait partie de Birzeit, où 19 étrangers donnent des cours, trois enseignants se sont vu refuser l’entrée pendant l’année scolaire 2018-19, et cinq se sont vu refuser une prolongation de visa.

Tous les enseignants sont des experts dans leur domaine (linguistique, théâtre, chinois, écologie, etc.) qui n’ont actuellement aucun remplaçant en Cisjordanie. Ainsi, ceux qui ont été contraints de partir au milieu de l’année ont continué avec des cours Skype, y compris des cours de violoncelle.

L’une des conséquences traumatisantes de l’odyssée des visas, avant même l’aggravation actuelle des politiques du COGAT, a été le retard d’un an dans l’ouverture d’une école d’infirmerie à Birzeit. L’incertitude nuit à la recherche, aux relations avec les étudiants et à l’humeur générale.

En raison de la situation, il est impossible de participer à des programmes d’échange de professeurs ou d’étudiants avec d’autres universités. Cela fait aussi perdre un temps précieux aux enseignants à naviguer dans la bureaucratie de l’administration civile. Les difficultés d’obtention d’un visa sécurisé font hésiter l’université à choisir des professeurs étrangers, ou elle renonce à certaines spécialisations. De plus, les chargés de cours potentiels sont dissuadés de soumettre leur candidature.

Solidarité et culture

Beaucoup de professeurs étrangers, citoyens des pays occidentaux, ne sont pas vraiment des étrangers mais plutôt des Palestiniens nés à l’étranger ou ayant perdu leur statut de résident en Cisjordanie ou à Jérusalem à cause de la politique israélienne. Ils – et les professeurs non palestiniens – continuent à venir dans les universités palestiniennes pour leur intégrité intellectuelle, plutôt que pour des conditions matérielles attrayantes, dit Ghassan Khatib du département des études culturelles, qui enseigne la politique et la communication. Les salaires sont bas ; toutes les universités sont dans le rouge parce que le financement déjà modeste de l’Autorité palestinienne a été réduit ces dernières années à moins de 1 % de son budget. Certains chargés de cours veulent servir leur peuple ou faire preuve de solidarité ; pour d’autres, c’est une nouvelle expérience culturelle.

« La société palestinienne en Cisjordanie souffre d’une fuite des cerveaux constante » , explique M. Khatib. « Nous, à Birzeit, perdons de trois à cinq de nos meilleurs universitaires chaque année », au profit d’universités étrangères.

M. Kassis ajoute que les vagues d’émigration qu’Israël a imposées de diverses façons au cours des 70 dernières années ont chassé les meilleurs esprits. Il ne s’agit donc pas seulement de chercher de nouvelles perspectives, mais aussi d’avoir besoin des connaissances et de l’expertise des chargés de cours invités de l’étranger.

En outre, au cours des deux dernières décennies, Birzeit et d’autres universités sont devenues des institutions ancrées localement dans les enclaves palestiniennes où elles sont situées : la plupart des étudiants à Birzeit, par exemple, viennent de la région de Ramallah. Plusieurs raisons expliquent cette tendance. La fragmentation de la Cisjordanie par les postes de contrôle militaires et la fermeture de vastes territoires et de routes aux Palestiniens ont modifié la perception palestinienne de l’espace et du temps. Les distances semblent aujourd’hui très éloignées en raison de la longueur anormale du voyage, et en plus de perdre du temps pour se rendre aux postes de contrôle, les familles craignent que leurs enfants n’aient à affronter l’armée et les colons dans des conditions dangereuses. De même, la plupart des parents ont de la difficulté à payer la chambre de dortoir ou le studio de leurs enfants.

Avant 2000, environ un tiers des étudiants de Birzeit et de nombreux professeurs étaient originaires de Gaza. Aujourd’hui, Israël leur interdit de se rendre en Cisjordanie, créant ainsi une monotonie sociale régionale qui est également étrangère à l’idée d’une université. Cela ne fait que souligner le besoin académique et intellectuel de chargés de cours de l’étranger, avec des expériences, des styles d’enseignement et des perspectives différents.

M. Khatib dit que des responsables de l’université ont discuté du problème avec des diplomates étrangers. « Je leur ai dit d’intervenir, qu’il n’y avait pas de problème de sécurité ici. Ils ont dit qu’ils relèvent de leur ministère des Affaires étrangères. Personne n’a promis de soulever la question avec son homologue israélien », a-t-il dit.

« Quand on me demande pourquoi Israël fait cela, je réponds que je ne trouve pas de raison à part le désir israélien d’affaiblir nos institutions et de détruire l’avenir palestinien. Quand ils luttent contre la qualité de l’institution universitaire palestinienne, ils affaiblissent notre avenir ».

Traduit par Fausto Giudice
Merci à Tlaxcala
Source: https://bit.ly/2GB2twO
Date de parution de l’article original: 13/07/2019
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=26660



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