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28 septembre 2020

Algérie: l’armée rejette “catégoriquement” toute exigence “préalable” au dialogue | Brèves



L’armée algérienne, par la voix de son chef d’état-major, a rejeté mardi les conditions posées par la nouvelle “Instance nationale de dialogue” pour lancer les consultations sur les modalités de la présidentielle devant sortir le pays de la crise, minant encore plus un processus critiqué.

“Il n’est plus question de perdre davantage de temps”, a estimé le général Ahmed Gaïd Salah, dans un discours retransmis par la télévision. Il a fustigé “la méthode imposant des préalables allant jusqu’aux diktats. De telles méthodes et thèses sont catégoriquement rejetées”.

Composée de sept “personnalités”, l’Instance nationale de dialogue a été chargée par le président par intérim Abdelkader Bensalah de consultations pour définir les modalités de la future présidentielle devant élire le successeur d’Abdelaziz Bouteflika, qui a démissionné le 2 avril après 20 ans au pouvoir.

Décriée par le “Hirak”, le mouvement de contestation inédit qui agite l’Algérie depuis plus de cinq mois, l’instance a mis en avant les “mesures d’apaisement” qu’elle a exigées avant tout dialogue comme gage de bonne foi.

Parmi ces mesures figurent la libération des personnes arrêtées en lien avec la contestation et l’allègement du dispositif policier lors des manifestations, notamment les barrages qui ralentissent ou empêchent, chaque vendredi, lors de la grande marche hebdomadaire, l’accès à Alger.

Alors que le président par intérim avait – très prudemment – fait part de “sa disponibilité” à “étudier” ou “envisager” ces mesures, le général Gaïd Salah a dénoncé mardi des “idées empoisonnées”.
– “diktats illégaux” -

Concernant “l’appel à libération des détenus, qualifiés à tort de prisonniers d’opinion (…) seule la justice est souveraine” et “il n’est permis à quiconque d’interférer dans son travail et ses prérogatives ou tenter d’influer sur ses décisions”, a martelé le chef d’état-major, véritable homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika, face à un pouvoir intérimaire transparent.

Il a aussi qualifié de “suspect” l’appel à atténuer le dispositif policier: “ces mesures préventives prises par les services de sécurité pour la sécurisation des marches sont des mesures prises pour l’intérêt du peuple et non le contraire”, a-t-il assuré, soulignant “la nécessité d’organiser et d’encadrer les marches afin d’éviter qu’elles soient infiltrées”.

La période d’intérim présidentiel prévue par la Constitution a expiré début juillet, quelque jours après l’annulation, faute de candidats, de la présidentielle prévue le 4 juillet pour élire le successeur de M. Bouteflika.

Le “Hirak” reproche au processus de dialogue de n’avoir pour seul objectif que l’organisation de la présidentielle, alors qu’il exige avant tout scrutin le départ du pouvoir des anciens proches de M. Bouteflika, M. Bensalah et le général Gaïd Salah en tête.

Une revendication à nouveau rejetée par le général Gaïd Salah. La dialogue vise à “réunir les conditions idoines pour la tenue des présidentielles dans les plus brefs délais”, a-t-il martelé mardi.

“Les institutions de l’Etat sont une ligne rouge qui n’admet ni tractation ni préalable ou encore des diktats illégaux”, a-t-il averti, en réponse aux institutions de transition réclamées par les manifestants pour organiser la présidentielle.
– “humiliés” -

Ces institutions “continueront à accomplir leurs missions, jusqu’à l’élection du nouveau président de la République, qui jouira de toutes les prérogatives pour entamer les réformes nécessaires”, a ajouté le chef d’état-major de l’armée.

Cette fin de non recevoir pourrait porter le coup de grâce à un processus de dialogue déjà mal engagé.

Fortement contestée avant même d’avoir commencé ses travaux, l’instance de dialogue a appelé dimanche 23 personnalités à la rejoindre. Mais au moins six d’entre elles, dont quatre parmi les plus susceptibles de la rendre légitime auprès du Hirak, ont d’ores et déjà décliné.

Le coordonnateur de l’instance, Karim Younes, ancien président de la Chambre basse et ex-ministre de M. Bouteflika, a donné jusqu’à la fin de la semaine au pouvoir pour apporter des “réponses concrètes” aux exigences préalables, “faute de quoi il ne sera pas possible d’entamer notre mission”.

“Si les engagements pris par la présidence (par intérim) ne connaissent pas un début d’exécution, le panel se réunira et examinera l’éventualité de la suspension de ses travaux et pourrait même aller jusqu’à son autodissolution”, a-t-il affirmé lundi au quotidien El Watan.

Pour Mohamed Hennad, ancien professeur de Sciences politiques à l’Université d’Alger, les déclarations du général Gaïd Salah signent la fin du processus de dialogue. “L’instance de dialogue devrait, en principe, s’autodissoudre, puisque le chef d’état-major a refusé toutes les conditions” posées, a-t-il déclaré à l’AFP.

“Les membres de l’instance sont humiliés une deuxième fois, après avoir essuyé un refus de la part des personnalités qu’ils ont invitées à les rejoindre”, a-t-il estimé.

En Algérie, les étudiants rejettent à leur tour l’instance de dialogue

Un millier d’étudiants ont manifesté pour la 23ème semaine d’affilée à Alger, proclamant à leur tour leur défiance à l’égard du “dialogue”.

Un millier d’étudiants ont manifesté mardi, pour la 23ème semaine d’affilée à Alger, proclamant à leur tour leur défiance à l’égard du “dialogue” dont le pouvoir algérien a chargé un groupe de personnalités pour tenter de sortir l’Algérie de la crise politique.

Une présidentielle convoquée le 4 juillet pour élire le successeur d’Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril par un mouvement de contestation qui secoue l’Algérie depuis plus de cinq mois, n’a pu être organisée, faute de candidats, et la période d’intérim constitutionnelle a expiré début juillet.

Président par intérim, Abdelkader Bensalah a chargé jeudi une “Instance nationale de dialogue et de médiation” de mener des consultations avec la classe politique, la société civile et le “Hirak” (mouvement de contestation) pour définir les modalités d’une future présidentielle, que refuse les manifestants, tant que les anciens cadres de la présidence Bouteflika sont encore au pouvoir.

“Je ne connais pas les gens de l’instance de dialogue, mais je sais que le peuple n’est pas content. Je l’ai vu vendredi (lors de la grande manifestation hebdomadaire) et je le vois aujourd’hui”, explique Nesrine, 17 ans, drapeau sur les épaules et casquette pour se protéger du fort soleil de juillet.
“Un Etat civil, pas militaire”

“Pas de dialogue avec le ‘gang'” au pouvoir, scandent les manifestants, au milieu d’un fort déploiement policier, en contradiction avec les conditions posées par l’instance avant tout dialogue, notamment celle d’un allègement du dispositif policier lors des manifestations.

“Un Etat civil, pas militaire”, ont-ils également scandé, en référence à la place centrale occupée par l’armée dans l’appareil de pouvoir depuis l’indépendance et à son chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, devenu le véritable homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika après 20 ans de pouvoir.

Initialement composée de six personnes -un ex-président de la Chambre basse et ancien ministre de M. Bouteflika, un ancien parlementaire, une professeure de droit public, un économiste, un syndicaliste et un universitaire- l’instance a intégré dimanche un 7ème membre, présenté comme un “jeune du Hirak” mais largement inconnu.

Déjà fortement contestée, cette instance a aussi appelé 23 autres personnalités à la rejoindre. Mais six d’entre elles, dont quatre parmi les plus susceptibles de la rendre légitime auprès du Hirak, ont d’ores et déjà décliné.

Les étudiants se sont dispersés sans incident en début d’après-midi.

http://fr.directe.ma/124806/algerie-larmee-rejette-categoriquement-toute-exigence-prealable-au-dialogue
https://www.parismatch.com/Actu/International/En-Algerie-les-etudiants-rejettent-a-leur-tour-l-instance-de-dialogue-1639870



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