Sérieux et réservé, il avait bien gagné ce respect, raconte-t-elle. « Il marchait toujours devant, et cela, c’était très respecté. Au combat, il était intrépide et résolu, avec un courage extraordinaire. C’est pourquoi, quand Leclerc lui donna la Légion d’Honneur, il lui dit que, comme cette médaille avait été créée pour les valeureux, il la méritait mieux que personne. Il était juste et savait unir le groupe », souligne-t-elle.

Plusieurs des membres de « La Nueve » – parmi lesquels il y avait de nombreux Catalans – ont raconté comment, en marche vers la Normandie, ils arrivèrent en avance sur le théâtre d’une bataille, et les avions usaméricains commencèrent à les bombarder, les prenant pour l’ennemi. « Granell sortit en courant pour disposer les signaux d’avertissement. Ses hommes vécurent cela horrifiés à l’idée qu’il allait se faire tuer, et convaincus qu’il leur avait sauvé la vie », rappelle-t-elle. Lorsqu’il quitta la compagnie, Dronne assura que c’était une partie de l’âme de « La Nueve » qui s’en allait.

Pourtant, malgré leur place privilégiée lors du défilé, de Gaulle avait déjà lancé l’opération qui devait les effacer de l’Histoire pendant des décennies, pour éviter une guerre civile française. Ce fut dans la nuit du 25, avec son historique : « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec l’appui et le concours de toute la France ».

Ce ne fut qu’en 2014 que, après quelque discrète reconnaissance antérieure, le Président français François Hollande admit publiquement que les premiers soldats à entrer dans Paris avaient été les Espagnols.

Une vie comme un film

Armé de solides convictions républicaines, Granell, qui avait participé à la guerre du Rif, rejoignit l’armée de la République après le coup d’État du 18 juillet 1936 et, après s’être battu pendant toute la durée de la guerre, il quitta l’Espagne sur le « Stanbrook », le dernier bateau qui put sortir d’Alacant [Alicante]. À Oran, il passa par des camps de travail, avant d’intégrer d’abord les rangs anglo-usaméricains, puis les troupes que constituait de Gaulle.

Après la libération de Paris, il resta quelques mois à la tête de « La Nueve », et arriva à se laver les mains dans le Rhin, comme il s’était promis de le faire lorsqu’éclata la guerre, puis il quitta la Compagnie avant qu’elle mette le point final à sa légende en s’emparant du « Nid d’Aigle » de Hitler.

Comme les autres républicains, il vécut avec amertume le refus des Alliés de tenter de libérer l’Espagne. IL resta quelques années à Paris, et on pense qu’il joua le rôle d’intermédiaire entre les dirigeants républicains exilés et Juan de Borbón [père du futur Juan Carlos]. Malgré l’échec de ces plans visant à écarter Franco, on considère comme certain que le Comte de Barcelone fut son « sauf-conduit » lorsqu’il revint en Espagne.

Il le fit en 1952, et finit par gérer une boutique d’appareils électro-ménagers à Alacant avec sa nouvelle compagne. C’est de là qu’il partit le 12 mai 1972 vers Valence, pour essayer de régler au consulat français des problèmes concernant sa pension, mais un accident de la route mit fin à sa vie. Une vie comme un film. Mais, comme le dit E. Mesquida, « chaque membre de « La Nueve » en mérite un ».*

NdlT

*Un membre de « La Nueve » a déjà fait l’objet d’un film, Les Soldats de Salamine, d’après le roman homonyme de Javier Cercas, paru en français chez Acte Sud en 2002 [Babel n° 621 en poche].

Traduit par Rosa Llorens
Edité par Fausto Giudice

Merci à Tlaxcala
Source: https://www.elperiodico.cat/ca/mes-periodico/20190727/el-dia-en-que-la-nueve-republicans-espanyols-va-derrotar-hitler-7567705
Date de parution de l’article original: 27/07/2019
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=26634



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