Contrairement aux années passées, le BAC 2019 n’a pas pu engendrer les mêmes commentaires déroutants sur le niveau excellent des élèves. Le ministère de l’Education nationale aurait-il décider de resserrer les boulons une bonne fois pour toutes ? Non, le BAC reste un papier sans grande valeur donné à une grande majorité de lycéens méritants ou non. Les résultats publiés ce matin font état d’une légère baisse des reçus (avant les oraux de rattrapage), mais ce qui a retenu et retient toujours l’attention, ce sont les professeurs grévistes qui s’opposent à la réforme Blanquer.

Quand les professeurs se mettent en grève contre leur ministère de tutelle, l’expérience montre que leurs revendications sont souvent malvenues. Alors quand ils s’opposent à l’un des rares ministres de l’Education nationale à avoir les épaules et surtout la capacité à faire évoluer dans le bon sens « le mammouth », le cœur penche en direction du ministère. Malheureusement, il faut bien dire que la réforme engagée par Jean-Christophe Blanquer n’est pas à la hauteur et va même accélérer la mort programmée d’un diplôme qui ne représente plus rien.

Un diplôme pour tous ! Et vite !

Avec 77,1 % d’admis avant les oraux de rattrapage, l’édition 2019 du BAC est en légère baisse (- 1,1 %) par rapport à l’année dernière. Cela aurait pu aboutir à une soupe à la grimace dans la mesure où l’objectif (officieux) est d’atteindre un taux de réussite de 100 %. L’objectif fabusien de 80 % est désormais rempli chaque année grâce à des épreuves toujours plus faciles (qui frôlent parfois l’indigence), des notes d’une grande mansuétude, et des rattrapages destinés uniquement à jouer les variables d’ajustement.

Malgré des résultats provisoires en baisse, les bienheureux peuvent se réjouir car une large majorité de lycéens a obtenu le précieux sésame (qui n’ouvre plus aucune porte) dans un contexte très difficile. Imaginez ! Des professeurs chargés de corriger des copies de BAC se sont mis en grève. Ce sont ainsi environ 10 000 copies qui n’ont pas été notées, ce qui n’a étrangement pas empêché tous les candidats de figurer sur les listes des résultats… Notes inventées pour quelques milliers de copies… Bravo l’égalité républicaine !

C’est d’ailleurs pour sauver ce beau principe déjà presque entièrement enterré que plusieurs centaines de professeurs-correcteurs ont décidé de procéder à une grève des notes. Il faut dire que la réforme Blanquer fait fi de ce qu’a été et de ce que doit être le baccalauréat : un diplôme signifiant que distingue les bons élèves des mauvais. Le BAC ne veut plus rien dire ? Allons jusqu’au bout de la logique semble dire le ministre ! Pour cela, on accentue encore la part du contrôle continu au détriment d’épreuves nationales et on se retrouve avec un diplôme dont les critères varient sensiblement d’un établissement à l’autre.

Comme tout est relatif dans notre monde si complexe, un 18 sur 20 dans une ZEP où une heure de cours se transforme généralement en bras de fer pour maintenir un semblant de discipline équivaudrait à un 18 sur 20 dans un lycée réputé qui oblige ses élèves à aller au-delà des programmes officiels afin de ne pas lâcher dans la nature de jeunes adultes sans aucun bagage intellectuel. Tout se vaut pour le ministre qui a raison de ne pas céder à une poignée de grévistes, mais dont la réforme va achever un diplôme aux allures de coquille vide.

Quel avenir pour cette édition 2019 et les suivantes ? Les grévistes ont d’ores et déjà décidé de remettre les copies manquantes ce lundi en faisant valoir qu’un retour à la grève était possible… Une grève qui n’aura servi à rien in fine si ce n’est à faire croire aux lycéens et à leur famille que seul Blanquer travaille pour eux. Si offrir un diplôme sans valeur à des millions de futurs précaires constitue un travail, alors le ministre doit se voir décerner le prix de l’employé du mois.



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