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26 novembre 2020

Le pari fasciste du grand capital



Le fond : la crise du capital

Il est impossible de comprendre ce qui se passe si on ne met pas en rapport cette évolution en tant que crise de sénilité avec l’impasse dans laquelle se trouve le capitalisme mondial.

Pour retracer superficiellement la racine de ce problème, il faut répéter que l’accumulation mondiale s’est essoufflée et on ne voit pas de signe à l’horizon qu’elle puisse retrouver les rythmes nécessaires à la valorisation du capital. Le capitalisme a submergé le monde et s’est développé jusqu’où il a pu. Il se heurte maintenant aux limites de sa propre croissance : taux de profit en recul, gigantesques capitaux sans valorisation possible, marasme.

L’ « agitation sociale » ou la fin de la « paix sociale », c’est-à-dire la recrudescence de la lutte de classes, sont des facteurs qui accompagnent cette décadence et qui entrent dans les calculs politiques de la bourgeoisie. Anticipant l’éventualité d’actions de masse d’envergure, le capital tente de se doter de moyens qui assurent la stabilité et l’efficacité du pouvoir, en se libérant de règles incommodes.

L’exception démocratique

C’est dans le but de tenter de mettre fin à cette stagnation et de prévenir les risques de vagues révolutionnaires que les projets politiques de la bourgeoisie se transforment. La démocratie représentative, glorifiée comme modèle et sommet de la « civilisation », est finalement périssable, accompagnant de près la décadence du système économique.

En effet, il n’est pas inutile de rappeler que, dans les métropoles impérialistes, le pouvoir exercé dans sa modalité démocratique ne s’est implanté et n’a survécu que dans le contexte d’un progrès matériel continu, c’est-à-dire d’une accumulation croissante du capital. Un tel système politique s’est rarement implanté ou a duré longtemps dans les pays de la périphérie capitaliste.

C’est l’exploitation sans frein, colonialiste et impérialiste, des périphéries qui a permis de nourrir (au double sens matériel et idéologique) les régimes démocratiques établis dans les centres d’accumulation du capital. Le « modèle » démocratique bourgeois est, à l’échelle du monde et de l’histoire, une exception dont jouissent les peuples des métropoles impérialistes.

Globaliser c’est niveler par le bas

À présent, la crise généralisée, la stagnation actuelle, a apporté dans les métropoles capitalistes ce qui était attribué au « sous-développement » : inégalités colossales et croissantes, pauvreté en augmentation, chômage permanent, services sociaux dégradés… En même temps, elle a aussi apporté la crise des systèmes politiques qui fondent leur existence sur le progrès matériel et lui doivent leur stabilité.

La fin de ce progrès matériel a commencé à détruire les bases du réformisme bourgeois, social-démocrate et « socialiste », et de tout l’appareil politique et partisan qui l’avait encadré. C’est ce que montrent les pertes électorales des partis du « centre ». Mais, au-delà, la crise touche maintenant la base du régime démocratique même. La démocratie bourgeoise, la forme la plus parfaite de domination du capital sur les masses travailleuses, est entraînée à sa perte par la crise du système social capitaliste.

Deux pas dans la même direction

Si l’on essaie de mettre les événements en perspective, on voit que l’élan appelé néo-libéral, commencé dans les années 1980, fut un premier mouvement dans la direction d’une libération du capital de ses entraves, dans sa confrontation avec le travail (2) – parvenant de fait à repousser pendant deux décennies l’explosion, en 2007-2008, de la crise qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui.

L’épuisement de cet élan exige maintenant de la bourgeoisie un pas de plus vers la droite. Un pas qui, de son point de vue, dépasse, cette fois définitivement, les blocages et l’inefficacité du démocratisme qui subsiste encore (3).

C’est dans cette atmosphère de décadence que les nouveaux fascismes surgissent avec des solutions brutales, dans la tentative de lutter contre l’augmentation des luttes de classe dans leurs diverses manifestations – dont les migrations de masse sont un exemple, et ce n’est par hasard si elles sont tellement attaquées par les fascistes.

L’objectif, il faut le répéter, est de créer un nouveau cadre institutionnel plus favorable à l’exploitation du travail et à la relance du capitalisme – un projet de pouvoir, fondé sur la violence de classe. Il ne faut rien de moins à la grande bourgeoisie de notre époque, de plus en plus réduite en tant que classe, et justement hantée par le fantôme de la révolte sociale. (4)

Ni les réformes ni le passéisme ne sont des solutions

Nous sommes donc devant une vague de fond qui bouscule les équilibres mondiaux qui existaient jusqu’à il y a peu, redessinant la carte des affrontements entre grandes puissances, principalement les puissances impérialistes, et place les travailleurs et les peuples face à de nouveaux défis.

C’est pourquoi la voie de type social-démocrate réformiste, qui permet d’introduire des « améliorations » dans le système politique, n’est pas, en elle-même, une solution, car elle s’obstine à ignorer la racine du problème. La récente tentative des partis socialistes européens de mettre sur pied un « front » avec la droite libérale – comme celle qui est représentée en France par Macron – dans le but de faire opposition au bloc fasciste, est un signe de faiblesse et non de force des partis dits du « centre », qui se trouvent ainsi attachés à la même dérive droitière de la droite traditionnelle.

Le nationalisme et le patriotisme défendus à gauche (5) se montent eux aussi incapables d’arrêter la croissante vague fasciste. Soit parce qu’ils sont une tentative de fuite, irréalisable, vers une époque de « capitalisme national » qui n’existe plus et n’existera plus, soit parce qu’ils alimentent le mirage d’une transformation « par l’intérieur » des institutions du capitalisme européen. Dans leurs diverses tonalités, ils préservent l’illusion que le pouvoir impérialiste de l’UE peut être, ou contourné par un retour au passé national, ou modéré au nom « des personnes », de la « raison » ou des « gains civilisationnels ».

Ces courants, communément appelés de gauche, sont la gauche du régime, il faut le préciser. C’est-à-dire qu’ils sont la gauche possible dans les limites des institutions démocratiques bourgeoises. Et c’est cette situation qui les empêche d’aborder, devant les masses travailleuses, l’objectif de dépasser – à travers une révolution sociale anticapitaliste, socialiste – l’impasse où le capitalisme a conduit le monde d’aujourd’hui.

C’est dans ce vide, auquel a aussi contribué la désorganisation et l’absence de programme de la gauche révolutionnaire européenne, que l’extrême-droite a avancé, sans contrepoids à la hauteur jusqu’à maintenant.



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