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3 décembre 2020

Pinault : un ambassadeur macronien encombrant au service du green-washing



L’hagiographie d’Emmanuel Macron aime à affirmer que l’actuel président est parti de rien pour atteindre les sommets de la politique. Il s’agit là d’un récit fantasmé, mais la politique est faite de petits arrangements fictionnels et de grandes manipulations. Dans quelle catégorie ranger la nomination de François-Henri Pinault à la tête d’une mission pour réduire l’impact sur l’environnement de l’industrie du luxe? Une nomination qui n’a rien à voir avec le hasard et qui rappelle que le green-washing est bien l’une des mamelles les plus utilisées d’élites politiques et économiques aux comportements fort peu recommandables.

Le « champion de la Terre » aurait-il enfin enfanté des petits génies plus doués pour les actes que pour les grands discours sans lendemain ? Englué dans une transition énergétique qui n’avance pas – contrairement à la pression fiscale exercée sur les citoyens et destinée à la nourrir – Emmanuel Macron croit avoir trouvé la parade qui lui permettra de gagner du temps et des voix aux prochaines européennes. Le 12 mai dernier, Brune Poirson (la secrétaire d’Etat à la Transition énergétique qui manifeste devant son propre ministère avec les lycéens) a annoncé que le milliardaire François-Henri Pinault avait été mandaté par le président de la République pour rendre le marché du luxe bien moins polluant. Une nomination qui pourrait faire sourire si la sauvegarde de l’environnement n’était qu’un produit marketing comme on le croit du côté de l’Elysée…

 

La Macronie et Pinault amoureux du green-washing

Car si ces derniers mois ont fini de prouver que la puissance publique ne s’intéresse pas vraiment à la baisse de la pollution et à la préservation de l’environnement, que dire d’une telle nomination et de son curieux timing ? Comme l’a rappelé Brune Poirson, « Le secteur (du luxe) est le deuxième secteur industriel le plus polluant au monde. Il faut lui donner une direction » et cette dernière sera donnée par le numéro deux mondial du luxe : Kering. Une mission que s’est donc empressé d’accepter son PDG François-Henri Pinault trop heureux de redorer un blason pas mal terni ces derniers mois. Se prêter à une vaste opération de green-washing ne peut pas faire de mal d’autant qu’elle est sponsorisée par le plus haut représentant de l’Etat.

Le luxe et le groupe Kering en particulier doivent se refaire une virginité verte, car l’industrie de la mode n’épargne pas la planète et se paie même le luxe (forcément) de brûler les (nombreux) invendus. On produit, on vend et on brûle tout ce qui n’a pas été acheté. Un cycle de vie bien curieux à l’heure où les citoyens sont appelés à plus de responsabilités dans leurs comportements quotidiens. Pinault doit donc convaincre ses pairs de produire mieux et de ne pas brûler tout ce qui reste. Le tout sera emballé dans un joli « fashion act », lequel sera présenté le plus sérieusement du monde à Biarritz, fin août, à l’occasion du prochain G7.

Autant le dire tout de suite, cette mission arrange tout le monde. Macron pourra s’installer à la table du G7 avec un « fashion act » qui ne l’engage à rien tandis que Pinault pourra clamer sur tous les toits que le respect de l’environnement dans le secteur du luxe, c’est son œuvre personnelle ! Un jeu gagnant-gagnant où le green-washing permet de nouveau de faire des merveilles. Pourtant, cette opération parviendra-t-elle à faire oublier le vrai visage de Kering ? C’est ce qu’on espère chez les Pinault mais aussi à l’Elysée qui n’a attendu que trois jours et la fin des ennuis judiciaires de Kering avec la justice italienne pour faire connaître cette mission aux accents bidons.

 

L’évasion fiscale, antichambre de la protection de la planète ?

Car en attendant d’être un modèle d’écologie, François-Henri Pinault est plus connu pour sa propension à soustraire de l’argent au fisc. Pris la main dans le sac en Italie via sa filiale Gucci, Kering a longtemps caché et nié le fait qu’il s’était engagé dans un vaste travail d’évasion fiscale. Mediapart a utilisé à juste titre l’expression de « travail d’orfèvre » puisque profitant d’un accord fiscal signé entre Gucci et le canton suisse du Tessin avant le rachat par Kering de la firme italienne, les têtes pensantes du groupe se sont dit qu’il valait mieux payer ses impôts en Suisse (taux d’imposition de 8 %) plutôt qu’en Italie (25 %) ou en France (33 %). Les ventes réalisées en Italie ? Taxées en Suisse grâce à des montages financiers alambiqués auxquels s’est finalement intéressé le fisc italien.

Les services romains ont bien fait puisque c’est plus d’un milliard d’euros d’impôts qui manquaient à l’appel. Pris la main dans le sac Gucci, Kering a préféré négocier une amende de 1,25 milliard d’euros plutôt que de passer entre les mains de la justice italienne. Le Budget italien a récupéré son dû, accompagné d’indemnités et de pénalités et les contribuables français sont en droit de s’interroger sur l’absence de réaction du côté de Paris. En effet, les montages financiers plus que douteux ont permis d’échapper au fisc italien, mais aussi français. Les filiales de Kering Yves Saint Laurent et Balenciaga sont soupçonnées d’avoir eu recours à de telles pratiques pour laisser 180 millions d’euros en dehors des radars du fisc français. De lourds soupçons pèsent sur Kering, mais Bercy freine des quatre fers et aucune enquête judiciaire n’a été ouverte à ce jour.

Cette position française est d’autant plus curieuse que les gouvernements successifs rabâchent que l’évasion fiscale est un fléau qui coûte des dizaines de milliards d’euros à la collectivité chaque année. Tous les gouvernements ? A y regarder de plus près, l’exécutif actuel ne semble pas très concerné. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, minimise l’ampleur du phénomène et estime que les experts qui l’évaluent entre 80 et 100 milliards d’euros par an se trompent. Un ministre pas très bon en maths qui oublie par ailleurs de dire qu’il entend réorienter les contrôles fiscaux afin de faciliter la tâche aux grandes entreprises. La boucle est bouclée. L’Etat et l’ami Pinault sont à la fois blancs comme neige sur le plan fiscal et verts comme les arbres qu’ils n’aident en rien à préserver. Le mariage parfait de la politique et des affaires.





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