En ce mois de mai maussade, il y a un papy qui fait de la résistance. Malgré le froid, la pluie et la solitude, Gérard Collomb continue de se battre et de faire du Collomb. Une politique plutôt originale puisqu’il s’agit d’afficher sa proximité avec le pouvoir tout en signifiant bien qu’on préfère rester à distance avec pour garde-fous des critiques à peine dissimulées contre sa Majesté jupitérienne. L’ancien paumé de la place Beauvau reprend le micro et son successeur n’est pas le dernier à avoir les oreilles qui sifflent. Savoureux venant d’un homme qui a exposé son incompétence aux yeux de tous.

Il y a des mises au vert qui n’effacent pas le passé ni les rancœurs. Celle à laquelle se plie désormais Gérard Collomb en fait partie. Celui qui a préféré revenir sur ses terres lyonnaises pour mieux survivre à la chute d’une Macronie qu’il a largement contribué à fabriquer n’a pas tourné la page d’une longue (mais en fait courte) et pénible (surtout pour les Français) expérience ministérielle. Spécialiste de rien et mauvais en tout, c’est finalement au ministère de l’Intérieur qu’a commencé et que s’est terminée la vie de ministre pour Gérard Collomb. Un poste qu’il n’aurait jamais dû obtenir – tout comme son successeur – mais qui a permis de mettre un fidèle à un endroit très sensible.

Emmanuel Macron ou l’amour déçu d’un vieillard lyonnais

La fidélité est encore de mise, mais il est peu de dire que l’amertume s’est emparée de celui qui pensait enfin sortir de son trou lyonnais. Invité à s’exprimer sur les ondes d’Europe 1, Collomb n’a pas réussi à prétendre que les coups durs du passé étaient oubliés. L’ancien ministre estime qu’« aujourd’hui, il (Macron) est en difficulté, avec une crise interne et une situation complexe au niveau international ». Un diagnostic juste, mais ni sévère ni profond. Un manque d’analyse qui est juste saupoudrée d’une crise des gilets jaunes qui a « contribué à troubler son image ». C’est faux puisque le mouvement des gilets jaunes a permis d’obtenir la confirmation définitive que Macron se fout éperdument des Français et qu’il n’est au pouvoir que pour servir les intérêts d’une petite caste.

Emmanuel Macron « en difficulté » et qui rétablirait les ponts avec Collomb « quand les temps deviennent difficiles ». « Peut-être suis-je un homme des choix difficiles » plaide avec gourmandise le septuagénaire aux idées un peu embrouillées. En effet, l’analyse perspicace n’est pas le fort de celui qui se présente toujours comme le phare personnel d’un président à la dérive. Ce dernier a pu « se rendre compte que le pays était plus complexe qu’il ne le pensait, avec quelques métropoles qui vont de l’avant, mais une France périphérique en profond désespoir dont il faut tenir compte ». Sauf que les « quelques métropoles » en question ne sont constituées que de Paris (non, Lyon, n’est pas l’eldorado fantasmé par Collomb) et le désespoir touche l’ensemble d’un pays qui n’est pas écouté depuis des décennies et qui est désormais méprisé. Il va falloir que le jeunot travaille sérieusement pour « tenir compte » de ce que souhaite vraiment le pays.

Les conclusions personnelles tirées du grand débat vont dans le sens inverse des aspirations françaises et on pourrait penser que Collomb a finalement raison lorsqu’il affirme que même Brigitte « voit plus la réalité de la France », car elle sort plus que son président de mari. La France de la jet set et de Mimi Marchand plus ancrée dans le réel que la forteresse élyséenne qui n’a plus été approchée par un civil non encartée LREM depuis six mois… Le pouvoir est enfermé à double tour et le successeur de Collomb n’y est pas pour rien. Un ministre qui doit « faire attention » et qui doit « être totalement inattaquable » selon le papy du Rhône. Trop tard, Castaner est grillé et sautera à la première grosse affaire post-européennes. A croire que occupants de la place Beauvau deviennent rapidement des boulets d’une Macronie dont les meetings n’intéressent même pas ses fidèles.

Eh oui, comme le dit Collomb, « J’ai été sollicité par le président le 8 mai au soir pour participer au meeting du 9 mai à Lyon (…) J’étais prêt à répondre favorablement dès lors que les modalités d’organisation étaient définies en commun ». Du haut de ses 71 ans, n’a-t-il pas compris que les invitations de dernière minute sont celles qui signifient qu’on est convié à contrecœur ? Heureusement que l’ego de l’ancien ministre est à l’image de son ex-poulain et que sa volonté contrariée d’être le seul Lyonnais à prendre la parole au cours de ce meeting a empêché sa venue. La Macronie victime d’une « Blitzkrieg » de papy « Gégé » ? Non, elle est juste victime de ses contradictions et de son incapacité profonde à vouloir faire le bien.





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