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23 September 2019

Temime, l’avocat qui crache sur la tombe de Jacques Vergès. — Jacques-Marie BOURGET



Pascale Robert-Diard, critique du théâtre judiciaire pour « Le Monde », n’échappe pas à la jouissance quand elle monte. Celle qui habite aussi ses équivalents qui opèrent à l’Opéra-Bastille quand le ténor entame son solo. Le 4 avril en salle d’audience du TGI de Paris, nous venons d’assister au dernier acte du procès Bernard Tapie. Encore envahie par l’émotion que provoque la voix pur stradivarius de Maître Hervé Temime, la plume bouillante, la journaliste transmet à ses lecteurs le bonheur de la musique entendue. Pascal Robert-Diard est subjuguée. Et c’est dommage que les robes noires n’aient pas droit aux rappels et au salut avant que le rideau tombe. Sous le titre « Au procès Bernard Tapie, son avocat met en pièce le dossier d’accusation », la dame de presse donne à lire à ses lecteurs un papier publié en mots de dithyrambe. Tapie est innocent et Temime est son prophète. C’est le droit le plus sacré, pour madame Robert-Diard ou pour Cyril Hanouna, d’écrire ce qu’ils veulent. Et nous saurons le 9 juillet, jour du verdict, en quelles « pièces » l’accusation a été « taillée » : drame ou vaudeville…

Ce qui nous intéresse dans ce feuilleton Tapie, ce n’est pas la prévarication qui lui sert de trame, mais une phrase prononcée par ce Temime. La ravie Robert-Diard écrit dans son quotidien -jadis de « référence »- : « Me Temime s’offre le plaisir d’une digression cruelle : « Je me souviens d’un dessin du Monde dans lequel Georges Ibrahim Abdallah et Klaus Barbie se croisaient en prison. “Toi aussi tu as eu Jacques Vergès comme avocat ?, demandait le premier. Oui, il est mauvais et en plus il est cher”, répondait le second… » ». Voilà le moche, le honteux, le dégueulasse, le lâche : un avocat qui s’en va cracher sur la tombe d’un confrère mort. Une telle allusion à ce dessin, qui aurait donc décrit la nullité et la cupidité de celui qui fut un compagnon de De Gaulle, à Londres, alors qu’il n’avait que 17 ans, est un déshonneur pour celui qui la profère. Bien sûr, personne n’a moufté. Pensez-donc, Maître Temime, c’est mieux que du mètre cinquante, c’est du géant. Chaque mot coûte cher dans sa bouche coupante comme le diamant. Le Conseil de l’Ordre a continué de dormir et le tribunal mis ses nez dans le pupitre. S’en prendre à un mort est donc une valeur du Nouveau monde. Et du nouveau « Monde » qui n’a pas protesté.

Passons l’insulte, elle aurait fait rire un Vergès rompu à la fréquentation des nains. D’ailleurs, disparu depuis six ans, il ne va pas tarder à revenir, c’est dans ses habitudes. Mais attachons-nous au fait. Au risque de fake pris par l’immense avocat : Temime nous dit qu’il a vu ce dessin, Barbie et Abdallah étrillant Vergès, dans « Le Monde ». Aujourd’hui, 29 avril, après toutes les recherches possibles, personne n’a retrouvé ce graffiti. N’existerait-il pas ? Mais il y a pire, et espérons que Temime est meilleur en droit qu’en logique, qu’en chronologie, qu’en histoire…

Pour Vergès la défense du Bourreau de Lyon était sa façon de dire à notre humanité : « Comment voulez-vous condamner Barbie sans jamais avoir jugé Bousquet, Papon et Aussaresses ? ». Je me répète mais, résistant puis soldat de l’Armée de Libération, l’avocat expert en « rupture » n’avait aucune leçon à recevoir sur le thème du nazisme, de l’antisémitisme. Et, en février 1983, notre fumeur de cigares a défendu Barbie, en toute logique, dès que le barbare des Gaules, extradé de Bolivie, a mis un pied à Lyon.

Georges Ibrahim Abdallah, lui, est arrêté dans cette même ville le 24 octobre 1984. Il est donc fort possible que le nazi et le révolutionnaire aient été dans la même prison, à Montluc. Sauf que l’assassin des enfants d’Izieu, celui de Jean Moulin, était confiné en cellule… Passons sur l’improbable pour une suite plus édifiante. Après avoir été jugé en correctionnelle le 10 juillet 1986, le compagnon de route de la Palestine est transféré à Paris où, en février 1987, il comparait devant une « Cour Spéciale », qui le condamne à la perpétuité.

Avançons lentement, afin que maître Temime et madame Robert-Diard puissent suivre. Pendant ce procès de Paris, dans une préfiguration de ce qui deviendra la Cour Antiterroriste, l’avocat d’Abdallah n’est pas Vergès mais, dans la totale ignorance de l’accusé, un agent de la DGSE nommé Jean-Paul Mazurier ! Vergès n’a jamais plaidé pour ce membre du Front de Libération de la Palestine même si, plus tard, il est devenu son avocat. Défenseur pour l’ordinaire : les visites en prison et les demandes de mise en liberté, toujours vaines. Pour reprendre le scénario du dessin, qu’on aimerait que Temine nous montre, Vergès n’as pas « été mauvais » ni « coûté cher » dans le dossier Abdallah, puisqu’il ne l’a jamais défendu dans un prétoire. C’est clair ou avez-vous besoin d’un dessin ?

Mais Temime a raison, il faut être vigilant quand on parle d’argent. Sous le titre « Hervé Temime, l’avocat des puissants », article signé dans « Les Echos » par

Valérie de Senneville, j’ai trouvé un portrait du ténor dont le contre ut enchante Pascale :
« Son cabinet affiche l’un des plus beaux tableaux de chasse du barreau de Paris. On ne compte plus les chefs d’entreprise (Alain Afflelou, Jacques Servier, Guy Wildenstein…) et les stars (Gérard Depardieu, Roman Polanski, Nathalie Baye, Laura Smet…) qui ont fait appel à lui. Un soupçon de finance, une pincée de people, la recette pour briller à Paris. L’avocat est bon, et on le sait. Il le sait. Hervé Temime n’a plus rien à prouver, mais a toujours peur de perdre ses dossiers :

« Quand vous défendez des hommes d’affaires, politiques, médecins, artistes pour lesquels l’irruption de la justice est totalement inattendue, la relation humaine, la prise en charge psychologique de cet évènement souvent traumatisant est déterminante », explique-t-il. »

Vous avez compris que ce petit frère des riches a toutes les bonnes raisons de s’occuper des deniers du révolutionnaire Abdallah, c’est sa cause. Un militant que Vergès soutenait gracieusement. Bien sûr. Comme il défendait, jadis, ces condamnés à la guillotine (celle de Mitterrand), héros du FLN ; juste pour l’honneur de la justice. Une vertu et un courage qui étaient absents le 4 avril au TGI de Paris, où on jugeait un héros en euros, Bernard Tapie.

Jacques-Marie BOURGET





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One Response “Temime, l’avocat qui crache sur la tombe de Jacques Vergès. — Jacques-Marie BOURGET”

  1. 30 April 2019 at 22 h 02 min

    Ne manque qu’une citation de Jacques Vergès: “On empêchera jamais un nain de pisser sur une statue. C’est d’ailleurs le sort de toutes les statues que de recevoir les mixtures des nains’

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