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20 July 2019

Les USA pourront-ils dépasser les exportations pétrolières de la Russie?




Malgré les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie sur les perspectives positives pour la production pétrolière américaine de nombreux facteurs indiquent que le «miracle de schiste» US est épuisé. La Russie risque-t-elle de perdre son leadership? Et pourquoi la révolution de schiste ne connaîtra-t-elle pas de seconde vague? Éléments de réponse.

Les promesses

Selon les prévisions de l’AIE, les USA devraient se transformer en un exportateur net de pétrole et de produits pétroliers d’ici 2021, et dépasser la Russie en 2024. Cette augmentation sans précédent de la production d’hydrocarbures liquides devrait «permettre à l’Amérique de devenir une locomotive de l’offre sur le marché pétrolier», précisent les analystes de l’agence.

En matière de production, les Américains ont déjà doublé les Saoudiens en mars 2018 (9,96 millions de barils par jour contre 9,92 millions) pour la première fois depuis plus de 20 ans, écrit l’AIE. Et en août, grâce à une hausse record de la production (jusqu’à 11,3 millions de barils par jour), les États-Unis ont devancé la Russie (11,2 millions), ce qui n’était pas arrivé depuis 1999.

Toutefois, en septembre déjà, la Russie a repris la tête du classement. Cependant, affirme l’AIE dans son rapport, l’industrie pétrolière américaine est prête à effectuer une nouvelle percée.

«A l’horizon 2024, les États-Unis seront à l’origine de près de 70% de la croissance des capacités de production dans le monde. Cela ajoutera au marché un total de 4 millions de barils par jour», prédisent les experts de l’agence.

La production de schiste sera le moteur principal de cette évolution. «La seconde vague de la révolution de schiste américaine approche», affirme Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE.

Les doutes

Selon l’AIE, si l’accord Opep+ n’était pas prolongé pour un second semestre, d’ici 2021 la Russie augmenterait sa production jusqu’au record de 11,8 millions de barils par jour grâce à l’exploitation de nouveaux gisements de la compagnie Rosneft, ainsi qu’à la production de condensat de gaz sur les gisements de Messoïakha, de Kouïoumbine et dans le cadre du projet Yamal GNL de la compagnie Novatek. La production commencera alors à diminuer, jusqu’à 11,6 millions de barils par jour d’ici 2024 à cause de la réduction de la production sur les anciens gisements.

Les analystes de VTB Capital sont d’accord avec les prévisions à l’horizon 2021 mais précisent que cette tendance sera suivie d’une hausse de la production et pas d’un déclin, car «toutes les conditions sont réunies».

«L’indice journalier augmentera encore un peu pour atteindre 11,9 millions de barils par jour, essentiellement grâce à l’exploitation de nouveaux actifs de Rosneft (Tagoulskoe, Iouroubtcheno-Takhomskoe et Rospan), du gisement de Kouïoumbine (contrôlé par Rosneft et Gaprom neft), ainsi qu’à l’augmentation de la production de Tatneft», estime VTB Capital.

Les experts doutent également du potentiel de la seconde vague de la révolution de schiste aux USA. «Les États-Unis sont la seule région où une hausse considérable de la production est possible, mais d’ici six ans elle sera entièrement absorbée par l’augmentation de la demande», indiquent les analystes de BKS.

Quant à la Russie, l’année 2018 a marqué un record avec 11,5 millions de barils de pétrole par jour et 733 millions de mètres cubes de gaz. Au total, les exportations de ce dernier ont augmenté de 9,3% pour atteindre 245 milliards de mètres cubes.

Les principaux acteurs du marché pétrolier mondial sont également convaincus que la Russie restera le plus grand exportateur de pétrole et de gaz.

Ainsi, selon les prévisions de la britannique BP, dans 20 ans la Russie comblera 5% de la demande mondiale en hydrocarbures primaires et produira jusqu’à 14% de pétrole et de gaz. Sa production pétrolière devrait augmenter jusqu’à 12,5 millions de barils par jour.

Le schiste, une ressource problématique?

La révolution de schiste a effectivement donné une puissante impulsion au marché pétrolier américain, mais en 2014 la production a chuté car l’effondrement des prix a sapé les projets dans ce secteur. C’est seulement quand la Russie, l’Arabie saoudite et encore une vingtaine de pays sont convenus d’équilibrer le marché mondial en régulant leur propre production, et que les prix sont repartis à la hausse, que le secteur du schiste a commencé à relever la tête aux USA.

A présent, la production pétrolière américaine a égalé celle de la Russie à 11,5 millions de barils par jour, en grande partie grâce au boom de schiste. Toutefois, précise le Wall Street Journal, il est extrêmement difficile de maintenir une production aussi élevée car les opérateurs doivent pour cela forer de plus en plus de puits, ce qui nécessite des dépenses colossales.

Problème: les producteurs de schiste n’ont pas d’argent. Depuis octobre, le cours du pétrole brut a chuté de presque 40% et ils sont forcés de réduire les dépenses. De plus, les investisseurs ont tourné le dos au secteur.

«Les milliers de puits de schiste forés ces cinq dernières années pompent moins de pétrole et de gaz que leurs propriétaires ne l’avaient promis aux investisseurs. Cela remet en question les perspectives et la rentabilité du forage de schiste auquel sont liés les espoirs de transformer les USA en superpuissance pétrolière», écrit le WSJ.

En 2018, les investisseurs déçus ont placé deux fois moins d’argent dans ce secteur qu’en 2016. Face à ce manque de financement, les producteurs de schiste se sont serré la ceinture en réduisant le budget pour l’année en cours pour la première fois depuis plusieurs années.

D’après les experts, les compagnies de schiste sont dans un cercle vicieux car la particularité de cette branche est l’épuisement rapide des puits. Peu de temps après le forage, la production chute et il n’est plus question d’atteindre de nouveau la productivité initiale.

La dépendance absolue envers le cours pétrolier est un autre grand problème de ce marché. Comme l’a noté le patron de BP Robert Dudley, c’est un «marché sans cerveau» qui réagit uniquement aux prix.

Avec un baril WTI aux alentours de 57 dollars, même une hausse mineure du coût des emprunts suffit pour que certaines compagnies se retrouvent privées de tout bénéfice potentiel. Et les compagnies de schiste le reconnaissent elles-mêmes: elles ont besoin d’un baril supérieur à 60 dollars.

Cependant, même en cas de conjoncture tarifaire favorable, le potentiel de la production de schiste est fortement limité. Comme l’a récemment déclaré John Hess, patron de la grande compagnie de schiste américaine Hess, après l’épuisement des réserves il faudra tirer un trait sur le pétrole de schiste en tant que locomotive du marché pétrolier américain.





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