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7 mars 2021

Acte XV : Macron chausse ses bottes d’agriculteur



L’acte XV des gilets jaunes a été un succès à double titre. La mobilisation a quelque peu augmenté (selon les chiffres du ministère de l’Intérieur) et les violences ont été très sporadiques montrant que quand la police fait correctement son travail, les choses se passent bien. Mais pour trouver la perfection, il fallait se rendre porte de Versailles à Paris pour y voir Emmanuel Macron déambuler dans un Salon de l’agriculture étrangement calme. Un véritable village Potemkine créé pour donner l’image d’un président qui a remonté la pente et qui est apprécié des humbles travailleurs de la terre.

Ce samedi 23 février avait une actualité doublement chargée. Pour le 15e samedi de suite, les gilets jaunes sont descendus dans la rue afin de rappeler au Gouvernement qu’on ne nourrit pas le peuple en lui balançant les miettes d’un festin qu’on a payé en le ratiboisant. Un rappel salutaire, mais qui a été superbement ignoré par Emmanuel Macron qui a pour une fois délaissé La Lanterne pour faire le beau au Salon de l’Agriculture. Une opération communication réussie pour un président qui aurait dû fuir sous les huées, mais dont les équipes avaient fait un sacré bon ménage avant sa venue.

Tout va bien dans le village Potemkine

Le Salon de l’Agriculture offre quelques scènes assez réjouissantes depuis plusieurs années. Les hommes politiques et surtout les présidents y viennent dispenser quelques phrases et promesses rassurantes avant de rentrer chez eux avec pour seule préoccupation de se débarrasser de l’odeur de bouse qu’ils croient avoir attrapée au contact des vaches. Les agriculteurs et les éleveurs sont pris pour des moutons et n’hésitent plus à afficher les politicards qui se moquent d’eux. 2019, l’année de l’implosion de Jupiter, a pourtant réservé une grosse surprise.

Venu dire à quel point il respecte le travail des agriculteurs et des éleveurs, Macron n’a pas trouvé un seul mécontent dans les allées du Salon. A croire que tout va bien après des années de crise. Une grâce de Macron qui a permis aux enseignes de l’agroalimentaire de faire grimper les prix en flèche avec comme excuse de mieux rémunérer les producteurs. Il s’agit d’une fumisterie dans laquelle producteurs et consommateurs sont les dindons de la farce. Les huées auraient dû couvrir le passage de Macron à chaque stand, mais rien. Juste un retraité qui s’est effondré en larmes face à celui qui lui fait les poches.

Comment expliquer un tel phénomène ? Cela n’a rien de naturel. Les fédérations et syndicats avaient reçu pour mot d’ordre de se taire pour ne pas indisposer sa majesté et espérer des gestes un peu concrets en retour. Ils n’auront eu droit qu’à un show de plus de dix heures pendant lequel l’Union européenne a été encensée. Sans l’UE, c’est la fin de la paysannerie française… Il faut espérer que Griveaux ait assisté à tout cela depuis son bureau (protégé aujourd’hui). Il aura ainsi eu l’occasion de voir ce qu’est un festival de « contre-vérités ».

Les exposants neutralisés, il ne restait plus qu’à s’assurer que le public ne soit pas hostile. C’est ainsi que tous ceux qui ont osé approcher du Salon de l’Agriculture avec un peu de jaune sur eux ont été priés de ranger leurs couleurs ou de subir une interpellation dans les règles de l’art d’un Etat autoritaire. Plusieurs gilets jaunes connus des services ont été également maintenus à longue distance pour ne pas gêner la campagne européenne du président.

Pour voir des gilets jaunes, il fallait quitter ce village Potemkine et aller dans les rues de France. Ils étaient 46 600 selon Castaner et son boulier magique. Un ministre qui est fatigué, car au lieu d’enlever des manifestants par rapport à la semaine dernière, il en a ajouté. Ce n’est pas dans les habitudes de la maison. Tout comme l’absence de violences dès le début de la journée. D’habitude, la police ne voit pas les casseurs s’infiltrer et tout brûler, mais aujourd’hui fut bien plus tranquille au grand dam des télévisions qui aurait voulu faire le parallèle entre la sérénité présentielle et le chaos dans les rues. C’est raté pour cette fois, mais comme les gilets jaunes, ce pouvoir a de la résistance. La lutte se poursuit donc et le vainqueur ne sera pas celui qui use et abuse des artifices.





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