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7 mars 2021

Europacity : le retour des mutins de panurge



Europacity a mauvaise presse. Les professionnels de l’altermondialisme se mobilisent depuis des mois contre cet énorme complexe commercial et culturel qui doit émerger aux portes de Paris. Un épisode qui nous rappelle à quel point Philippe Muray avait été visionnaire dans sa lecture de la société française.

Voilà déjà douze ans que Philippe Muray nous a quittés. Chroniqueur et contempteur de notre époque, il avait su à nul autre pareil décrire la dérive des sociétés occidentales. Le rassemblement qui a eu lieu ce mercredi 20 février, dans le 11e arrondissement, l’aurait probablement inspiré pour l’une de ses chroniques.

Intitulé « Europacity, les raisons de la colère », ce « rassemblement citoyen » fut la quintessence de cette culture « altermondialiste » si française, qui manie discours alarmistes et révolutionnaires, mais qui profite allégrement de la sympathie de groupes de presse aux mains de milliardaires et ne crache pas de temps à autre sur une subvention publique.

C’est d’abord le lieu de l’événement qui porte à sourire : une conférence dans le très bobo 11e arrondissement, salle Olympes de Gouges, on n’aurait pas rêvé mieux. Les sarcastiques feront remarquer que ces braves citoyens ne se sont pas mobilisés dans le Val d’Oise, en bas de tours HLM de Gonesse, dans ces quartiers « si riches de la diversité » qu’ils affectionnent tant. On portera aussi un regard amusé sur l’horaire : 18 h 30, début de la réunion. Idéal pour instituteurs, professeurs des écoles, militants professionnels et retraités. Un peu moins pratique pour la plupart des autres travailleurs et pour les habitants des villes concernés, à quelques kilomètres de là. Enfin et surtout, gardons un peu de fiel pour les invités : Europe Écologie les Verts, l’écrivain (« écrivain-e » ?) Marie Desplechin, l’ancienne ministre Delphine Batho, la députée Clémentine Autain, la parlementaire européenne Corinne Lepage… Au programme, des débats (entre des individus d’accord entre eux), projection d’un film, conférence et, espérons-le, un buffet bio équitable et sans gluten.

Philippe Muray aurait adoré ce rassemblement qui ressemble à tant d’autres. Son style si particulier et si drôle aimait manipuler les mots et créer de toute pièce des néologismes assassins, révélateurs des tartuferies contemporaines. On a retrouvé lors de cette réunion contre Europacity cette fameuse « intelligentsia pétitionnaire », qui vit par et pour une révolte d’apparat, se nourrit de combats qu’elle ne compte pas gagner, mais compte bien mener, juste pour exister. Car le discours altermondialiste, consistant à défendre les potagers contre le béton et les tomates-cerises contre les rocades d’autoroute n’a rien de subversif ni de dangereux. D’autant plus dans une société où l’écologie est devenue la nouvelle religion d’État, au regard de laquelle sont jugés moralement chacun de nos comportements. Dans une telle société, le zadiste est un sympathique « mutin de panurge » (encore Muray !) qui ne se révolte pas « contre », mais « pour » l’idéologie dominante. Un « mutin de panurge » qui deviendra vite un « maton de panurge » quand il s’agira de faire taire les voix de ceux qui contesteraient ce politiquement correct.

Des « damnés de l’alter » (toujours Muray) bien aidés par les « artistocrates », ces professionnels du spectacle, du théâtre ou de l’édition, chez qui « l’engagement » est le cache-sexe de carrières aux crochets du contribuable ou du copinage.

Pourtant, comme souvent pour ces grands investissements sur le territoire, la réalité est souvent plus complexe que le discours des professionnels de la ZAD. Quiconque est déjà passé aux abords du Triangle de Gonesse en se rendant à Roissy voit bien que la zone ressemble bien plus souvent à un terrain vague sous pesticides qu’à un Éden agricole, comme nous le présentent les écologistes. De plus l’État, à la manœuvre sur ce projet, a multiplié les concertations avec les habitants et a contraint les promoteurs à multiplier les dispositifs de protection de l’environnement. Et finalement, par un amusant retournement, Europacity proposera donc des panneaux photovoltaïques, un système de récupération des eaux, des espaces verts et fermes urbaines « en circuit court » pour alimenter « les restaurants des environs ». Des restaurants qui vont côtoyer « salles de concerts » et « musées d’art contemporain » : les bobos du 11e arrondissement qui contestent Europacity pourront s’y rendre, ils ne risquent pas d’être dépaysés !

Don Quichotte combat des géants qui n’existent que dans son imagination pour donner un sens à sa vie rêvée de chevalier. Europacity pourrait bien être le nouveau moulin de ceux qui cherchent sans cesse de nouvelles luttes, moins pour l’emporter que pour donner un sens à leurs existences, à leurs discours, et justifier leurs subventions publiques.





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