Aller à…
RSS Feed

27 octobre 2020

Menacés de disparitions, les chrétiens libanais se tournent vers la France… et le Qatar – 24heuresactu.com



Aussi politiquement divisés que socialement unis, les chrétiens du Liban font face au risque de leur disparition régionale. Désormais minoritaires au pays du Cèdre, ils sont contraints de chercher du soutien à l’extérieur de leurs frontières, notamment auprès de la France historiquement protectrice des chrétiens de la région, mais aussi du Qatar.

Le 3 janvier dernier, l’historien et haut fonctionnaire Charles Personnaz remettait au Président de la République un rapport sur la protection des chrétiens d’Orient par la France. Le rôle de Paris est notamment pointé du doigt dans deux domaines : l’éducation et le patrimoine. Deux secteurs-clefs dans lesquels la France peut continuer à assurer son traditionnel soutien des populations chrétiennes de la région, notamment en renforçant le tissu scolaire sur place et en valorisant le patrimoine culturel et religieux des chrétiens d’Orient en France, afin de sensibiliser l’opinion sur leur situation. Aux côtés des chrétiens d’Égypte ou d’Irak, le sort de ceux du Liban est longuement abordé dans le rapport de Charles Personnaz. Car si leur situation paraît de prime abord moins dramatique que celle leurs voisins, ils sont désormais minoritaires dans leur pays et cherchent désormais des soutiens à l’extérieur.

Ainsi, c’est dans la région du Kesrouan, au centre du Liban, qu’a été inaugurée le mardi 1er janvier une nouvelle église maronite, cette confession chrétienne comptant près d’un million de fidèles au pays du cèdre. Originalité : la construction de ce nouvel édifice religieux a été financée par le Qatar, dont l’ambassadeur, Mohammad Hassan Jaber al-Jaber, assistait en personne à la cérémonie. À cette occasion, le diplomate qatari a défendu le dialogue islamo-chrétien dont Doha s’est, selon lui, « fait le champion depuis des dizaines d’années ».

Le Qatar apparaît en effet comme le fer de lance régional de l’ouverture aux chrétiens, favorisant, depuis 2005, la construction d’églises dans le Golfe. Son ambassadeur au Liban a profité de l’inauguration de l’église Saint-Jean-le-Bien-Aimé pour rappeler que vivent dans l’émirat quelque 200 000 chrétiens de toutes confessions, qui bénéficient d’une liberté de culte aussi rare que précieuse dans une péninsule arabique marquée par une certaine forme d’intolérance. En témoigne le fait que le patriarche libanais Béchara Raï ait eu l’occasion, le 20 avril 2018, de poser la première pierre d’une nouvelle église maronite à Doha.

Une communauté chrétienne diverse, mais unie face au risque de disparition

Fait notable — et unique au Moyen-Orient —, les chrétiens du Liban représentent près de la moitié de la population du pays, un État multiconfessionnel dont la représentation politique est basée sur un système de quotas. Ainsi, les chrétiens y bénéficient du même nombre de sièges que les musulmans au Parlement, et l’élection ou la nomination des plus hautes autorités du pays répondent à ce même souci de représentativité, le président se devant d’être maronite, le Premier ministre sunnite et le président de l’Assemblée, de confession chiite.

Véritable « conservatoire du christianisme oriental », le Liban n’en est pas moins le théâtre de vives oppositions entre dirigeants des diverses communautés chrétiennes du pays : églises maronite, orthodoxe d’Antioche, grecque-catholique melkite, apostolique arménienne, etc. Des années de guerre civile ont, en effet, nourri les rivalités politiques internes à la communauté, que le sociologue Melhem Chaoul qualifie de « conflictuelles (et) sanglantes, laissant des stigmates durables que seul le temps (peut) contribuer à défaire ».

« Cependant, relève l’universitaire, en parallèle à la guerre des chefs, la société chrétienne, à l’origine elle-même hétéroclite et scindée en communautés confessionnelles, évolue depuis plus de quatre décennies dans une dynamique sociétale unitaire et homogénéisante ». En cause, le « recul démographique » et « l’affaiblissement de (la) participation dans les institutions publiques » libanaises des différentes communautés chrétiennes qui, de ce fait, « sont parvenus à une plus grande intégration interne sur les plans culturel, social et des valeurs, ce qui a eu pour conséquence une plus grande homogénéité » sociétale, juge le sociologue.

Les chrétiens libanais doivent également composer avec d’autres chrétiens d’Orient, parmi lesquels les syriaques exilés d’Irak. Ces orthodoxes ont fui en masse les villes conquises par l’organisation terroriste Etat islamique, comme Mossoul, qui ne compterait plus que de 2 000 à 3 000 fidèles, contre 50 000 à la fin des années 1990. Terre naturelle d’exil, le Liban offre à ces réfugiés un accueil bienvenu, mais insuffisant, comme le fait savoir auprès de Libération cette Irakienne « réduite à mendier », attendant comme des milliers de ses coreligionnaires « qu’un pays (occidental leur) donne des visas pour partir ».

Des relations avec les musulmans qui restent tendues

Si la tolérance semble régner au Liban, les relations entre fidèles de différentes religions peuvent s’avérer conflictuelles. En témoigne cette toute récente polémique, déclenchée par la présence lors de la messe maronite du Nouvel An d’une parlementaire libanaise musulmane, Rola Tabsh. Un geste vivement condamné par une partie de la communauté musulmane, l’élue devant publiquement se rendre devant la plus haute autorité sunnite du pays pour faire amende honorable et éteindre la controverse. « Le sectarisme entrave l’émergence d’un État civil, entrave le bon fonctionnement des institutions, entrave la bonne gouvernance, entrave la démocratie », juge ainsi Sami Nader, directeur de l’Institut d’études stratégiques du Levant à Beyrouth, selon qui « tant qu’il y aura du sectarisme, le Liban ne prospérera pas ».

La situation des chrétiens du Liban paraît de plus en plus délicate. Alors qu’en 1932 la population chrétienne était majoritaire, en 2005, le rapport est inversé. Désormais, les musulmans constituent près de 60 % des inscrits sur les listes électorales. La croissance démographique des chiites et des sunnites, aidés par un taux de natalité plus important et des vagues migratoires successives, a définitivement supplanté les différentes communautés chrétiennes. L’arrivée ces dernières années de populations chrétiennes réfugiées, d’Irak ou de Syrie, pourrait ne pas suffire à inverser la donne.





Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut