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20 June 2019

le précurseur d’une crise mondiale?



Le mois de décembre 2018 a été le pire pour les actions américaines depuis 1931, alors que les USA étaient en pleine Grande dépression. L’indice S&P500 a chuté de 11%, et le Nasdaq de 12%. Les analystes avertissent que cette chute pourrait être le premier signe d’une nouvelle crise mondiale imminente.

L’hiver arrive

Ce sont les compagnies incarnant la gloire et la puissance de l’économie américaine qui affichent les plus grandes pertes aux USA. En l’espace de cinq mois, la valeur de Facebook a été pratiquement divisée par deux, les actions de General Motors ont perdu un tiers de leur valeur en six mois, et les titres de General Electric n’ont cessé de chuter depuis le début de l’année 2018 pour perdre deux tiers de leur valeur fin décembre.

La situation sur les places boursières d’autres pays est identique: une forte baisse a été affichée à l’issue de l’année par l’indice japonais Nikkei-225 et l’allemand DAX, alors que le CAC40 français pourrait concurrencer le Nasdaq en termes d’ampleur des pertes avec une chute de 20% de sa valeur depuis octobre.

Les analystes qualifient la période écoulée de «pire Noël sur les marchés depuis la Grande dépression». Le Financial Times rappelle qu’en décembre 1931, l’indice S&P500 avait perdu «seulement» 14,5%. L’allusion est plus que claire: le monde est au seuil d’une grande crise. Et la première économie du monde promet, comme toujours, d’être son épicentre.

La chute des bourses américaines a commencé après la réunion de la Réserve fédérale (Fed) du 19 décembre. Les investisseurs n’ont pas été effrayés par la décision de la Fed d’augmenter une nouvelle fois son taux directeur (ce qui était attendu), mais par le commentaire de son patron Jerome Powell: il n’a pas commencé la conférence de presse par les déclarations habituelles sur la puissance de l’économie américaine, mais en reconnaissant que depuis la dernière réunion étaient apparues des difficultés ayant poussé la Fed à revoir à la baisse ses pronostics de croissance économique pour les USA sur la période 2019-2020.

Les paris sont faits

Les sérieux problèmes que rencontre l’économie américaine ne sont plus une nouveauté pour personne. La seule question qui fait débat chez les experts est celle de la menace principale. Donald Trump estime que c’est la politique de la Fed, qui a décidé d’augmenter son taux directeur. Dans le contexte de l’effondrement boursier observé fin décembre, le locataire de la Maison-Blanche avait ainsi déclaré: «La Fed est le seul problème de l’économie américaine.»

Ce qui n’est pas dépourvu de logique: la hausse du taux directeur augmente le coût des emprunts aussi bien pour le Trésor américain que pour les entreprises américaines. De plus, parallèlement à l’augmentation du taux directeur, la Fed mène un programme de réduction du compte bilan en pompant l’argent de l’économie.

Rien qu’en 2018, la Fed a réduit le compte de 110 milliards de dollars. Selon les estimations des experts de l’Institut des finances internationales, ce prélèvement d’argent équivaut à une hausse du taux de 0,4% pour le marché.

Greg McBride, analyste financier du site Bankrate.com, a calculé que de toute son histoire la Fed avait déjà tenté six fois de réduire son compte: en 1921-1922, 1928-1930, 1937, 1941, 1948-1950 et 2000. Dans cinq cas, cela avait découlé sur une récession économique.

L’effet boomerang

Dans le même temps, un sondage mené en décembre par la Bank of America auprès des gérants de fonds d’investissement a révélé qu’à leurs yeux la politique de la Fed était seulement en deuxième position parmi les risques principaux (selon 54 interlocuteurs). 35% des personnes interrogées (61 interlocuteurs) estiment que les guerres commerciales représentent la principale menace pour la stabilité économique.

Le fait est que la lutte de Donald Trump «pour un commerce international juste» affecte surtout les entreprises américaines. Ainsi, les constructeurs General Motors et Ford se sont retrouvés au seuil de la faillite et ont dû fermer des usines, notamment à cause des taxes sur l’importation d’acier et d’aluminium décrétées par le chef de l’État américain en avril.

Au final, le métal coûte plus cher aux USA que dans tout autre pays, et le coût de fabrication des voitures américaines a augmenté de 1.500-5.000 dollars pièce (en fonction de la classe).

Après l’adoption par la Chine de taxes rédhibitoires sur les produits agricoles des USA, des milliers d’agriculteurs américains se sont retrouvés au bord de la faillite alors qu’ils vendaient auparavant à la Chine du soja, du blé, du maïs, du coton, des amandes, du porc, du sorgho, des produits laitiers et autres.

En décembre, Donald Trump et Xi Jinping sont convenus de suspendre la guerre commerciale pendant trois mois — et Pékin a annoncé la reprise des achats de soja américain, étant confronté à un déficit de nourriture pour le bétail et la volaille.

Les autres producteurs n’ont plus qu’à compter sur le programme d’aide publique: en juillet, la Maison-Blanche dépensera 12 milliards de dollars à cet effet. Sachant que le déficit du budget américain a déjà atteint un record.

Toutefois, étant donné que le Congrès américain n’a pas adopté le budget fédéral pour l’an prochain — refusant d’approuver le financement de la construction du mur le long de la frontière américano-mexicaine — toutes les dépenses publiques ont été gelées pour une durée indéterminée. Y compris l’aide aux agriculteurs.

Les conséquences pour les autres régions

Il est évident que les guerres commerciales n’affectent pas seulement les États-Unis. Les conséquences négatives de ces litiges commencent à se faire sentir également pour l’économie chinoise. D’après l’Académie chinoise des sciences sociales, en 2018 la croissance du PIB chinois sera de 6,6% contre 6,9% en 2017. Et elle devrait ralentir cette année jusqu’à 6,3%.

Cela risque de réduire les prix mondiaux des matières premières, dont la Chine est le principal acheteur — des hydrocarbures aux produits agricoles. Au final, ce sont les pays émergents fournissant des matières premières à la Chine qui pourraient rencontrer des problèmes.

Une autre source potentielle de crise globale a fait son apparition en décembre: le budget de l’Arabie saoudite pour 2019 a été planifié avec un déficit de 35 milliards de dollars, soit 4,2% du PIB. C’est, soit dit en passant, le double du déficit budgétaire de l’Italie considérée comme la menace principale pour la stabilité financière de l’UE.

Surtout, les Saoudiens ont planifié le budget avec un baril à 80 dollars. Et pour équilibrer le budget, le royaume a besoin d’un baril à 95 dollars cette année.

Le fait est que l’Arabie saoudite, au même titre que la Chine, est le plus grand détenteur de dette publique américaine. Confrontés à des problèmes économiques et budgétaires, ces deux pays seront tout simplement poussés à vendre leurs obligations américaines. Ce qui provoquera quasiment à coup sûr une grande fuite d’investisseurs de la dette publique américaine, débouchant sur la chute du prix des obligations et des «trous» dans les comptes des banques qui ont activement acheté les obligations américaines ces derniers mois.

Ne reste-il plus qu’à attendre et voir quelle banque connaîtra le sort de Lehman Brothers, dont la faillite avait déclenché la phase aiguë de la crise mondiale en 2008?



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