Il faut ajouter que, lors de sa visite, Salvini a collectioné une série de gaffes : la plus grave est celle sur les “terroristes islamiques du Hezbollah”, c’est-à-dire ceux qui ont combattu au Liban et en Syrie contre Daesh et Al-Qaida, libérant entre autres des villages chrétiens comme Maaloula. Cette bévue, peut-être dictée par l’ignorance, a scandalisé non seulement les chefs des casques bleus De l’UNIFIL, actuellement sous commandement italien, mais aussi le ministère de la Défense.

Il convient également de mentionner ce qui est resté à ce jour l’œuvre réactionnaire, raciste et anticonstitutionnel la plus cohérente réalisée par Salvini avec l’accord de ses associés gouvernementaux : je fais référence à son décret sur la sécurité, qui est maintenant devenu loi. C’est, bien sûr, dans le sillage des deux lois Minniti et Minniti-Orlando, l’une visant à punir et à interdire toute forme de marginalité urbaine, l’autre à restreindre radicalement le droit d’asile et à accélérer la machine du ratissage et de l’expulsion.

Et pourtant, celle voulue par le ministre factotum représente sans doute un saut qualitatif, pour ainsi dire, puisqu’elle introduit encore plus clairement dans le système juridique italien des mesures telles que la configuration d’une sorte d’apartheid juridique (pour reprendre la formule utilisée par d’illustres experts en droit) : totalement incompatible non seulement avec notre Constitution, mais également avec la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et avec la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Je rappelle, brièvement, qu’elle abroge le permis de séjour pour des raisons humanitaires ; impose un nouveau durcissement du droit d’asile ; réduit considérablement les possibilités d’accueil dans les centres SPRAR [Système de protection pour demandeurs d’asile et migrants] ; interdit aux demandeurs d’asile de s’inscrire à l’état civil, donc l’accès au séjour ; allonge encore plus, jusqu’à 180 jours, le délai de “rétention” dans les CPR (Centres de permanence pour le rapatriement, ex CIE-CPT) ; rend beaucoup plus difficile l’obtention de la citoyenneté italienne, même pour ceux qui sont mariés à un·e citoyen·ne italien·ne ; élargit encore plus ce que l’on appelle le DASPO urbain****, introduit par Minniti ; autorise la police municipale des localités de plus de cent mille habitants à utiliser des pistolets Taser, mais sous une forme “expérimentale” ; enfin, il réintroduit le délit d’entrave à la circulation (qui avait été dépénalisé en 1999) et prévoit une peine pouvant atteindre douze ans de prison pour chaque type de rassemblement.

Cette dernière mesure, contenue dans l’article 23, qui porte gravement atteinte aux libertés civiles de chacun·e d’entre nous et tend à accroître le pouvoir discrétionnaire de la police, est destinée à affecter encore plus les personnes immigrées : en plus de risquer la détention, elles pourraient perdre leur droit de séjour rien que pour avoir participé à une manifestation.

En infériorisant et en rendant plus vulnérables les personnes d’origine immigrée, en aggravant leur situation juridique, sociale et économique, on vise l’objectif de renforcer leur statut social de boucs émissaires, à la disposition de la Ligue pour faire de la propagande, consolider et élargir le consensus, et exercer son hégémonie. En outre, selon diverses enquêtes, l’antisémitisme a également augmenté ces dernières années dans de nombreux pays européens, dont l’Italie, en raison également du rôle décisif joué par les réseaux sociaux.

Il est donc à craindre que le “blanchiment” israélien ne fasse que légitimer encore plus la stratégie raciste, sécuritaire et liberticide de Salvini.

NdT

*Minculpop : désignation du ministère de la Culture populaire du régime mussolinien, nouveau nom, donné en 1937, au Secrétariat pour la presse et de propagande, promu au rang de ministère en 1935, supprimé par Badoglio en 1944 et maintenu par la « République sociale » jusqu’au 25 avril 1945.

** « Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur » : slogan utilisé par Mussolini, qui l’avait repris des Arditi (Hardis, soldats de forces spéciales de la Première Guerre mondiale). Faussement attribué à Jules César, il aurait été prononcé en 1513 par Georg von Frundsberg, capitaine des lansquenets bavarois au service des Habsbourg qui s’illustra entre autres dans le sac de Rome de 1527. Son nom fut donné à la 10ème Panzerdivision SS.

*** Une typique post-vérité : La Caisse de prévoyance pour l’invalidité et la vieillesse des ouvriers a été créée en 1898 et l’inscription à celle-ci rendue obligatoire en 1919. La « pensione sociale », équivalent du minimum vieillesse (450 €) a été instituée en 1969.

****DASPO : Interdiction d’accès aux manifestations sportives, disposition adoptée en 1989 contre la violence dans les stades.



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