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23 April 2019

De quoi le mouvement des Gilets jaunes est-il le nom ? — Adam ARON-FRANO



1. Le mouvement des Gilets jaunes fait depuis plusieurs semaines la une des journaux et impressionne par son caractère inédit et puissant. Ce mouvement est apparu en France à la suite d’une augmentation de la taxation sur les carburants qui a constitué l’étincelle ayant mis le feu aux poudres.

Le premier acte marquant de ce mouvement a été l’appel au blocage du pays via les réseaux sociaux et ce indépendamment des partis politiques et syndicats. La réponse du peuple français a été massive : selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui sont évidemment sous-évalués, près de 290.000 personnes ont manifesté le 17 novembre 2018 sur environ 2000 points de rassemblement aux quatre coins du pays. Des centaines de blessés, d’interpellations et de placements en garde à vue ont été recensés. L’ensemble du territoire français a été touché par cette première mobilisation.

Les semaines qui ont suivi ont vu le mouvement croitre. Actions de blocages variées (réseau routier, dépôts pétroliers, zones commerciales et industrielles, etc.) et manifestations se sont succédé. Des émeutes d’une violence et d’une puissance rares ont éclaté. Certaines ont pris des allures tout bonnement insurrectionnelles. Sur l’île de la Réunion, le président Macron a ainsi mobilisé l’armée pour écraser les soulèvements. Les émeutes qui se sont déroulées le samedi 1er décembre à Paris et dans de nombreuses autres villes françaises ont été particulièrement explosives et impressionnantes : rien qu’à Paris, les unités de CRS (compagnies républicaines de sécurité) et de CSI (compagnies de sécurisation et d’intervention de la préfecture de police) ont fait usage de près de 10.000 grenades de tout type, sans parler des autres armes qui ont été employées. Le ministre de l’Intérieur n’a d’ailleurs pas exclu l’instauration de l’état d’urgence.

A partir du début du mois de décembre, des milliers de lycéens et, à leur suite, d’étudiants se sont joints au mouvement pour soutenir les revendications des gilets jaunes ainsi que pour protester contre différentes réformes dans l’éducation dont, notamment, la réforme du bac et la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers. Ils ont procédé à des blocages de lycées et d’universités ainsi qu’à des manifestations, dont certaines ont débouché sur des heurts avec la police.

Il est clair que le soutien du peuple français à l’égard du mouvement des Gilets jaunes est colossal, et ce depuis le début. On estime que près de huit Français sur dix le soutiennent.

La tache d’huile jaune s’est étendue, en des proportions moindres, à la Belgique (ainsi qu’à d’autres pays européens). Des émeutes d’une grande violence y ont également éclaté (véhicules de police incendiés, cocktails Molotov lancés sur la police, etc.).

En résumé, le mouvement des Gilets jaunes n’a cessé de s’approfondir, s’étendre ainsi que, pour certaines de ses couches, se radicaliser et a plongé l’Etat français dans une crise politique profonde.

A quelques jours d’une mobilisation à haut risque prévue le 8 décembre, le mouvement a enregistré sa première grande victoire en faisant reculer le gouvernement. L’exécutif français a annulé, pour l’année 2019, la fameuse hausse de la taxation sur les carburants. Il a en outre décidé de suspendre pour six mois l’augmentation des prix de l’électricité et du gaz et de reporter l’alourdissement des conditions de contrôle technique sur les automobiles. Ce n’est pas tout : il a annoncé une hausse du salaire minimum en janvier 2019 de 1,8% ainsi qu’une série d’autres mesures favorables à la population. La frayeur du gouvernement est palpable, ainsi qu’en attestent notamment les propos du premier ministre français : « Ce qui est en jeu, c’est la sécurité des Français et nos institutions. Je lance ici un appel à la responsabilité. »

Le 7 décembre, cela a été au tour des Gilets jaunes belges de voir leur lutte payer : le gouvernement a décidé de ne pas indexer le prix du diesel et de l’essence l’année prochaine.

2. Le fait que le terreau de ce mouvement – dont le gros des rangs et la force motrice principale constitue la classe ouvrière mais auquel la classe moyenne paupérisée (artisans, indépendants, petits commerçants…) prend également part – dépasse infiniment la hausse de la taxation des carburants est, aujourd’hui, un véritable truisme.

En réalité, l’apparition soudaine de ce mouvement est le signe que la lutte de la classe ouvrière et, plus généralement, des masses, entre dans une nouvelle étape de son développement. Autrement dit, ce mouvement révèle que les masses sont prêtes à un niveau supérieur de lutte.

L’explication réside dans les changements survenus au sein de la société, dans les conditions d’existence de la classe ouvrière et, plus généralement, des masses : l’appauvrissement de la majeure partie de la population, le chômage de masse croissant, la démolition progressive, par une caste politique toujours plus corrompue et inféodée au capital, des acquis sociaux, l’exploitation de plus en plus brutale des travailleurs par la bourgeoisie, le tout rendu possible par l’opportunisme et l’attentisme des syndicats et des partis politiques en paroles, mais uniquement en paroles, du côté des masses laborieuses, etc.

Tout ceci ne pouvait que tout naturellement mener à un mouvement de masse, spontané, hors du cadre étroit imposé par les syndicats et partis politiques. Emancipées de ce cadre étroit, canalisateur, les masses ont manifesté, avec une puissance rare dans l’histoire récente de France et de Belgique, leur esprit de révolte. La violence révolutionnaire observée chez une partie des Gilets jaunes est à cet égard significative.

3. La spontanéité totale et massive du mouvement des Gilets jaunes envoie un signal clair et fort aux bureaucraties au sommet des principaux syndicats du pays : les masses désavouent la conciliation de classes et la canalisation de la colère qu’elles mènent. Le recul net de l’exécutif, quelques semaines seulement après le début du mouvement, montre en outre que la lutte des masses paie et permet d’aller bien au-delà de ce que les syndicats peuvent obtenir par la négociation et la conciliation.

Bien entendu, la position sur les Gilets jaunes des dirigeants des principaux syndicats français, totalement dépassés par les événements, est à la hauteur de ce que l’on pouvait en attendre : platement lamentable. Prenons par exemple la CGT (Confédération Générale du Travail), la Cfdt (Confédération française démocratique du travail) et FO (Force Ouvrière).

La CGT a, dans un communiqué du 31 octobre 2018, dénoncé l’appel au blocage du pays le 17 novembre en soutenant, en guise de prétexte, que la mobilisation était une « mobilisation d’extrême droite » et qu’elle pouvait donner lieu à des récupérations patronales (car « derrière le ‘non à l’augmentation des taxes’, il y a un certain nombre de patrons qui dans (les) taxes mettent les cotisations sociales par exemple »). Cette prise de position, entièrement erronée et qui a pourtant été répétée à plusieurs reprises (notamment le 16 novembre, soit la veille de la première grande mobilisation, par le secrétaire général), a naturellement fait le jeu du gouvernement et donc beaucoup de tort au mouvement.

Avec le développement du mouvement, la direction de la CGT a été forcée de se rendre compte que si elle voulait éviter d’être mise au pilori, elle devrait, d’une manière ou d’une autre, apporter du soutien aux masses en lutte. Il est très amusant d’observer les ridicules et laborieuses pirouettes qui s’en sont suivies. La lenteur et l’absence, jusqu’à présent, de plan de bataille du syndicat sont la démonstration qu’il se traine, à contrecœur et sans la moindre vigueur, à la remorque du mouvement.

La direction de la Cfdt a quant à elle, dans un premier temps, exprimé son hostilité franche à l’égard du mouvement : le 19 novembre, le secrétaire général du syndicat a déclaré y voir des pratiques inquiétantes et une « forme de totalitarisme ». Le 5 novembre 2018, la direction du syndicat a dû se contorsionner une première fois en raison du succès du mouvement et a indiqué comprendre et soutenir les salariés « qui manifestent leur mécontentement face à une nouvelle hausse des prix du carburant » mais…considérer que « l’appel au blocage du 17 novembre n’est pas la réponse la plus adaptée » car « l’urgence climatique nécessite un changement de comportement dont nous ne pouvons plus faire l’économie ». Cerise sur le gâteau, elle a ajouté demander « que des mesures sociales accompagnent cette augmentation des prix du carburant »… Par la suite, elle a dû une nouvelle fois faire des concessions aux Gilets jaunes : vers la fin du mois de novembre, le secrétaire général a affirmé qu’« il faut les écouter » car le mouvement révèle des « fractures sociales ». Le 2 décembre, lendemain d’une journée explosive, il a cependant déclaré « Il n’y a pas d’autre voie que le dialogue » (le « dialogue » !)…

Même son de cloche chez FO, dont le secrétaire général (élu le 22 novembre dernier) a affirmé « on ne manifestera pas avec les ‘gilets jaunes’ parce que nous, nous portons les couleurs de FO, et les couleurs de FO, ce n’est pas le jaune parce que sur le plan syndical, le jaune n’a jamais eu bonne audience ». Comprenne qui pourra.

Le 5 décembre, le président Macron avait sollicité des partis politiques et des syndicats qu’ils lancent un « appel clair et explicite au calme »… Le lendemain, répondant avec une servilité éhontée à cet appel, les sept principaux syndicats, dont la Cdft, la CGT et FO, ont dénoncé, dans une déclaration commune, « toute forme de violence dans l’expression de revendications » des Gilets jaunes, tout en ajoutant que « Le dialogue et l’écoute doivent retrouver leur place » dans le pays. Tomber plus bas, ils ne le pourront que difficilement.

En Belgique également, la lenteur et l’attentisme des syndicats sont patents. La secrétaire générale de la CSC (Confédération des syndicats chrétiens) dit « comprendre » les Gilets jaunes (quelle bonne nouvelle !) mais reste prudente en raison de revendications « qui ne sont pas claires ». Mais encore ? Le président de la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) justifie quant à lui sa prudence [lire : sa frilosité] de la manière suivante : « J’ai cru comprendre que le mouvement ne voulait pas être récupéré et ils ont raison ». La messe est dite.

En résumé, les bureaucraties à la tête des principaux syndicats de France et de Belgique se contorsionnent jusqu’au déchirement pour, premièrement, en bons conciliateurs de classes et canalisateurs de la colère des masses, modérer et contenir au maximum ce mouvement dangereux pour les autorités et, deuxièmement, garder la face en tentant d’apparaitre dans le camp des « Jaunes ».

4. Voyons la situation au niveau des partis politiques se déclarant à gauche (nous nous bornerons au parti socialiste, au parti communiste français et à la France insoumise) qui, tous autant qu’ils sont, ont raté le coche de la colère des masses.

Le PS (parti socialiste), c’est très simple, n’a fait que chuchoter, murmurer, du bout des lèvres, son soutien aux Gilets jaunes.

Le PCF (parti communiste français) est dans un premier temps resté en retrait car, selon les mots de M. Guillaume Roubaud-Quashie, un dirigeant du parti, il était « difficile d’avoir une vision globale » ou encore, selon les mots de M. André Chassaigne, chef de file des députés du parti, « on ne voulait pas verser dans la récupération ». Il a fallu que la nécessité de soutenir le mouvement apparaisse claire comme de l’eau de roche aux yeux de tous, y compris aux yeux des plus opportunistes, pour que le PCF fasse l’honneur aux Gilets jaunes de s’attacher en remorque, à leur arrière-train (le week-end du 24 et 25 décembre) !

Et comment se porte le FI (France insoumise) et sa figure de proue, M. Jean-Luc Mélenchon, le célèbre « tribun de la plèbe » ayant obtenu près de 20% des votes au premier tour des élections présidentielles de 2017 ? Après des hésitations au départ, il soutient aujourd’hui le mouvement, sans toutefois appeler à une participation massive (position très confortable et peu risquée !) En réalité, sa position est celle de la prosternation, du suivisme, face à la spontanéité des masses, du mouvement. Autrement dit, sa posture est absolument opportuniste. Le 29 novembre, M. Mélenchon a tenu dans une interview une série de propos révélateurs : « Nous sommes à la veille d’une révolution citoyenne. […] Je sais reconnaitre un mouvement de type révolutionnaire d’un autre. Je ne me mêlerai pas de dire faites ceci et faites cela », « Je ne leur demande pas de faire ceci ou cela ; c’est eux qui décident ». Il a également condamné purement et simplement toute forme de violence, ce qui est également lourd de sens mais peu étonnant et un rien amusant : « Personnellement, je suis pour une orientation absolument, radicalement, totalement et dans tous les cas non violente. La violence ne nous a jamais servi ; elle sert de prétexte à nos adversaires et c’est tout ».

En Belgique, quelle a été la réaction du PTB (Parti du Travail de Belgique), qui est actuellement le plus important parti « radicalement à gauche » de Belgique (1) ? Lui aussi soutient les Gilets jaunes sans appeler à une participation massive au mouvement. Il « comprend la colère des gens » mais « pas question de le récupérer ». Ainsi, il a en réalité fait sienne la posture du suivisme, de la prosternation devant la spontanéité des masses.

5. Comme cela ressort des développements qui précèdent, on peut dégager deux principaux traits caractéristiques du mouvement des Gilets jaunes : sa spontanéité totale et l’alliance entre la classe ouvrière, force motrice du mouvement, et la classe moyenne paupérisée.

La spontanéité totale du mouvement a pour implication naturelle que ses revendications sont éparses, non structurées, imprécises et parfois erronées. Il n’y a rien de plus logique. Malgré tout, les constantes qui s’en dégagent sont justes : réclamer la démission du président Macron, exiger de la justice sociale et fiscale, l’augmentation des salaires, du travail pour les masses au chômage, etc. Les semaines passant, le mouvement a été contraint de procéder à une structuration minimale en son sein. Les revendications ont commencé, dans une certaine mesure, à se fixer et à se préciser et des représentants ont été désignés. Cette structuration interne reste très limitée.

Un passage d’un ouvrage écrit par Lénine (Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, 1916, chapitre 10 : L’insurrection irlandaise de 1916), passage particulièrement de circonstance, mérite d’être ici retranscrit dans son intégralité :

« Quiconque attend une révolution sociale “pure” ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution.

La révolution russe de 1905 a été une révolution démocratique bourgeoise. Elle a consisté en une série de batailles livrées par toutes les classes, groupes et éléments mécontents de la population. Parmi eux, il y avait des masses aux préjugés les plus barbares, luttant pour les objectifs les plus vagues et les plus fantastiques, il y avait des groupuscules qui recevaient de l’argent japonais, il y avait des spéculateurs et des aventuriers, etc. Objectivement, le mouvement des masses ébranlait le tsarisme et frayait la voie à la démocratie, et c’est pourquoi les ouvriers conscients étaient à sa tête.

La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement – sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible – et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes !) et réaliser d’autres mesures dictatoriales dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne “s’épurera” pas d’emblée, tant s’en faut, des scories petites-bourgeoises. »

Bien que l’on ne puisse qualifier le mouvement des Gilets jaunes de « révolution sociale », les raisonnements exprimés par Lénine dans ce passage trouvent à s’appliquer. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y prennent part et apportent leur lot de préjugés et erreurs. C’est ce qui explique que certaines revendications du mouvement soient petites bourgeoises comme, en guise d’illustration, la suivante, tirée de la liste des revendications récemment adressées par les représentants des Gilets jaunes aux médias et aux députés français : « Interdiction de faire payer aux commerçants une taxe lorsque leurs clients utilisent la carte bleue ». Et cela explique également que certains éléments du mouvement soient gagnés aux idées d’extrême droite.

6. Si l’on ne peut que se réjouir de voir ce mouvement spontané et la créativité des masses se développer, il ne faut pas tomber dans l’erreur, commune aux partis de « gauche radicale », consistant à se prosterner devant le mouvement spontané, à le diviniser.

Les révolutionnaires conscients doivent tâcher d’éveiller davantage les Gilets jaunes, d’élever leur conscience politique en tenant compte de leur niveau et de combattre les idées d’extrême droite afin de ne pas les laisser s’emparer des éléments arriérés du mouvement.

Ils doivent en outre s’intégrer aux Gilets jaunes, soutenir physiquement leurs actions et manifestations, les orienter, contribuer à les structurer et les organiser pour affronter plus efficacement leurs ennemis, lutter contre la propagande de ces derniers. En bref, ils doivent consacrer leur énergie, leurs forces et leur créativité à soutenir, affûter et développer la lutte des masses en action. Ils doivent pousser les Gilets jaunes à poursuivre le combat, à ne pas se satisfaire des concessions faites par les autorités pour les calmer car plus le combat ira loin et sera profond, plus les masses en général et la classe ouvrière en particulier prendront confiance en leurs propres forces, confiance cruciale pour les luttes à venir.

Il est par ailleurs nécessaire d’aller sur le terrain discuter avec les Gilets jaunes d’égal à égal, sans se placer au-dessus d’eux et avec humilité, de récolter leurs expériences, leurs idées, leurs connaissances afin de rester en connexion étroite avec la réalité objective et de pouvoir agir le plus justement possible.

7. L’apport du mouvement des Gilets jaunes est colossal en ce qu’il aura montré que les masses sont prêtes à un niveau supérieur de lutte. L’avenir s’annonce orageux et les masses n’en resteront pas là. Leur lutte va poursuivre inlassablement son évolution et affûter ses armes au gré des déroutes et des victoires.

[Rédaction clôturée le 7 décembre 2018 à 20h00.]

Adam Aron-Frano

Communiste belge

(1) Ce parti se réclame de l’idéologie marxiste et, depuis quelques années, connait un succès croissant au sein de la population belge.





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