– Mais qui sont-ils ? Mais que disent-ils ?
– Ils s’appellent les Gilets Jaunes. Ils disent leur colère.
– Mais je ne connais pas ces gens-là.
– Président, ces gens-là sont des gens du peuple de France.
– Ils se ressemblent donc tous.
– Non, ils sont divers comme peut l’être un peuple riche de sa diversité. Oui, ces nouveaux acteurs ont leur uniforme, et leur étendard réfléchissant est levé.
– Quelle langue parlent-ils ?
– Pas la langue des affaires. Non, mais une langue bien vivante et fleurie.
– Que veulent-ils qu’ils n’ont déjà ?
– Du pouvoir d’achat.
– Ils l’ont déjà.
– Mais il se réduit comme peau de chagrin.
– Qu’on leur donne des mouchoirs et un moratoire aussi.
– Mais, Président, ils veulent aussi la justice sociale.
– Bibi, c’est pas le Père Noël. Qu’attendent-ils encore ?
– Une réponse de votre part. Un changement de cap.
– J’ai une mission à remplir, j’ai un cap à tenir, une vision, un projet, un récit. Dites à ces gens qu’on changera de méthode s’il le faut.
– Mais leurs fins de mois sont difficiles.
– Dites-leur que « ce n’est pas le chemin qui est difficile. C’est le difficile qui est le chemin. »
– Président, ils veulent aussi la justice fiscale.
– Dites-leur qu’il ne faut pas confondre « faire légal ce qui est juste et faire juste ce qui est légal ».
– Mais, Président, ils veulent aussi des référendums, la proportionnelle, la démocratie.
– Ils l’ont déjà. Elle est inscrite dans le marbre.
– Ils parlent aussi de précarité, de SDF, de déclassement, de retraite, de sécurité sociale, de délocalisations, de réfugiés, du handicap, d’innovations… Ils ne demandent pas de devenir milliardaires ; seulement de vivre dignement dans un pays riche.
– Mais enfin, n’ont-ils jamais entendu parler de la transition écologique, de la fin du monde qui nous menace tous ?
– Si Président. Mais ils pensent tout simplement que cette vraie cause nationale, pour ne pas dire mondiale, est utilisée par vous et les vôtres comme le contre-feu idéal à toutes leurs revendications légitimes. Ils sont fatigués. Ils sont las des mensonges.
– Moi, je vois qu’ils ont encore des forces pour toute cette violence. C’est une révolte contre les institutions ?
– Non Président, c’est plus profond, c’est bien plus rationnel que cela. C’est peut-être une « révolution démocratique » en gestation. Pas celle que vous aviez envisagée, oh ! non. La France est grosse. Mais nul ne sait ce qui naîtra.
– Ce que je veux…
– Président, ils ont déjà réussi à mettre en branle un formidable mouvement qui prend corps jour après jour, qui revivifie en même temps les valeurs de solidarité, d’égali…
– Mais c’est moi qui…
– Vous ne comprenez donc pas. L’homme seul devrait savoir qu’il ne peut rien quand la multitude est décidée à progresser.





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