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27 novembre 2020

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La lettre politique

Féminisme et intégrisme musulman

Laurent Joffrin, Libération, mercredi 21 novembre 2018

Neuf militantes féministes saoudiennes, si l’on en croit Amnesty International et le Monde, emprisonnées depuis plusieurs mois, ont été torturées à l’électricité et battues à coups de fouet, au point que plusieurs d’entre elles en gardent de graves stigmates physiques. Voilà qui en dit long sur la réalité de la libéralisation décrétée dans le royaume par le prince Mohammed Ben Salmane, dit «MBS», qui avait suscité l’enthousiasme de nombre de commentateurs en autorisant – audace folle – les femmes saoudiennes à conduire leur voiture. Il semble que ces féministes avaient eu le front de prendre au mot le cours nouveau de la politique du royaume, de conduire effectivement une voiture, et de réclamer d’autres mesures d’adoucissement du sort des femmes dans cette monarchie du Golfe.

Comment mieux dire que cette libéralisation avait surtout une visée extérieure – améliorer quelque peu l’image de l’Arabie Saoudite auprès de ses alliés occidentaux – et était subordonnée à une condition stricte : qu’aucune militante ne vienne, au sein du royaume, s’appuyer sur elles pour promouvoir leurs revendications ? Autant que l’affaire Khashoggi, ce journaliste assassiné à Istanbul dans les locaux de l’ambassade saoudienne, cette information vient relativiser le modernisme soi-disant débridé dudit MBS.

Au Pakistan, Asia Bibi, la paysanne chrétienne condamnée à mort pour blasphème, puis innocentée par la Cour suprême, doit toujours se terrer pour échapper aux menaces d’assassinat proférées par un puissant groupe intégriste. Les autorités la protègent (après l’avoir enfermée à tort pendant huit ans), mais le risque d’assassinat demeure. Asia Bibi a demandé par l’intermédiaire de sa famille à être recueillie en Grande-Bretagne ou au Canada. Le Premier ministre canadien a répondu par l’affirmative (encore faut-il qu’elle puisse sortir de son pays), mais le gouvernement britannique est resté sourd à cette supplique. Il semble que Theresa May et ses ministres ne soient guère pressés d’accueillir la jeune femme, en raison des risques d’attentat qui pourraient survenir en Grande-Bretagne à l’instigation de ce groupe extrémiste. Ainsi les fanatiques pakistanais réussissent à intimider un grand pays occidental par ailleurs très souci eux de sa souveraineté.

Deux informations parmi beaucoup d’autres qui traduisent la condition subie par les femmes, à des degrés divers, dans de nombreux pays musulmans (pas tous, fort heureusement). Curieusement, les organisations féministes musulmanes en France et les intellectuels qui les soutiennent au nom de «l’intersectionnalité des luttes», sont à notre connaissance étrangement muets sur ces pratiques moyenâgeuses. Seules les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty, ont pris fait et cause pour ces victimes de l’intégrisme. «L’intersectionnalité», mot compliqué, veut dire qu’il faut défendre en priorité les femmes «racisées», c’est-à-dire membres de telle ou telle minorité visible, en butte à une double discrimination, comme femme et comme membre d’une minorité culturel le ou ethnique. Manifestement, les femmes opprimées en pays musulman par l’obscurantisme intégriste intéressent moins. Il ne reste pour s’en occuper que les ONG platement universalistes, qui pensent, avec un affligeant conformisme, que les droits des individus doivent être les mêmes partout.



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