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11 décembre 2018

Pourquoi Washington dénigre le projet d’armée de l’UE



Lors d’une tournée des champs de bataille de la Première Guerre mondiale dans le nord de la France la semaine dernière, Macron a déclaré que l’Europe devait se défendre contre « la Chine, la Russie et même les États-Unis d’Amérique ».

C’était un choix de mots assez extraordinaire de la part du leader français. Le fait de placer les États-Unis au milieu d’un éventail de puissances étrangères perçues comme ennemies a porté un coup dévastateur au concept auparavant tant vanté de l’alliance transatlantique.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le concept d’une alliance américano-européenne est la pierre angulaire d’un prétendu pacte inviolable de défense mutuelle. Cette alliance de près de sept décennies est aujourd’hui remise en question.

L’appel de Macron à une armée européenne a été soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel, qui a également déclaré que l’UE ne pouvait plus compter sur les États-Unis pour sa défense.

Le président russe Vladimir Poutine s’est félicité du projet européen de formation de sa propre organisation militaire, indépendante de Washington. Il ne fait aucun doute que Moscou considère cette évolution comme une nouvelle étape de l’évolution vers l’ordre international multipolaire que la Russie et la Chine, entre autres, opposent aux ambitions hégémoniques américaines.

Lorsque Trump est arrivé à Paris le week-end dernier avec des dizaines d’autres dirigeants mondiaux, dont Poutine, pour commémorer le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, il y avait une certaine froideur entre Macron et le président américain. Il y a quelques mois à peine, Macron et Trump étaient pourtant apparus comme les meilleurs amis du monde.

Lors des commémorations de Paris, Macron a cherché à apaiser Trump en disant que la proposition de l’armée européenne serait « complémentaire » de l’OTAN dirigée par les États-Unis. Cependant, leur relation s’est encore dégradée lorsque, plus tard, Macron a prononcé un discours dans lequel il critiquait la politique « nationaliste » de Trump en termes à peine voilés.

Quelques jours plus tard, de retour à Washington, Trump a lancé une cascade de tweets furieux contre Macron sur une série de sujets, y compris ses pratiques commerciales « injustes » et son ingratitude prétendue envers les USA dans la libération de la France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le fossé entre les États-Unis et l’Europe s’était creusé avant même la présidence de Trump. Depuis des années, Washington exige que les Européens dépensent davantage pour leur défense militaire, affirmant que les États-Unis en assument presque seuls le fardeau depuis trop longtemps. Trump a haussé le ton. Rappelons qu’il a menacé de se retirer de l’OTAN parce que les Européens jouaient les « parasites » envers la « protection » américaine.

L’ironie, c’est qu’aujourd’hui, alors que les dirigeants français et allemands parlent de mettre en place leurs propres défenses militaires, Trump enrage.

De toute évidence, le contentieux américain ne porte pas sur le « partage des frais » de la défense. Si Washington s’offusquait vraiment de devoir défendre l’Europe à ses dépens, on pourrait penser que Trump n’aurait été que trop heureux d’apprendre que les Européens sont enfin en train de prendre leurs propres dispositions militaires et d’alléger le fardeau de Washington.

Le nœud de la question porte sur le véritable objectif de l’OTAN et de la présence de dizaines de milliers de soldats américains stationnés dans diverses bases militaires à travers l’Europe depuis 1945. La présence militaire américaine en Europe n’a pas pour but de « protéger » les prétendus alliés des USA. Il s’agit, et il en a toujours été ainsi, de dominer militairement l’Europe. En réalité, les troupes et les bases américaines en Europe fonctionnent comme presque comme une force d’occupation, et assurent le maintien de la ligne hégémonique de Washington et de ses objectifs stratégiques sur le vieux continent.

De toutes façons, la vision de Macron et Merkel d’une armée européenne est probablement fantaisiste, sans réelle perspective de concrétisation. La façon dont ce nouvel arrangement de défense pourrait fonctionner indépendamment de l’alliance de 29 membres de l’OTAN dirigée par les États-Unis semble peu pratique, pour dire le moins.

Mais les dernières tensions entre Washington et les dirigeants européens au sujet de cette organisation militaire démontrent la nature réelle des relations de l’Amérique avec l’Europe. Il s’agit de la domination de Washington sur l’Europe. Cela n’a rien à voir avec un partenariat ou une protection.

Lorsque Trump – tout comme les présidents américains précédents – exhorte l’UE à augmenter ses dépenses militaires, le but réel consiste, pour les Européens, à payer davantage pour la présence militaire américaine, et non à monter une force de défense indépendante.

Les tensions sur l’axe transatlantique semblent atteindre un paroxysme, exacerbées par la politique de Trump sur « l’Amérique d’abord ». Les rivalités s’exacerbent au sujet du commerce, des sanctions américaines contre l’Iran, des menaces de Trump contre les projets énergétiques européens avec la Russie, de l’Accord de Paris sur le climat et des chamailleries sur les dépenses de l’OTAN.

Il n’y a rien de progressiste dans l’appel de Macron ou de Merkel à une armée européenne. Il s’agit plutôt, pour la France et de l’Allemagne, de s’affirmer en tant que grandes puissances et de se débarrasser de la tutelle américaine.

Pas plus tard que la semaine dernière, Macron a suscité une controverse lorsqu’il a souhaité faire l’éloge du général militaire français Philippe Pétain, qui avait collaboré avec l’Allemagne nazie avec son gouvernement de Vichy (1940-44). Macron veut une armée européenne pour satisfaire ses propres ambitions nationalistes de réorganisation de la puissance mondiale française. Cette semaine, il a passé la nuit à bord d’un porte-avions français rénové, le Charles de Gaulle, d’où il a donné une interview aux médias en disant qu’être « allié de l’Amérique, c’est ne pas être vassal ».

Un vrai défi de l’Europe à la puissance américaine n’impliquerait pas la création d’une nouvelle armée. Au lieu de cela, les Européens devraient faire pression pour le démantèlement de l’OTAN en tant qu’organisation obsolète, et pour le retrait des forces dirigées par les États-Unis dangereusement amassées aux frontières de la Russie.

Néanmoins, l’aspect positif de la querelle transatlantique sur les défenses militaires est qu’elle illustre plus que jamais à quel point la protection de l’Europe de l’Ouest n’est pas le véritable objectif des relations de Washington avec le continent. L’objectif est d’utiliser l’Europe de l’Ouest comme plate-forme pour la puissance américaine, en particulier contre la Russie.

L’annonce récente de l’administration Trump selon laquelle elle s’apprête à déchirer un autre traité de contrôle des armements nucléaires — le FNI, après le retrait des USA du Traité ABM de 2002 — montre clairement que Washington, en fin de compte, ne s’inquiète guère de la sécurité de l’Europe dans l’éventualité d’une guerre avec la Russie [une guerre contre la Russie qui pourrait être déclenchée par les USA/OTAN sur le sol européen, mais au bénéfice des Américains, NdT]

Pour Washington, malgré toute sa rhétorique chevaleresque, l’Europe n’est ni un partenaire, ni même un allié. C’est un vassal. Certes, des milliers de soldats américains sont morts en faisant courageusement la guerre en Europe. Mais ils n’ont rien à voir avec la classe dirigeante américaine.

Au fond, l’Europe n’est qu’un champ de bataille pour la puissance militaire américaine, tout comme lors des deux guerres mondiales. Cent ans après la fin de la Première Guerre mondiale, le même calcul glacé des planificateurs impériaux de Washington continue de s’appliquer.

Les idées de l’UE sur une défense indépendante sont la raison pour laquelle Washington a réagi avec une telle fureur. Elle refuse d’abandonner son front européen.

Traduction Entelekeia

Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre Why Washington Blows Up over European Army



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